Continuité des institutions de la jeunesse et des formes déguisées de contestation en Ardèche pendant la Révolution ~ par Bruno Teyssier

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Je ne connaissais pas cet article de Bruno Teyssier avant de consulter cette livraison spéciale de la Revue du Vivarais : «Le Vivarais dans la Révolution» (t. XCIII, n° 1 et 2, janvier-juin 1989).

Si l’on rencontre un certain nombre de renvois à ce texte, ils semblent s’être raréfiés avec le temps, ce qui est un phénomène normal, d’autant que l’auteur n’a pas, à ma connaissance, beaucoup publié par la suite.

Ayant trouvé cet article fort intéressant, j’ai pris la peine de le scanner afin qu’il trouve de nouvelles lectrices et de nouveaux lecteurs. Il traite de la persistance, durant la Révolution de modes d’expression propres à la «jeunesse», c’est-à-dire aux jeunes célibataires, comme la farandole, le carnaval et le charivari. Ils sont employés aussi bien par les patriotes et par les contre-révolutionnaires, parfois de manière concurrente le même jour et au même endroit.

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Le suicide de Jacques Roux en gravure

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Les représentations (sans parler de portraits) de l’Enragé et «curé rouge» Jacques Roux sont rares pendant et juste après la Révolution (on en trouvera quelques-unes sur ce même blogue), et elles le restent par la suite.

Je trouve cette gravure à partir d’un dessin de Daniel Vierge (Daniel Urrabieta Ortiz y Vierge, dit —) dans le huitième volume de l’édition illustrée de l’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet qui en compte neuf (Paris, s. d.).

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Adresse humoristique ou canular?

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Le texte qui suit a été reproduit (au moins) dans les Annales patriotiques et littéraires de la France (n° CCCCVII du samedi 13 novembre 1790, p. 660 [voir image], et dans Le point du Jour ou Résultat de ce qui s’est passé la veille à l’Assemblée nationale, n° 492, du lundi 15 novembre 1790, p. 177).

Il est présenté comme étant celui d’une adresse envoyée et reçue par l’Assemblée (les Archives parlementaires n’en font pas mention).

S’agit-il d’un texte humoristique, réellement rédigé par un groupe de paysans et d’ouvriers (mais pas nécessairement envoyé à l’Assemblée) ou d’un simple canular endossé par deux journaux, complices ou distraits ? Je ne dispose d’aucun élément pour en décider, mais dans les deux hypothèses il me semble que son humour est assez peu commun. Il serait impraticable – et dangereux ! – trois ans et voire deux ans plus tard. Allez donc proposer après le 10 août 1792 d’établir l’égalité en faisant de chaque citoyen un marquis d’opérette !

Je soumets cette (petite) et plaisante énigme à la sagacité de toutes & tous. Quelqu’un aurait-il rencontré ce texte ailleurs ? Publié ou commenté ? (Google ne fournit pas d’autres occurrences)

Département de la Vienne. Arrêtés des laboureurs et ouvriers des paroisses de Peyron, Saint-Martin-Lars, Asson, Geneay et environs.

Nous, laboureurs et ouvriers des paroisses de Peyron, Saint-Martin-Lars, Asson, Geneay et environs, assemblés à la foire de Château-Garnier, considérant que l’égalité naturelle a été décrétée par Dieu dès la création du monde ; considérant que cette égalité chrétienne fait gémir et pleurer continuellement nos prétendus marquis sans marquisats, etc.

Avons arrêté unanimement que par charité et pour consoler nos prétendus comtes, nous allons prendre le nom de comtes, marquis et barons, espérant par là guérir les maux d’esprit de tant de têtes chimériques, etc.

Comme l’opinion est le plus grand gouvernail des états, nous supplions, conjurons avec instance notre auguste Assemblée de décréter qu’il sera libre à tous François quelconques de prendre le nom de marquis, comtes et barons, espérant que cette source d’erreur, d’illusion, de chimère et de chagrin, étant détruite par une liberté générale, ces ci-devant nobles se croiront au moins avoir un peu de sens commun.

Fait à Château-Garnier, ce 31 septembre [1790], jour de foire. Signés, Rochebrune, L. Darlot, P. Tairier, J. Loustel, et deux cents soussignés baptisant leurs voisins de noms de marquis, comtes et barons, etc. etc.

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Lettre de Louis XVI sur les dépenses de bouche (1781)

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Le Manuscrit français met en vente une belle lettre autographe, signée «Louis» et adressée à un destinataire inconnu.

Je donne ci-dessous sa transcription et sa présentation par le vendeur.

Je vous envoie Monsieur un beau Griffonnage. J’espère que vous pourrez le lire et qu’il ne troublera pas votre repos à la campagne. C’est le résultat de mes réflexions sur le règlement du service de la bouche et vous verrez que j’ai taché d’allier une commodité personnelle avec la stricte règle en évitant les doubles emplois, et ne voulant pas créer une charge de Commissaire de plus. Il y a à la fin plusieurs questions sur des cas de service que je n’ai pas trouvé réglé (sic) dans le règlement. Si vous croyez que la chose puisse s’exercer comme je la propose, écrivez à Chouzy d’estre Jeudy ici. Vous en conférerez avec lui et il pourra refaire tout de suite le règlement ; alors je pourrais donner les derniers ordres dimanche à M. Amelot et à M. Necker car je voudrais que la chose ne trainât pas, tout le monde en étant informé. Adieu Monsieur j’espère que l’air de la campagne vous fait du bien vous devez y avoir bien chaud. Louis.

Plaidant ardemment pour une politique de réduction des coûts, la politique de Jacques Necker (ministre et directeur général des Finances de la Maison du Roi) vise d’emblée les privilèges de la Cour: les pensions versées par le roi, et les dépenses de la Maison du Roi, diminution des grands offices… Il rationalise ainsi le département de la Maison du Roi, en créant en 1780 le Bureau général des dépenses de la Maison du Roi. Cette lettre fut rédigée en 1781, avant le mois de mai, seule année durant laquelle Amelot, Necker et Chouzy collaborent aux plus hautes charges de la nouvelle Maison du Roi au sein du tout nouveau «Bureau général des dépenses de la Maison du Roi» (qui apparait dans l’Almanach royal en 1781).

Ministre des Finances depuis 1776, Necker n’occupe la charge de directeur général des Finances de la Maison du Roi que cette année 1781, peu avant sa première démission. À cette série de réformes «républicaines» et à l’expérimentation malheureuse des assemblées de provinces va s’ajouter une erreur politique du ministre qui lui sera fatale. En février 1781, certainement peu de temps après l’envoi de cette lettre, il adresse au roi un Compte rendu de l’état des finances destiné à être publié. Il révèle pour la première fois au grand public l’usage détaillé des dépenses publiques et dévoile, dans un souci de transparence, tous les avantages dont bénéficient les privilégiés de la cour. Ces derniers désavouent le ministre et dénoncent en retour, avec l’appui d’experts en finances, le bilan en trompe-l’œil que le ministre fait de son action, masquant la dette de 46 millions de livres laissée par les dépenses de guerre, et soulignant au contraire un excédent de 10 millions.

«La guerre qui avait si bien réussi contre Turgot recommença sous son successeur», explique Victor Duruy.

«Je ne regrette que le bien que j’avais à faire et que j’aurais fait si l’on m’en eût laissé le temps.» C’est sur ce regret vertueux que Necker, directeur général des Finances, prend congé de Louis XVI, le 19 mai 1781.

Les papiers peints Leroy proposent le changement aux républicains (circa 1930)

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Ce buvard publicitaire (fin des années 1930?) reproduit un dessin de Pierre Rousseau pour les papiers peints Leroy, la maison créée en 1842 par Isidore Leroy et qui existe encore aujourd’hui.

Le slogan retenu ne manque pas d’ambiguïté puisque, jouant sur le nom du créateur de l’entreprise resté le nom de la marque, il propose rien moins qu’un changement de décor «par Leroy» aux républicains.

La petite silhouette vers laquelle pointe la main gauche du sans-culotte rappelle une affiche de la marque (également reproduite en buvard; voir ci-contre) représentant un personnage plaquant un lé de papier peint sur un mur.

Quant à l’affichiste Rousseau, il mit en images un autre «changement de décor», hélas bien réel, comme en témoigne la couverture du livre reproduite ci-après.

Bel ensemble de placards vendu sur Drouot Digital le 2 novembre

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La Poste d’autrefois, maintes fois citée ici propose chez Drouot un vaste ensemble de placards, dont bon nombre d’époque révolutionnaire. Je donne ci-après quelques exemples.

Pendule marquée “Les sections du Temple”

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Signalé sur Twitter par @EcritsHistoire, cette pendule ayant appartenu à l’antiquaire et décorateur français installé aux États-Unis Pierre Deux.

On reconnaît tous les symboles révolutionnaires: faisceau, piques, tambour, canon, bonnet rouge… et sans -culotte.

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Section du Temple

L’influence des sociétés amérindiennes sur les penseurs des Lumières en Occident ~ étudiée par David Graeber

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Je donne ci-dessous un extrait d’un texte de David Graeber, récemment disparu, dont on pourra consulter l’intégralité sur le site du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (MAUSS).

«Le fait que les Amérindiens vivent dans une société généralement libre, ce qui n’était pas le cas des Européens, n’a jamais vraiment fait l’objet d’un débat – les deux parties ont convenu que c’était le cas. Ils ne s’entendaient pas sur la question de savoir si la liberté individuelle était souhaitable. C’est un domaine où les premiers récits de missionnaires ou de voyageurs des Amériques posent souvent un véritable défi conceptuel. La plupart des lecteurs contemporains ont l’habitude de tenir pour acquis que les observateurs “occidentaux”, même ceux du XVIIe siècle, ne sont qu’une version antérieure de nous-mêmes, contrairement aux indigènes américains qui représentent un Autre essentiellement étranger, peut-être méconnaissable. En fait, à bien des égards, les auteurs de ces textes ne nous ressemblaient en rien et, du moins en ce qui concerne les questions de liberté personnelle, d’égalité des hommes et des femmes, de mœurs sexuelles ou de souveraineté populaire – ou même de théorie de la psychologie profonde – les attitudes autochtones américaines sont susceptibles d’être beaucoup plus près de celles du lecteur.

La liberté individuelle est un exemple particulièrement frappant parce qu’aujourd’hui, il est presque impossible pour quiconque vit dans une démocratie libérale de dire qu’il est contre la liberté, du moins dans l’abstrait (dans la pratique, bien sûr, nos idées sont généralement beaucoup plus nuancées). C’est l’un des héritages durables du siècle des Lumières, des révolutions américaine et française. La liberté est intrinsèquement bonne. Les jésuites du XVIIe siècle ne partageaient certainement pas cette hypothèse. Ils avaient tendance à considérer la liberté individuelle comme animaliste. En 1642, le missionnaire jésuite Le Jeune parle des Montagnais-Neskapi:

Ils s’imaginent qu’ils doivent, de par leur droit de naissance, jouir de la liberté des ânons sauvages, sans rendre hommage à qui que ce soit, sauf quand bon leur semble. Ils m’ont reproché cent fois que nous avons peur de nos capitaines, pendant qu’ils rient et se moquent des leurs. Toute l’autorité de leur chef est dans la fin de sa langue ; car il est puissant dans la mesure où il est éloquent ; et, même s’il se tue à parler et à haranguer, on ne lui obéira que s’il plaît aux sauvages.

De l’avis des Montagnais-Neskapi, en revanche, les Français n’étaient guère mieux que des esclaves, vivant dans la peur constante de se mettre en difficulté avec leurs supérieurs. De telles critiques apparaissent régulièrement dans les récits des jésuites, non seulement de la part de ceux qui vivaient dans des bandes nomades, mais aussi de citadins comme les Wendat. De plus, les missionnaires étaient prêts à admettre que ce n’était pas que de la rhétorique. Même les hommes d’État wendats ne pouvaient forcer personne à faire ce qu’ils ne voulaient pas faire. Comme le père Lallemant l’a noté en 1644:

Je ne crois pas qu’il y ait des gens sur terre plus libres qu’eux, et moins capables de permettre l’assujettissement de leur volonté à quelque pouvoir que ce soit, au point que les Pères ici présents n’ont aucun contrôle sur leurs enfants, ni sur leurs sujets, ni sur les capitaines, ni sur les lois du pays, sauf dans la mesure où chacun est disposé à se soumettre à eux. Il n’y a pas de punition infligée au coupable, et aucun criminel qui n’est pas sûr que sa vie et ses biens ne sont pas en danger….

Ce récit mérite d’être longuement cité, parce qu’il donne une idée du défi politique que devait représenter, pour le public européen de l’époque, une partie du matériel que l’on trouvait dans les Relations jésuites, et pourquoi tant de gens le trouvaient si fascinant. Après avoir expliqué à quel point il était scandaleux que même les meurtriers s’en tirent indemnes, le bon père a admis que, simplement considéré comme un moyen de maintenir la paix, le système judiciaire wendat n’était pas inefficace. En fait, ça a étonnamment bien marché. Plutôt que de punir les coupables, les Wendats ont insisté pour que l’ensemble de la lignée ou du clan du coupable paie une compensation. C’est pourquoi il était de la responsabilité de chacun de garder ses semblables sous contrôle:

Ce ne sont pas les coupables qui sont punis. C’est le public qui doit faire amende honorable pour les offenses des individus; afin que, si un Huron a tué un Algonquin ou un autre Huron, tout le pays se rassemble; et ils s’entendent sur le nombre de cadeaux à donner à la tribu ou aux parents de celui qui a été tué, pour suspendre la revanche qu’ils pourraient prendre. Les capitaines exhortent leurs sujets à fournir ce qui est nécessaire; personne n’y est contraint, mais ceux qui le veulent apportent publiquement ce qu’ils veulent apporter ; il semble qu’ils se soient disputés les uns les autres en fonction de leurs richesses, et que le désir de gloire et de sollicitude pour le bien public les pousse à faire de même. Or, bien que cette forme de justice restreigne tous ces peuples, et semble plus efficacement réprimer les troubles que le châtiment personnel des criminels en France, il s’agit néanmoins d’une procédure très légère, qui laisse les individus dans un tel esprit de liberté qu’ils ne se soumettent à aucune loi et ne suivent aucune autre impulsion que celle de leur propre volonté. […]»

On se reportera à l’original pour consulter les notes.

Coqs au bonnet phrygien (avec éclaircissement via Paul Chopelin)

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Statuette d’un coq en bronze, vendu sur e-bay.

Il arbore un bonnet phrygien.

Mais que tient-il dans sa «main» droite? Et de quand date-t-il?…

Une recherche sur le Net me fait rencontrer cet autre coq, superbe! en fonte celui-ci, mais aux attributs plus variés et plus clair (également en vente sur e-Bay) Il a bien conservé ses couleurs d’époque.

L’hypothèse concernant l’objet sphérique (peut-être endommagé pour le coq de bronze) semble la bonne: un boulet de canon. On voit aussi bien mieux le document écrit (peut-être la constitution, ou la Déclaration des droits de l’homme).

Voilà qui me fait penser à la sentence, pleine de bon sens, de Robespierre: «Personne n’aime les missionnaires armés». Du coup, il me semble – c’est beaucoup plus sensible dans la version en couleurs – que ce coq pourrait avoir une dimension caricaturale.

À moins que le «boulet de canon» ne soit une mappemonde représentant l’univers où se répandent les principes de la Déclaration?…

On trouve également le coq associé au bonnet rouge (mais il ne le porte pas) sur des assiettes d’époque révolutionnaire.

Concernant les statuettes de coqs, Paul Chopelin me signale via Twitter qu’il s’agit bien d’une caricature, mais de Louis-Philippe!

Ci-dessous, notice de Drouot sur une variante du coq au bonnet phrygien.

Fouriérisme pour «gentils membres»…

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En feuilletant un numéro de la revue se réclamant du surréalisme Supérieur Inconnu, qu’il dirigeait, je tombe sur un article du peu regretté Sarane Alexandrian intitulé «Actualité de Charles Fourier» (N° 1, nouvelle série, janvier-juin 2005, pp. 71-81).

À la page 79 figure la note en caractères gras, que je reproduis ci-dessous.

Il est clair que dans l’esprit naïf de M. Alexandrian, cette note établissait à la fois toute la modernité de Fourier et son influence insuffisamment reconnue sur l’époque moderne.

Serait-il possible que M. Leclerc ait eu l’idée des supermarchés qui portent son nom en lisant Babeuf? Je prends ici-même la résolution de dépouiller la collection complète de Supérieur Inconnu pour en avoir le cœur net…