Un jour pour Rosa ~ le 7 juin à l’École normale supérieure (Paris)

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À partir de 16h30: conférences, débats, et projection du film de Margarethe von Trotta.

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Pauvre de Moix ! Vive nous-autres !

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M. Yann Moix, romancier et chroniqueur télévisuel, a répondu à la proposition de l’hebdomadaire Marianne d’adresser une lettre au nouveau président de la République, M. Macron (d’ailleurs nostalgique du régime monarchique).

Il vous faudra méditer ceci : la France de 1789, comme celle de 1830, n’a rien contre les monarques institutionnels et institutionnalisés ; la France de 1789, comme celle de 1830, comme celle de 1848, est gourmande de politique et de droit. Mais méfiez-vous, monsieur le Président, de la France en colère, j’allais dire : de la France-colère. Celle de 1793 ; celle de 1871. Elle n’est pas légaliste, elle est haineuse ; elle prône l’égalité au bout d’une pique et n’aime pas perdre la face. Elle n’est pas le peuple, elle est la foule. Elle n’est pas la démocratie, elle est l’ochlocratie[1]. Cette France ne vous fera pas le moindre cadeau. […]

France pleine de rancœur, ce qu’on peut évidemment comprendre, mais dont on ne saurait excuser la violence quand elle met le feu aux agents de police et de gendarmerie. Puissiez-vous être le premier président, depuis de Gaulle, à n’avoir point peur de la rue ; à ne pas vous laisser mener par les diatribes des meneurs, par les huées des sans-culottes qui râlent et grognent, et plongent, ricanant, hurlant, le pays dans un chaos satisfait, souhaité, voulu. Nous savons bien que cette France souffre : mais, si vous acceptez son message, souvent légitime, nous vous implorons de ne plus supporter ses méthodes. Cette France de la foule n’est pas la France du peuple : le peuple qu’elle prétend incarner, est pris en otage par elle. Un peu comme, sous la Commune, l’immense majorité des Parisiens était prise en otage par la folie rouge.

Pourquoi nous intéresser à ce texte dans la colonne de La Révolution et nous ? D’abord parce que son auteur y parle de la Révolution française et des révolutions du XIXe siècle. M. Moix semble féru d’histoire ; du moins est-ce le reflet qu’il distingue dans le miroir de sa salle de bains…

Ensuite parce que M. Moix ne se contente pas de parler du passé, mais exprime des souhaits très précis qui concernent le présent et la manière dont des gens comme moi pourraient être empêchés – définitivement – d’en modifier le cours.

À lire M. Moix, on se prend à imaginer qu’il a servi de plume à Nicolas Sarkozy, tant on retrouve – mot pour mot, poncif pour poncif, mensonge pour mensonge – le même discours de la haine bourgeoise pour le peuple, la foule, celles et ceux qui ont fait l’histoire avec leurs corps. Hélas ! Mesdames et Messieurs : l’Histoire sent la sueur, le sang et la merde. Vos réseaux d’égouts, vos déodorants et votre pseudo bon sens n’y peuvent rien changer.

Comme M. Moix et tous les ignorants avec lui le savent de source sûre, il y a les « bonnes » révolutions – « 1789 », 1830, 1848 – et les « mauvaises » : « 1793 » et 1871. Mettre entre guillemets les millésimes 1789 ou 1793 peut paraître étrange ; et ça l’est en effet. Mais les « amateurs d’histoire » comme M. Moix croient qu’il existe une « révolution de 1789 », plus ou moins admirable, au moins acceptable, hélas suivie d’épisodes navrants et tragiques, comme « 1793 ».

Cette absurde crétinerie historique a si bien imprégné, sinon la société au moins ceux qui l’endorment quotidiennement, que j’ai précisément entendu ce jour (sur France info), un « journaliste[2] » – il interrogeait une invitée sur l’abrogation du délit de blasphème – dire dans le cours tranquille d’une phrase : « En 1791, donc deux ans après la Révolution française ». Or s’il y a discussion entre historien(ne)s pour fixer le terme de la « Révolution », personne ne mettra en doute qu’en 1791 elle va son train ! Entre autres au pas des chevaux du carrosse qui emporte la famille royale vers les frontières, et qui sera arrêté à Varennes…

Moix oppose la France de 1789-1830-1848, « gourmande de droit » à celle de 1793-1871, qui – elle – « n’est pas légaliste ». Pittoresque salmigondis de saloperie intellectuelle et de contrevérités historiques.

En effet, si l’on peut bien dire (pourquoi pas ?) que la France de 1789 est « gourmande de droit », il importe de préciser que cet appétit se satisfait au détriment de la loi d’Ancien Régime.

Et si l’on est certain que sans la violence des piques, la République n’aurait pas été proclamée (en tout cas pas à ce moment), sans la démarche foncièrement illégaliste des députés du Tiers se décrétant eux-mêmes Assemblée nationale en 1789, la Révolution n’aurait pas commencé…

La nouvelle légalité, qui n’a d’existence qu’autant qu’elle résiste aux baïonnettes, ne s’institue que sur les ruines de l’ancienne.

Quant à opposer au droit (le bien), la haine, la colère et la violence (le mal), c’est un conte de fées ridicule à l’usage des étudiants de capacité en droit. Le Droit est le reflet des rapports sociaux, c’est-à-dire des rapports de classes ; le Droit est l’institutionnalisation de rapports de force. C’est de la violence mise en textes, certes, mais aussi en actes, pratiquée chaque jour par les différents tribunaux de la République.

Si je suivais la chronologie saute-mouton de M. Moix, je devrais déduire que les manifestants de 1848 étaient de « bons manifestants ». Cette révélation est troublante à plus d’un titre. En effet, les Quarante-huitards se sont fait tuer les armes à la main, sur des barricades et pas du tout dans des postures « légalistes ». Ce fut d’ailleurs l’occasion pour la République de tuer le plus grand nombre de travailleurs (elle récidivera au moment de la Commune).

Il ne suffit donc pas d’être du camp des « bons » pour échapper à la mitraille ! L’évocation de la foule-qui-n’est-pas-le peuple de 1871 vient en confirmation.

La France-colère, selon l’expression de M. Moix, a pour vocation de servir de cible aux gens d’arme. Robespierre notait dans ses carnets qu’il importait de colérer les sans-culottes, et de leur fournir des armes. M. Moix réclame, avec M. Thiers, qu’on les fusille !

Et il s’adresse logiquement pour ce faire à la plus haute autorité de l’État, le chef des armées. Notez d’ailleurs la discrète allusion à l’attitude du général-président en 1968, visitant le général Massu à Baden-Baden pour étudier l’éventualité d’une intervention de l’armée contre les travailleurs et les étudiants en grève…

Il n’y a pas de date pour l’ordure. Elle est de tout temps… Pourtant ! on ne peut se défendre d’un haut-le-cœur en lisant sous la plume de M. Moix : « Cette France de la foule n’est pas la France du peuple : le peuple qu’elle prétend incarner, est pris en otage par elle. Un peu comme, sous la Commune, l’immense majorité des Parisiens était prise en otage par la folie rouge. »

Ainsi l’immense majorité des Parisiens étaient favorables à céder Paris sans défense à la Prusse ? Admettons-le un instant. Ils avaient donc raison ! Raison d’être plus nombreux à être lâches ! Que nous révélera demain M. Moix sur l’ignoble oppression qu’une minorité de résistant(e)s – quelques « meneurs » et une poignée de « sans-culottes » attardés – a fait peser sur la France de Vichy ? …quand le « bon sens » (le même ! il n’y en a qu’un : c’est celui du commerce) commandait évidemment de faire affaire avec le Visiteur nazi, et de purger une bonne fois le pays des rouges, des francs-maçons et des juifs !

Oh ! Certes, concède M. Moix, il y a aussi des souffrances légitimes. Celle-ci sont dignes, c’est-à-dire silencieuses, et biodégradables en bulletins de vote.

Quiconque râle, grogne, ricane et hurle – voyez le classique portrait de la « bête humaine », autrement dit de l’ouvrier, employé ou chômeur – se signale comme cible légitime aux balles de défense énucléantes, aux grenades de désencerclement, aux gaz toxiques, aux canons à eau, aux matraques télescopiques, et demain aux chars.

Moix le veut. Moix y voit le seul salut du système capitaliste exploiteur du travail humain et réducteur de toute valeur humaine à celle de la marchandise et de l’argent.

Moix pisse comme nous pleurons sur les morts du 14 juillet et du 10 août, sur les morts de 1830 et de 1848, sur les pétroleuses et les moblots de 1871, sur les antifascistes de Barcelone et de la Libération de Paris. Il nous crache à la gueule et appelle le pouvoir à nous éliminer physiquement. Moix fait partie, avec M. Macron et quelques autres, d’une clique de gens à qui – comme il l’a bien compris – nous ne ferons pas le moindre cadeau.

PS 1. Je recommande, pour se rincer les yeux après la lecture de la prose du fusilleur Moix, la lecture de deux ouvrages : Souvenirs d’un révolutionnaire. De juin 1848 à la Commune, de Gustave Lefrançais (réédité à La Fabrique), & Le Grand Soir Voyage dans l’imaginaire révolutionnaire et libertaire de la Belle époque, d’Aurélie Carrier, récemment paru chez Libertalia.

PS 2. Je remercie Sébastien Fontenelle d’avoir attiré (sur le réseau Twitter) l’attention publique sur la tribune de Moix, et de m’avoir envoyé un scan du texte.

 Moix Yann (fusilleur).

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[1] Gouvernement de la foule, de la populace. Terme péjoratif (Note de La Révolution et nous).

[2] Aussi médiocre soit l’estime dans laquelle on tient la plupart des membres de cette corporation, on ne peut raisonnablement attribuer le qualificatif une fois parvenu à ce degré insondable d’ignorance.

Les Enragé(e)s sur “Radio libertaire” ~ jeudi 25 mai 10h-12h

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Jeudi prochain 25 mai, je serai au micro de Radio libertaire (89,4 MH), dans l’émission Chronique hebdo, entre 10h et midi, pour parler des Enragé(e)s dans la Révolution française.

Claire Lacombe, une franc-maçonne assoiffée de sang?

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Soucieux de me documenter de manière exhaustive sur la franc-maçonnerie féminine, j’ai récemment fait l’acquisition d’un livre d’un M. Jacques Rolland précisément intitulé La Franc-maçonnerie féminine dans la Révolution française (Éditions Trajectoire, Escalquens, 2013, 171 p., 18 €).

L’ouvrage recoupe d’autant mieux le sujet de mon prochain ouvrage (sur les clubs de femmes pendant la Révolution) qu’il consacre plusieurs paragraphes à Claire Lacombe, militante de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires, et – si j’ose dire – vieille connaissance.

Hélas ! le livre en question appartient à une catégorie que suscitent à profusion les sujets plus ou moins ésotériques: ni construits ni écrits, et surtout dépourvus de références. Au sens strict, on ignore de quoi parle l’auteur et sur quoi il se fonde pour le faire…

Peut-être eût-il été plus charitable de laisser l’opuscule à sa probable obscurité… mais puisque je l’ai moi-même rencontré, la mésaventure peut arriver à d’autres, qui risqueraient de prendre au sérieux certaines des «informations» fournies par «l’un des meilleurs spécialistes français de l’Ordre du Temple et de la Franc-maçonnerie» (indication fournie par la quatrième de couverture).

Je reproduis ci-dessous les passages concernant Claire Lacombe, qui figurent aux pages 50-51 et 151.

Originaire du Sud-Ouest du royaume – en fait, Pamiers -, comme Olympe de Gouges, elle monta à Paris, mais seulement en 1792, après un certain succès en tant qu’actrice. Beaucoup d’événements s’étaient ainsi passés sans elle, mais elle allait se rattraper et se faire rattraper par eux.
Immédiatement, elle participa à l’assaut des Tuileries et c’est sans surprise que nous la découvrons faisant partie du Club des Enragés. Le nom seul vaut référence et se passe de commentaire. D’autant qu’étant très belle femme, elle ne laissait aucun révolutionnaire indifférent. Si bien qu’elle figura maintes fois, comme déesse de la liberté, lors des fêtes publiques.
Elle était la voisine de Théroigne de Méricourt dans ce cas. Elle milita contre le chômage, qualité endémique du pays, mais n’avait pas de méthode à proposer. Elle rejoignit alors Pauline Léon pour créer la Société des Républicaines révolutionnaires, au programme particulièrement sanglant, en janvier 1793.
Lorsqu’éclata la guerre de Vendée, elle demanda le droit de porter les armes contre les Vendéennes dans le cadre des «Républicaines révolutionnaires», mais sa véhémence, son goût prononcé du sang des autres la fit surtout suspecter et mettre à l’écart. Au point qu’elle fut écartée de tout cercle ou club, car un jour elle s’emporta pour demander que tous les nobles de l’armée soient guillotinés.

Elle sera bientôt arrêtée, puis relâchée, mais, à la suite de la chute des Enragés et des hébertistes elle dut se cacher et fut de nouveau arrêtée. Dans la tourmente de cette abominable fin de révolution, on perd sa trace.
Ayant été prise à partie par des harengères des halles, il est fort possible qu’elle ait succombé sous leurs coups, sans que ses derniers amis, lassés de cette violence, lui eussent porté secours.
La misogynie ambiante était plus forte que jamais à partir de 1793. Les excès de certaines femmes, notamment Théroigne de Méricourt, déjà citée dans cet ouvrage, joints à ceux de Claire Lacombe, permirent enfin aux révolutionnaires d’interdire définitivement tous les rassemblements féminins.[…]


Claire Lacombe serait plus du genre de Théroigne de Méricourt car elle a participé à l’assaut des Tuileries en août 1792, un jour avant le transfert de la famille royale à la prison du Temple. De plus, elle aurait fait partie du Club des Enragés.
Il semble avéré qu’elle ait agi de bonne foi et en toute sincérité, et notamment pour avoir créé, avec Pauline Léon, les «Républicaines révolutionnaires». Le nom se passe effectivement de commentaire.
Plus grave sera sa participation aux guerres de Vendée, après avoir réclamé pour les femmes le droit de porter les armes. Mais son intransigeance, sa violence la fait écarter des alliés du pouvoir pourtant bien déterminés à extirper la gent royaliste.
Elle est arrêtée, ce qui était inévitable, et aurait pu être libérée, mais on perd sa trace.

La mention de Claire Lacombe parmi des «“sœurs”», même des «“sœurs” sans tablier» – catégorie mal définie par l’auteur, mais qui suppose au moins un  lien avec la franc-maçonnerie – a le mérite de l’originalité. Je ne l’ai jamais rencontrée jusqu’ici chez aucun(e) auteur(e).

Elle ne repose d’ailleurs sur rien dans les archives concernant Claire. En l’état des connaissances, il s’agit d’une affabulation.

Il me semble difficile d’admettre que le nom «Club des Enragés […] vaut référence et se passe de commentaire».

En effet, il  se passe certes de référence (et pour cause!), mais aussi d’existence : un tel club, portant ce nom (ou un autre), n’a jamais existé!

Nous ne savons pas si Claire Lacombe a vraiment joué le rôle d’une déesse la Liberté. Mais cela s’est écrit, surtout longtemps après la Révolution.

Dire que le programme des Républicaines révolutionnaires est «particulièrement sanglant» n’a aucun sens. Si l’on prend la peine de le lire, il est plutôt en retrait, sur la question de l’armement des femmes – qui n’a rien de «sanglant» en soi –, par rapport à la pétition antérieure de Pauline Léon. Il date de juillet 1793 et non de janvier (la première démarche des citoyennes remonte à fin février).

Répétons ici que Claire n’est pas cosignataire du Règlement de la Société.

Claire Lacombe n’a pas succombé aux coups des marchandes de la Halle envoyées provoquer les citoyennes républicaines dans leur local. On retrouve sa trace à Nantes, après la Révolution, où elle a repris son métier de comédienne et conservé son caractère entier.

La phrase suivante «Les excès de certaines femmes, notamment Théroigne de Méricourt, […] joints à ceux de Claire Lacombe, permirent enfin aux révolutionnaires d’interdire définitivement tous les rassemblements féminins» reflète l’opinion de M. Rolland. Je lui en laisse la responsabilité.

Quant à la participation de Claire aux «guerres de Vendée», elle est imaginaire.

Les “Archives parlementaires” sur Persée

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Nouvel accès aux Archives parlementaires, via Persée.

Avec notamment un index des auteurs.

Pas de miracle! le moteur de recherche ne sait toujours pas faire la différence entre le masculin et le féminin d’un mot…

Pour l’instant, les dix premiers volumes sont disponibles. Le reste à venir.

Les Archives parlementaires entrent dans le XXIe siècle. L’édition des Archives parlementaires de la décennie 1789-1799 est le fruit d’une collaboration entre l’Unité mixte de service Persée, la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (BIS) et l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF, rattaché à l’IHMC). La numérisation des Archives parlementaires a débuté et va couvrir, dans les années qui viennent, les 102 volumes de la collection déjà parus, soit plus de 80 000 pages, auxquelles viendront s’ajouter les tomes futurs de cette entreprise hors norme. L’édition présentée sur le portail Persée est le fruit d’une initiative et d’un long travail préparatoire de deux conservateurs de la BIS.

Les Archives parlementaires se sont imposées tant par leur dimension patrimoniale que par leur actualité, elles intéressent aussi bien les chercheurs que les citoyens.

Historique du projet

L’aventure a commencé au XIXe siècle. La publication des Archives parlementaires a été inaugurée en 1862 à l’initiative du Corps législatif, sous le Second Empire. D’abord conçue comme une suite de la réimpression du Moniteur universel qui devait rendre plus facilement accessibles les débats de la période 1800-1860, l’édition fut étendue en 1867 à la période révolutionnaire. Les Archives parlementaires furent alors divisées en deux séries (1787-1799, 1800-1860). La publication de la 1ère série fut interrompue par la Première Guerre mondiale à la séance de la Convention nationale du 15 nivôse an II (4 janvier 1794). En 1956, à l’issue de démarches effectuées par Georges Lefebvre, le CNRS décidait la reprise de la publication, allouant pour ce faire des crédits à l’IHRF-IHMC, qui assure depuis la publication.

Aujourd’hui, le projet de numérisation et d’indexation prend le relais, permettant l’adaptation des Archives parlementaires à une publication en ligne. Il répond à une demande actuelle, offrant un outil gratuit et d’une qualité de présentation du texte original inégalée. La bibliothèque de l’université de Stanford a généreusement mis ses données numériques à la disposition des techniciens de l’équipe Persée qui les ont retravaillées, avant un balisage intégral du texte par l’équipe de la BIS. CNRS éditions, qui dispose des droits sur les volumes les plus récents, a également accepté que soit publiée en ligne, pour la première fois, l’intégralité du texte des Archives parlementaires, offrant ainsi un outil unique à l’ensemble de la communauté des chercheurs et des citoyens curieux de l’histoire de leurs assemblées législatives.

Il a fallu penser une méthode de déconstruction et reconstruction du texte qui propose aux utilisateurs des possibilités de recherche nouvelles, grâce à l’indexation des principaux types de documents qui composent le texte des Archives parlementaires. Un chantier exceptionnel s’ouvre, qui va se poursuivre encore quelques années.

 

Les Enragé(e)s à Marseille, causerie-débat, vendredi 12 mai au Manifesten

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Causerie-débat sur les Enragé(e)s dans la Révolution française, autour de mon livre Notre Patience est à bout (IMHO) au Manifesten à Marseille: vendredi 12 mai prochain, à 20h.

Heureuse coïncidence: une manifestation se déroulera Cours Julien contre les récentes exactions commises par des militants de l’Action française, groupuscule royaliste, le même jour à 18h.

Aurélie Carrier éclaire “Le Grand Soir” ~ un livre & une rencontre (et la fête!)

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Aurélie Carrier publie, ce 1er mai 2017, un livre qui manquait à l’histoire du mouvement ouvrier française, et singulièrement à l’histoire du mouvement anarchiste, l’histoire du mythe du Grand Soir.

Symbole apocalyptique du projet révolutionnaire, il se combine avec la mythe de la Grève générale, qui devait se déclencher ce 1er mai 1906, sur la description duquel s’ouvre le livre…

Comme un air de révolution

Nous étions en pleine période de bataille avec le patronat et les pouvoirs publics. C’était la période héroïque. Le syndicalisme, faible en effectif, mais fort en combativité, se développait dans une époque tumultueuse, pleine de heurts, au milieu des contraintes, des arrestations, des emprisonnements. Pris par l’ambiance, je croyais à la Révolution proche. […] Le 1er mai de l’année 1906 approchait. Les syndicats s’étaient largement employés à préparer les esprits […]. On sentait les organisations ouvrières prêtes à frapper un grand coup.

Le 1er mai 1906, Paris s’éveille sous un soleil printanier. Dans les beaux quartiers, les rues et les avenues, désertes, offrent des espaces désolés. Quelques rares passants, mais pas de fiacres, ni de voitures. La plupart des boutiques sont fermées. Il règne un calme dominical. Pourtant, la ville fait entendre un murmure inaccoutumé. Des escouades de cavaliers et des détachements d’infanterie en tenue de campagne viennent prendre possession des postes qui leur ont été assignés. Dans le quartier de la place de la République, l’effervescence est grande. Dès les premières heures de la journée, les ouvriers et les ouvrières descendent en masse des faubourgs ou arrivent de la banlieue, cette autre ville à la croissance désordonnée et déjà terreur du bourgeois, pour assister à des meetings organisés par leurs syndicats à la Bourse du travail. Dans les rues adjacentes, une foule badaude et gouailleuse se rassemble sur les trottoirs dans l’attente des événements. Les brigades d’agents font sans cesse circuler ceux qui s’aventurent sur la chaussée. La moindre résistance est sévèrement réprimée. Aux terrasses de cafés, on aperçoit des touristes avec la jumelle en sautoir; aux fenêtres des immeubles, des centaines de curieux. À l’impériale des tramways, on se bouscule pour contempler le spectacle. Reporters et photographes sont également présents. À midi, tout le quartier est bouclé. Est-ce le début d’une «journée» révolutionnaire comme les XVIIIe et XIXe siècles en ont tant connues? Est-ce Le Matin du grand soir comme le dit une chanson humoristique de l’époque?

 Aux abords de la Bourse du travail, les rues sont sillonnées par des centaines d’ouvriers : certains ont une églantine piquée à la boutonnière, quand d’autres ont un carré de papier portant en grosses lettres « Huit Heures » accroché à leur chapeau ou à leur veston. Quelques femmes arborent un brin de muguet à leur corsage. Devant l’immeuble municipal, bondé, les agents, rangés en demi-cercle, laissent sortir mais empêchent d’entrer. À deux pas, Louis Lépine, le zélé préfet de police, dirige personnellement les opérations. Vers 14 heures, des pelotons de dragons en ligne font le «manège» autour de la place de la République pour empêcher tout rassemblement. Les manifestants refoulés se massent derrière les barrages, rue Beaurepaire ou boulevard Magenta. On chante L’Internationale ou La Grande Frousse, écrite pour la circonstance par Antonin Louis et dont le texte est vendu pour quelques sous :

Le Premier mai tombait en plein’ lun’ rousse,

Tout l’mond’ tremblait

Se lamentait

Ah ! quell’ frousse !

Et l’on disait : Qu’est-ce qui va bien y avoir ?

P’t’être bien la fin du monde arrivera ce soir !

À compter de ce moment, les bagarres se succèdent. Aux sifflets et aux cris des manifestants, « Vive la grève générale ! », « À bas l’armée ! », répondent les roulements de tambours et les sons des trompettes des sommations. Ceux qui souhaitent approcher de la place en sont empêchés. Ils lancent des cailloux sur les agents. Ici, le directeur de la police municipale fait charger baïonnette au canon. Des gens s’affaissent, blessés. Là, un escadron charge sabre au clair et repousse les manifestants à coups de plat de sabre. Encore des blessés. La nuit est tombée. Dans les rues avoisinant le canal Saint-Martin, l’ambiance est électrique. Au croisement de la rue du Faubourg-du-Temple et de la rue de la Fontaine-au-Roi, un omnibus à chevaux de la ligne Belleville-Louvre est renversé. Bouteilles et seaux d’eau sont lancés des fenêtres sur les gardiens de la paix tandis que des portes s’ouvrent pour accueillir les manifestants poursuivis. Sans interruption, des échauffourées se produisent. Quai de Valmy, rue de Belleville, des manifestants dressent des barricades… Et si c’était vraiment le Grand Soir !

On se retrouvera le 1er mai, après manifs, à partir de 17h à La Parole errante (Montreuil), avec les éditions Libertalia et l’auteure, Aurélie Carrier, pour débattre du Grand Soir, tel qu’il fut et tel que nous pouvons l’imaginer en ce printemps 2017 – sous état d’urgence prolongé…

Après débats: concert.

Dernière minute non-annoncée sur le flyer ci-dessous: la présence de Dubamix.

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Révo kitsch dans la France disco

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Cet improbable clip renvoie au spectacle 1789 Les Amants de la Bastille, et évoque de manière kitschissime et pasteurisée l’armement et la citoyenneté des femmes durant la Révolution française.

Le chercheur — la chercheuse — ne doivent rien négliger: c’est la grandeur du sacrifice qu’ils consentent à l’Histoire!

[Merci à Olivier Ritz d’avoir exhumé la chose sur Twitter.]