Non! Je n’ai pas rédigé un “pastiche grivois” d’Olympe de Gouges

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Retrouvée à l’occasion de la récente assemblée générale de la Société des études robespierristes, Dominique Godineau tenait à me signaler une confusion indépendante de sa volonté.

Dans le Dictionnaire des féministes, dirigé par Christine Bard et Sylvie Chaperon, dont elle a rédigé (au moins) l’article «Olympe de Gouges», elle a voulu signaler aimablement l’article de ce blogue publiant en parallèle la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de celle-ci et un pastiche égrillard publié un mois plus tard.

Mystère des copier-coller, des coupes, et des bouclages précipités: au lieu de signaler mon article comme source, c’est moi qui suis signalé… comme auteur du pastiche en question!

[Cliquer sur l’image pour l’AGRANDIR]

Moi qui désespérais de passer quelque jour à la postérité féministe, je n’aurais jamais cru devoir le faire en tant que plagiaire grivois!

Nous sommes bien peu de choses, décidément!

Que la Postérité veuille bien noter, au moins, que Dominique Godineau n’en peut mais!

“L’anarchisme comme tapage nocturne ?” ~ une réponse d’Erwan Sommerer

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Claude Guillon me donne la possibilité de répondre à ses brefs commentaires sur mon livre, et je l’en remercie.

Je ne peux, pour commencer, qu’assumer à nouveau l’anachronisme de mon propos : oui, il y a eu des anarchistes bien avant le XIXe siècle, sans doute même dès l’antiquité grecque – et peut-être avant, mais nous ne le saurons jamais – et rien n’interdit alors d’en chercher pendant la Révolution française. Que Maitron, Nettlau, Dommanget et Vovelle, parmi d’autres, aient partagé cette idée n’en prouve certes pas la validité, mais je suis heureux de constater qu’ils sont à mes côtés pour faire du bruit, la nuit, dans la cage d’escalier de Claude Guillon.

Mais il est évident que le différend, exprimé assez explicitement, porte surtout sur les auteurs que j’ai choisis et sur les idées que j’identifie à l’anarchisme pendant la période révolutionnaire. Si je laisse de côté Marat et Maréchal (plutôt faciles à accueillir dans la famille anarchiste) et Constant (il ne sert dans mon livre qu’à illustrer ce que j’appelle l’« anti-anarchisme »), il reste Sieyès et Condorcet.

Si j’ai bien compris, Claude Guillon me reproche de les déguiser en anarchistes. Ce faisant, je serais amené à rompre « avec les définitions en vigueur de l’anarchisme révolutionnaire », les deux auteurs concernés ne posant ni la question de l’État, ni celle de la souveraineté populaire. Je me propose d’examiner cela, l’idée de malmener des définitions établies étant à mes yeux un programme raisonnable.

A propos de l’État, je plaide coupable. Enfin presque : mon livre vise en effet à montrer que le rejet des préjugés et de la tradition mène ces auteurs à une critique généralisée des constructions sociales (hiérarchies d’Ancien régime, privilèges, etc.) qui tendent à se faire passer pour éternelles ou immuables. Or, s’ils ne vont pas jusqu’à mettre en cause ce grand préjugé qu’est la nécessité de l’État, ils ouvrent en quelques sortes la boite de Pandore. Sans compter – c’est le cœur de mon propos – que leurs réflexions sur la possibilité de renouveler la révolution, de réactiver régulièrement le pouvoir constituant à des fins de refondation de l’ordre social et institutionnel, impliquent une forme de bouleversement continuel de l’État, jamais stabilisé, toujours détruit et reconstruit. Le Léviathan en ressort sérieusement fragilisé.

Est-ce suffisant pour relier ces auteurs à l’anarchisme ? Je ne cache dans mon livre ni leurs limites, ni leurs égarements. Mais malgré cela, je réponds par l’affirmative. Si je m’autorise à le faire, c’est parce que je pense que même une société sans État génèrera ses propres dérives autoritaires, son propre conservatisme, ses pratiques hétéronomes, et donc que l’insistance sur la réitération de la révolution est plus importante que le seul objectif d’abolition de l’État. Landauer, en son temps, n’a pas dit autre chose : la lutte contre les institutions étatiques ne doit pas masquer le fait que l’État se reconstitue sous une autre forme, plus diffuse, dès que la vitalité révolutionnaire s’estompe et que de nouveaux préjugés s’installent, y compris chez les anarchistes.

Je serai moins bavard sur la question de la souveraineté populaire, qui ne me semble aucunement liée à l’anarchisme, bien au contraire. Cette notion m’apparaît cruellement dépendante de fictions philosophiques à l’arôme rousseauiste, à savoir l’idée qu’il existerait un « peuple », et que ce « peuple » aurait une sorte de volonté infaillible à laquelle l’individu devrait se subordonner. Sieyès, quelques décennies avant Stirner, a le mérite de nous vacciner contre cette absolutisme-là.

Loin de vider l’anarchisme de sa substance et de le réduire à un simple « esprit de révolte intellectuelle », je crois donc que le chemin de traverse que j’ai emprunté (en prenant soin de préciser que les Enragés ont eux-aussi des choses essentielles à nous dire) peut à la fois l’étoffer et le délester du superflu.

Alors je ne saurais dire si nous avons tous « quelque chose en nous de l’anarchie », comme le dit Claude Guillon. Mais l’argument de mon livre est que si ce « quelque chose » existe, l’activer dépend de conditions très particulières : non seulement adhérer à l’idée révolutionnaire et en déduire une pratique politique, mais aussi valoriser la révolution – la transition, la refondation, appelons ça comme on veut – en tant que telle. Autrement dit, ne pas rêver comme le font certains anarchistes, continuateurs inavoués de Constant, à un ordre post-révolutionnaire définitif et immobile.

Pardon d’avance pour le tapage nocturne.

“Quelque chose en nous de l’anarchie…” ~ À propos d’un livre d’Erwan Sommerer

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Comme j’en avais fait mention ici-même à l’époque, j’ai croisé Erwan Sommerer dans un séminaire de philosophie. Je venais parler de démocratie directe, et lui de Sieyès, dont ce docteur en sciences politiques est un spécialiste (personne n’est parfait !).

Erwan Sommerer a publié récemment aux Éditions du Monde libertaire un petit livre intitulé L’Anarchisme sous la Révolution française, et sous-titré « De la table rase institutionnelle à la contestation permanente des lois » (s. l. n. d., 70 p., 5 €).

Lequel opuscule m’a plongé dans un abîme de perplexité.

Oh ! certes, l’auteur n’est pas assez sot pour méconnaître l’anachronisme qu’il commet : tout au contraire, il le revendique dans le premier titre de chapitre « Assumer l’anachronisme ». Je dois avouer que cela m’a fait penser aux jeunes locataires qui s’installent dans mon escalier, et se croient autorisés à m’empêcher de dormir jusqu’à 6 h du matin parce qu’ils ont affiché dans le hall un mot d’excuses préventives…

L’auteur aurait pu choisir pour titre « L’Anarchisme et la Révolution française », ce qui lui eut peut-être permis un abord plus nuancé du sujet. Mais non, c’est sous la Révolution que nous sommes, et qu’il se trouve « des anarchistes insoupçonnés préfigurant à leur manière les façons de penser de leurs continuateurs du siècle suivant » [p. 9].

Ici, première interrogation : puisque l’auteur n’ignore ni l’existence des Enragés, qu’il mentionne p. 8, ni celle de mon travail (il indique Notre Patience est à bout en note, p. 8, à la suite de la Lutte des classes sous la Première République de Guérin), pourquoi ceux-ci ne font-il pas – au moins partiellement – l’objet de son étude ? (Varlet, par exemple, et sa belle déclaration sur l’incompatibilité entre révolution et gouvernement)

Parce que j’aurais épuisé, ou que je me serais trop « approprié » le sujet ? C’est envisageable, mais amène immédiatement d’autres questions : pourquoi ne pas le dire ? pourquoi ne pas même évoquer cette abstention ?

Et encore : pourquoi ne me citer que comme continuateur de Guérin et ne pas mentionner que j’ai abordé dans la conclusion de Notre Patience la question que l’auteur traite – et que j’ai réfuté sa position ?

La thèse de l’auteur, il la résume ainsi :

Une phase de crise politico-institutionnelle et de transition entre deux régimes, bref une “révolution”, génère nécessairement des comportements et des idées anarchistes. [p. 9] C’est donc à ces penseurs ou à ces praticiens d’un anarchisme involontaire, fragile et parfois vite désamorcé, que l’on s’intéressera ici. [p. 11]

Connaissant ses goûts intellectuels, on ne s’étonnera guère de voir Sommerer débusquer en Emmanuel – chouchou – Sieyès le premier de ces anarchistes involontaires ! Suivent Condorcet, Saint-Just, Marat (« La colère comme révolution permanente » !), Sylvain Maréchal – sans doute le « candidat » le plus sérieux –, et Benjamin Constant.

Tous, selon l’auteur, « ont entrevu la nécessité de penser la liberté comme réitération de la fondation et ont alors réfléchi à la meilleure manière d’organiser la lutte contre le retour des préjugés ou de la tradition. » [p. 67]

Cette assertion me paraît fort discutable ; par surcroît, elle rompt avec les définitions en vigueur de l’anarchisme révolutionnaire (c’est de cela qu’il est question) pour le cantonner dans un vague « esprit de révolte intellectuelle » (l’expression est de moi et non de l’auteur). En effet, les questions de l’État et de l’exercice de la souveraineté populaire ne se posent plus.

« Relire Condorcet, Sieyès, Marat et Maréchal n’est pas si inutile ou aberrant », conclut Sommerer.

Nous voilà d’accord !

Mais quel rapport avec l’anarchisme ? Aucun qui soit établi ici.

N’était que nous aurions, « nous » les révolutionnaires de toutes tendances, « quelque chose en nous de l’anarchie »…

Comme on a tous – nous les hommes! ah!  non, il n’y a pas de femmes anarchistes involontaires! – « quelque chose en nous de Tennessee [Williams] »…

La belle affaire !

 

Les “indigènes” de la République, première manière (1889)

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La même année – 1889 – où l’on célèbre le centenaire de la Révolution, l’Exposition universelle accueille, certes à sa périphérie, une reproduction exacte, et en dur, de la Bastille (voir ce mot en lien).

Dans l’enceinte de l’Exposition, cette fois, sont exhibés des «indigènes», dont il semble que certains citoyens se sont préoccupés de la santé – à moins qu’ils ne songent qu’aux risques d’épidémie…

Bien à tort! répond le Bulletin officiel de l’exposition universelle de 1889, quotidien illustré, dont j’ai colorisé les images (rencontrées au détour de mes recherches), pour en améliorer la lisibilité.

capture-decran-2017-03-03-a-20-01-59capture-decran-2017-03-03-a-20-01-16Bulletin officiel, n° 64, jeudi 18 juillet 1889.

capture-decran-2017-03-03-a-20-05-00Bulletin officiel, n° 62, lundi et mardi 15 et 16 juillet 1889.

“Femmes [soldates] de l’avenir” (vers 1900)

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Les cartes postales reproduites ci-dessous font partie d’une série imprimée au tout début du XXe siècle (le verso, réservé à l’adresse, permet de les dater d’avant 1904).

Elles représentent des «soldates d’opérette», incarnations comiques, mais «émoustillantes» puisque légèrement dé-vêtues, de ce qui pourraient advenir si les femmes étaient admises à jouer les mêmes rôles – ici militaires – que les hommes…

La caricature antiféministe s’est déjà montrée beaucoup plus féroce quand elle s’en est prise à des pratiques réelles d’armement des femmes, et ce dès la Révolution française, puis en 1848 et 1871.

Ici, la misogynie est apaisée. Ces pseudo-amazones sont davantage des mascottes — préfigurant Madelon — que des épouvantails.

Mais l’intermède sera de courte durée: ces cartes sont imprimées à peu près au même moment où les suffragettes anglaises lancent leur mouvement, qui alimentera une nouvelle flambée d’antiféminisme virulent.

capture-decran-2017-03-03-a-15-21-51 capture-decran-2017-03-03-a-15-22-03 capture-decran-2017-03-03-a-15-24-32 capture-decran-2017-03-03-a-15-24-53 capture-decran-2017-03-03-a-15-27-18 capture-decran-2017-03-03-a-15-27-29

Un dispositif de “démocratie directe”: la Convention doit travailler sous la surveillance des assemblées primaires, réunies en permanence (1793)

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Gros de Luzene, membre de la section de la Butte-des-Moulins, l’un des bastions modérés du Paris sectionnaire, n’a guère laissé de traces dans l’histoire, en dehors du texte de la brochure que l’on va lire ci-après : Liberté, Souveraineté, Égalité, dont j’ai récemment acquis un exemplaire[1].

Celle-ci ne se trouve-t-elle pas à la BN, ni presque nulle part ailleurs, excepté un exemplaire recensé par le CCF à la BM de Rouen (aucun autre dans le monde, d’après le KIT). Albert Soboul était cependant tombé sur un exemplaire aux Archives nationales (cote actuelle : MIC/AD/I/69 ; bobine n° 2 ; 96-194/96-198). Il est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul — avec l’auteur d’un article en russe — à la mentionner : il en cite une phrase p. 508 de sa thèse Les Sans-culottes parisiens en l’an II [2] (1958).

Ayant connaissance du texte et de son auteur, on ne peut soupçonner que c’est par inadvertance qu’il ne le mentionne pas dans le Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l’an II, publié vingt-sept ans plus tard avec Raymonde Monnier[3]. Gros de Luzene n’a probablement occupé aucun poste — dont nous ayons conservé trace au moins — dans sa section. Mais il aurait pu figurer sous la rubrique « Militants ».

Je n’ai, pour ma part, déniché qu’une mention d’un Gros de Luzene, que je présume (sans preuve) être plutôt un parent de notre auteur. Dans le Mercure de France du samedi 28 avril 1787, figure dans la « Troisième liste des Personnes qui ont fait leur Déclarations & Soumissions […] de contribuer à l’établissement de quatre nouveaux Hôpitaux, capables de suppléer à l’insuffisance de l’Hôtel-Dieu de Paris […] », un « M. Gros de Luzene, Bourgeois de Paris », pour la somme de 150 livres.

Soboul estime que la brochure date de « l’été 1792 ». J’ai vérifié sur l’exemplaire des AN qu’aucune mention manuscrite ne pouvait éclairer ce choix. Au regard du déroulement des débats sur la constitution de 1793, dont un décret du 26 juin prévoit qu’elle sera sanctionnée par le peuple convoqué en assemblées primaires, je pencherai plus volontiers pour le début ou le printemps 1793.

« Les assemblées primaires doivent être permanentes » jusqu’à l’achèvement de la constitution, estime Gros de Luzene, qui plaide également pour la révocabilité des mandataires.

Cette « permanence » prônée me semble un élément original. Il ne s’agit pas seulement de faire sanctionner la constitution par le peuple réuni, mais de faire travailler la Convention – jusqu’à achèvement du texte – sous la pression continue des assemblées primaires, susceptibles de peser sur les débats et de rappeler tel mandataire, infidèle à son mandat.

L’auteur va même plus loin: pour lui, c’est un peu comme si de multiples cervelles surveillaient un même corps, puisque «une convention nationale, c’est le souverain assemblé».

Autrement dit: les assemblées primaires sont la Convention, et elles décident — pour des raisons strictement pratiques — de «former un point de ralliement par ses mandataires».

La «Convention», au sens de réunion physique des mandataires, est le lieu de la communication des multiples cervelles souveraines entre elles, le lieu de mise en forme et en actes (législatifs et constitutionnels) d’une «intelligence collective» qui réside et s’élabore dans toutes les assemblées de l’Empire.

On comparera avec un extrait du Projet d’un mandat spécial et impératif, rédigé par l’Enragé Jean-François Varlet après le 10 août 1792 :

Vous ajouterez cet article important à la déclaration des droits de l’homme : la souveraineté du peuple est le droit naturel qu’ont les citoyens, dans les assemblées, d’élire sans intermédiaires à toutes les fonctions publiques, de discuter eux-mêmes leurs intérêts, de rédiger des mandats aux députés qu’ils commettent pour faire des lois, de se réserver la faculté de rappeler et de punir ceux de leurs mandataires qui outrepasseraient leurs pouvoirs ou trahiraient leurs intérêts ; enfin, d’examiner les décrets qui tous, hormis ceux que commandent des circonstances particulières, ne peuvent avoir force de lois, qu’ils n’aient été soumis à la sanction du souverain dans les assemblées primaires.

La revendication de modalités d’une « démocratie directe » est l’un des sujets que j’aborderai le 15 mars 2017 lors de la séance du séminaire doctoral de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF).

Pour les détails, se reporter au programme du séminaire publié ici-même.

capture-decran-2017-02-27-a-14-11-18Cliquez sur l’image pour l’AGRANDIR

LIBERTÉ, SOUVERAINETÉ, ÉGALITÉ

 

D’après le principe incontestable que la souveraineté réside dans la nation, ne perdons jamais de vue dans nos assemblées primaires les moyens de ne pas la rendre illusoire.

D[emande]. Que représentent nos assemblées primaires ?

R[éponse]. Nos assemblées primaires représentent la souveraineté de la nation assemblée.

D. Pourquoi le souverain se rassemble-t-il ?

R. Pour y porter son vœu impératif pour la conservation de son bonheur et de sa liberté.

D. Comment le vœu impératif qui doit faire la loi peut-il être exprimé ?

R. Par la collection des cahiers, dans lesquels nos mandataires, nos ambassadeurs sont chargés de faire l’extrait de la majorité des vœux, qui doit faire loi impérative.

D. Quels sont les moyens d’empêcher le génie malveillant de mettre pour loi impérative la minorité des vœux de la nation ?

R. L’impression, rien que l’impression, par oui et par non ; des vœux des différens cantons de l’empire, sur-tout des vœux majeurs qui intéressent le repos et le salut de l’empire. (Chacun pourra, par ce moyen, reconnoître son vœu.)

D. Qu’est-ce qu’une convention nationale ?

R. C’est le souverain assemblé dans les différens points de l’empire, qui convient de former un point de ralliement par ses mandataires, et non ses représentants, pour que la collection majeure des vœux nationaux soit exprimée pour loi impérative.

D. L’assemblée de convention nationale peut-elle, dans les circonstances épineuses où nous sommes, faire des loix ?

R. Oui, l’assemblée peut faire des loix provisoires de circonstance ; mais pour qu’elles puissent être loix du royaume, il faut que le souverain, toujours jaloux de ses droits qu’il ne veut plus aliéner ni compromettre, ait porté son vœu par assis et levé, ou par oui ou par non.

D. Les assemblées primaires du souverain doivent-elles subsister pendant l’assemblée de convention nationale ?

R. Oui, messieurs, pendant le danger de la patrie, le souverain doit être à son poste, à la tête de son armée, à la tête de ses affaires ; il doit être par-tout ; il doit être dans toute son activité, pour veiller sur ses ambassadeurs, pour que ces mêmes ambassadeurs ou ses mandataires ne puissent rien entreprendre d’après l’arbitraire contre son vœu. Donc les assemblées primaires doivent être permanentes, jusqu’à ce que l’assemblée de convention nationale ait perfectionné sur les bases divines de la déclaration des droits de l’homme, l’édifice majestueux de notre constitution.

D. Dans l’ancien régime, les ambassadeurs des rois, ou bien soi-disant leurs représentans, avoient-ils le droit, d’après leur conscience, ou leurs arbitraires dans les cours où ils étoient envoyés, de faire des traités, des alliances, sans le vœu bien exprimé de leurs maîtres ?

R. Non, les ambassadeurs, les soi-disant représentans des rois, n’étoient que des mandataires, et les porteurs ou les communicateurs des ordres de leurs maîtres ; et si par des cas fortuits, comme chargés des intérêts de leurs maîtres, ils exprimoient leur volonté particulière, elles n’avoient jamais de force ni de consistance qu’elle n’eût été sanctionnée par l’approbation de leurs maîtres.

D. Que résulte-t-il de cette simple conséquence ?

R. Il en résulte que si les despotes, jaloux de leurs droits usurpés, n’ont des ambassadeurs que pour être porteurs de leurs ordres, et que quiconque de ses ambassadeurs s’en écartoit, étoit de suite rappelé, remplacé et puni.

À plus forte raison le souverain, dont les droits imprescriptibles et inaliénables ne sont pas une usurpation, doit être jaloux de la conservation de ces mêmes droits, et dont un de ses mandataires, qui porteroit atteinte à ces mêmes droits, doit être rappelé, remplacé et puni. Donc si l’assemblée de tous ses mandataires, venoit à porter atteinte à ces mêmes droits, le veto national est là, et le veto national réprime sans commotion toutes les tentatives des génies malveillans. Le silence ou le veto sera l’expression du vœu général. Que le mandataire soit convaincu d’avance que cette mission est faite pour élever l’ame de l’homme probe ; qu’il soit convaincu d’avance, qu’il doit compte à ses commetans, et un compte sévère et exact ; qu’il soit convaincu, enfin, que ses commetans ont le droit de le juger, (s’il a prévariqué de le punir) s’il a rempli ses devoirs de l’estimer, et l’estime des hommes libres, pour un citoyen honnête, est une récompense inappréciable.

Les représentans de la nation sont inviolables, et moi aussi, citoyen ordinaire faisant mon devoir, je suis inviolable ; et quiconque m’assassineroit seroit puni de mort, et quiconque assassineroit un mandataire inviolable, comme moi citoyen, perdroit la vie. Quelle différence peut-il y avoir entre le mandataire du peuple ou le simple citoyen ? Puisque les assassins des deux perdent la vie, l’inviolabilité devient une absurdité. Si, parce que je suis préposé mandataire fidèle de 50 000 hommes, je puis m’ingérer [sic] de leur être infidèles, de les voler impunément, de les enchaîner impunément, de les trahir, et enfin de les assassiner, de les précipiter dans l’abîme impunément !

Jamais le peuple souverain, par l’affreux souvenir des maux que lui ont occasionné une inviolabilité aussi absurde et aussi révoltante, ne permettra que ses mandataires puissent eux-mêmes devenir autant de despotes, qui puissent séparément enchaîner cinquante mille hommes, et collectivement toute la nation.

Tout ce qui jure aux principes, doit être détruit ; l’arbitraire ou le despotisme, c’est le synonyme, ne peut exister chez une nation libre, où elle ne veut pas l’être, parce que, d’après la conscience de 400 mandataires sur 700, il convient que la souveraineté de la nation soit illusoire ; parce que, d’après la conscience de 400 mandataires séduits par l’or et l’espoir des places et des dignités, il convient que la nation soit réduite à la plus affreuse servitude. Ce qui convient à de tels hommes ne peuvent être des loix ; car la loi est l’expression de la volonté générale. Or, la volonté générale ne peut être d’être enchaînée par la conscience de 400 mandataires infidèles. Donc le despotisme des mandataires, qui peuvent compromettre la souveraineté nationale, doit être rejetté comme attentatoire à la liberté et à l’égalité.

Donc nos mandataires doivent être les porteurs de nos ordres, les suivre strictement, ne s’en pas écarter, et doivent répondre à leurs commettans de tout ce qu’ils ont dit, écrit ou fait dans l’exercice de leurs fonctions de mandataires.

Un mandataire est homme, il peut se tromper ; mais comme il doit être éclairé, il ne peut le lendemain soutenir son erreur. Au contraire, il se fera un devoir et un honneur de l’abjurer publiquement ; l’homme vertueux, qu’il soit notre représentant ; dès qu’il cesse de l’être, qu’il soit strictement notre mandataire, et qu’il devienne responsable devant ses commettans : par ces moyens, vous détruirez l’intrigue ; l’intrigant lui-même, dans cette dignité, la sentira, ne pourra plus la compromettre, et par ce moyen vous aurez une vraie représentation.

GROS DE LUZENE, Section de la Butte des Moulins

De l’Imprimerie de G. F. GALLETTI, aux Jacobins Saint-Honoré.

____________

[1] J’en ai saisi le texte d’après cet exemplaire.

[2] Les Sans-culottes parisiens en l’an II. Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire 2 juin 1793 – 9 thermidor an II, Librairie Clavreuil, 1958.

[3] Publications de la Sorbonne, 1985.

Séminaire de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF) ~ 15 mars 2017: “Pourquoi et comment publier les Enragé(e)s ?”

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capture-decran-2017-02-11-a-02-20-48 capture-decran-2017-02-11-a-02-21-09 capture-decran-2017-02-11-a-02-23-23Cliquez sur les images pour les AGRANDIR.

Journée d’études AWARE-MNÉMOSYNE le 25 février ~ “Elles Créent, elles collectionnent, elles soutiennent… Femmes et arts de l’Antiquité à nos jours”.

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Banquets régicides & sans-culottes

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Encore cette année, je me suis trouvé en trop relative santé pour rallier le lieu où une soixantaine de modernes sans-culottes ont célébré comme il se doit l’anniversaire de la chute de la monarchie par guillotinade de son incarnation soi-disant divine: Louis Capet.

capture-decran-2016-06-15-a-20-37-28D’autres célébrations de table ont eu lieu en France (et ailleurs… qui sait?), mais mes ami(e)s ne tolèrent pas le voisinage de monarchistes, comme ces œcuméniques banqueteurs qu’évoque Libération.

Je reproduis ci-dessous l’invitation au banquet 2017, et j’en profite pour adresser un fraternel salut à celles et ceux qui ont ripaillé ce 21 janvier.

Il est fort possible que dans les temps à venir tel autre événement, marquant et radical, de la Grande Révolution soit choisi et célébré — de préférence à la belle saison — par quelque bombance…

Fêter la fin d’un régime pluriséculaire n’empêche pas de créer des traditions, au contraire !

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