Séminaire de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF) ~ 15 mars 2017: “Pourquoi et comment publier les Enragé(e)s ?”

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capture-decran-2017-02-11-a-02-20-48 capture-decran-2017-02-11-a-02-21-09 capture-decran-2017-02-11-a-02-23-23Cliquez sur les images pour les AGRANDIR.

Journée d’études AWARE-MNÉMOSYNE le 25 février ~ “Elles Créent, elles collectionnent, elles soutiennent… Femmes et arts de l’Antiquité à nos jours”.

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capture-decran-2017-02-06-a-11-33-42capture-decran-2017-02-06-a-11-33-59Cliquez sur les images pour les AGRANDIR.

Banquets régicides & sans-culottes

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Encore cette année, je me suis trouvé en trop relative santé pour rallier le lieu où une soixantaine de modernes sans-culottes ont célébré comme il se doit l’anniversaire de la chute de la monarchie par guillotinade de son incarnation soi-disant divine: Louis Capet.

capture-decran-2016-06-15-a-20-37-28D’autres célébrations de table ont eu lieu en France (et ailleurs… qui sait?), mais mes ami(e)s ne tolèrent pas le voisinage de monarchistes, comme ces œcuméniques banqueteurs qu’évoque Libération.

Je reproduis ci-dessous l’invitation au banquet 2017, et j’en profite pour adresser un fraternel salut à celles et ceux qui ont ripaillé ce 21 janvier.

Il est fort possible que dans les temps à venir tel autre événement, marquant et radical, de la Grande Révolution soit choisi et célébré — de préférence à la belle saison — par quelque bombance…

Fêter la fin d’un régime pluriséculaire n’empêche pas de créer des traditions, au contraire !

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Attention à la marche !

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capture-decran-2017-01-06-a-16-48-47À deux jours de l’anniversaire de l’exécution publique de Louis Capet, ci-devant roi de France, le 21 janvier, La Révolution et nous présente ses meilleurs vœux à M. Emmanuel Macron, nostalgique de la monarchie mais néanmoins candidat à la présidence de la République française.

Et surtout, hein : la santé !

“Genre, visibilité et sociabilité dans l’Antiquité grecque et romaine” ~ Journée d’études, le 24 janvier à Paris

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capture-decran-2017-01-06-a-16-20-03capture-decran-2017-01-06-a-16-20-56capture-decran-2017-01-06-a-16-22-45Cliquer sur les images pour les AGRANDIR.

“Notre Patience est à bout. 1792-1793 Les écrits des Enragé(e)s” ~ Nouvelle édition en librairies à partir d’aujourd’hui

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capture-decran-2016-11-07-a-17-02-20Notre Patience est à bout reparaît — toujours chez IMHO — mais dans une nouvelle édition, augmentée de 68 pages, avec l’entrée de textes de Taboureau de Montigny (Orléans), un inédit sur l’activité de Théophile Leclerc après 1794 (25 p. de documents inédits), des développements nouveaux sur la démocratie directe en 1788 & 1789, une bibliographie étoffée, et un index.

Notre Patience est à bout. 1792-1793 Les écrits des Enragé(e)s, Éditions IMHO, 242 p., 15 €.

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Mandat impératif & cahiers de doléances

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capture-decran-2016-11-07-a-17-02-20Dernier aperçu sur les ajouts de la nouvelle édition revue et augmentée de Notre Patience est à bout (il y en a d’autres, mais vous pourrez satisfaire votre curiosité en librairies dès le 5 janvier prochain) : un passage d’un nouveau développement concernant la démocratie directe et la question du mandat impératif, posée dans la pratique avant même la réunion des États généraux.

La question de l’exercice de la souveraineté est posée par l’usage du mandat impératif, du contrôle et de la révocabilité des députés dès les prémices de la Révolution : avant même la réunion des États généraux, au cours des assemblées locales qui désignent — dans une élection à un ou deux degrés, selon les régions — les députés chargés de porter les cahiers de doléance à Versailles. Elle se reposera lors des premières séances de l’Assemblée nationale. Elle sera ensuite l’objet d’une véritable guérilla politique entre les Districts et la Municipalité de Paris. Elle ressurgira enfin dans les revendications, à la fois politiques et sociales, de la sans-culotterie — et des Enragés — en 1793.

Le 2 février 1789, les représentants du Tiers et les curés des communes du pays de Foix se réunissent, sans d’ailleurs attendre l’autorisation qu’ils ont sollicitée du roi. Ils craignent que les « États particuliers de la Province » envoient eux-mêmes des députés aux États généraux. Les représentants d’Uzès et de Mirepois, bientôt suivis par d’autres, enjoignent au député de la sénéchaussée, si les États provinciaux passaient outre, « de ne point communiquer ni délibérer, directement ni indirectement, avec [les autres députés], à peine de révocation de pouvoir » [Casteras, 1876].

Le mandat impératif est invoqué — l’expression littérale figure en titre d’un paragraphe — de manière tranchée et politique dans le cahier de doléance du Tiers du Poitou. Ses rédacteurs, « trop instruits par [leurs] malheurs et par la funeste expérience du passé », entendent protéger la souveraineté nationale contre des « altérations multipliées ».

« Pour parvenir à ce but, il est essentiel que la province restreigne à certains égards les pouvoirs de ses Députés et qu’elle les mette par là dans l’heureuse impuissance de compromettre les droits de la nation [1]. »

On demande, en conséquence, qu’il soit spécialement enjoint à ceux qui seront députés par le Tiers — en déclarant les désavouer s’ils contreviennent à ce mandat spécial — de refuser leur consentement à l’imposition ou à la continuation d’anciens subsides, avant qu’une loi soit promulguée, dont voici des extraits du contenu : Le pouvoir législatif appartient conjointement au roi et à la nation ; les États se réunissent de cinq ans en cinq ans, ou moins s’ils le jugent nécessaire ; les mesures concernant les impôts ne seront valides que pendant les intervalles entre deux réunions. On ajoute que les ordres pourront se réunir sans lettres royales de convocation.

Il s’agit donc d’un mandat impératif « de précaution », à la fois négatif (ne pas voter ceci), et programmatique (exiger cela) assorti d’une révocabilité automatique des députés. L’audace de la démarche n’a pas échappé à certains représentants du Tiers poitevin qui ajoutent leur opinion dissidente au document. Ils entendent « écarter toute idée qui, sans établir les véritables droits de la nation, ne contiendront […] qu’une menace d’insurrection contre l’autorité royale », et manifestent une inquiétude de classe, exigeant de « supprimer tous les articles qui peuvent donner atteinte à la propriété qui doit être respectés par tous les ordres de citoyens » [AP, t. V, p. 415].

_________________

[1] C’est moi qui souligne cette malicieuse formule [Beauchet-Filleau, 1888 ; AP, 1ère série, t. V, pp. 406-422.].

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LES VIOLEURS D’ENFANTS ~ Concordance guerrière [1]

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Ancien inspecteur du service général des Enfants assistés de la Seine, Ernest Gegout publie cet article dans l’hebdomadaire L’Attaque, «organe socialiste révolutionnaire de la jeunesse», dont il est le rédacteur en chef (n° 3, du 4 au 11 juillet 1888).

 

à M. Philippe Xavier Ignace BARBARIN, cardinal.

 

Les violeurs d’enfants

Enfin ! les événements me donnent raison !

La prêtraille, dans un affolement de rut, a relevé si haut sa soutane et s’est vautrée si bas, qu’elle en a montré son cul.

Et, dame Bourgeoisie, qui vis-à-vis des siens ne se montre pourtant pas bégueule, en est devenue rouge comme une tomate, tant ce spectacle a paru l’écœurer.

Écœurée ! la Bourgeoisie !… Oh ! pas tant que cela, allez ! La vieille catin n’aurait pas bronché, n’aurait pas même tiré les sels hygiéniques, ou déployé l’éventail préservatif, — elle en a vu bien d’autres, la drôlesse — si le Peuple, ce grand enfant terrible, qui finit toujours par voir clair et ne met jamais de gants à sa critique, n’avait eu vent de la chose…

250 enfants, fils de travailleurs, de miséreux, abandonnés parce que le père était mort à la tâche, ou que la mère manquait de travail, viennent d’être violentés, maculés, contaminés ensuite, par les ignobles pourceaux qui, sous leur groin, déboutonnent la soutane de Saint-Joseph !

Et c’est à Citeaux, vous entendez ! à Citeaux où Fourier et ses disciples fondèrent le premier phalanstère, — esquisse de la Société harmonique future — que cette ignoble désharmonie des sexes s’est plantureusement affirmée !

Les responsables ? Je les connais, je vous les dénonce :

En 1881, inspecteur du service général des Enfants assistés de la Seine, j’écrivais sur la colonie pénitentiaire de Citeaux que je venais de visiter et sur les directeurs départementaux du service, qui, avec la complicité de l’Assistance publique, cette proxénète, la pourvoyait de gibier humain :

« Je me suis élevé déjà dans divers rapports contre l’envoi en correction de nos enfants, envoi trop légèrement, trop fréquemment demandé par nos directeurs, et surtout trop facilement accordé par l’administration.

« MM. les directeurs ne comprennent pas assez leurs charges de tutelle. Trop souvent, ils se laissent aller envers les enfants confiés à leurs soins à des mesures excessives, etc. ; trop souvent, ils sacrifient l’intérêt de l’enfant à celui du patron ; trop souvent ils obéissent aux rancunes de dernier, etc.

« L’inspection que j’ai faite de la Colonie pénitentiaire de Citeaux m’a suffisamment prouvé que j’avais raison… J’y ai étudié le mode organisateur. Il est surtout productif pour l’association religieuse qui le pratique, mais il est abusif, atrophiant pour ceux qui en sont les rouages.

« Le mobile de ceux qui dirigent Citeaux, c’est l’intérêt ; leur but, c’est l’enrichissement de la congrégation dont ils sont les mandataires.

« Là où il faudrait une surveillance active, une étude constante des caractères, des aptitudes ; une direction dépouillée de tout intérêt privé, dévouée exclusivement à la réorganisation morale de la phalange infantile, on ne trouve qu’une organisation spéculatrice à l’excès !…

« On ne s’occupe ni du caractère, ni des tendances, ni des aptitudes de l’enfant. On n’a qu’un désir : l’exploiter !

« La somme de travail qu’on réclame de lui excède ses forces. L’instruction qu’on lui donne est nulle : une heure de classe par jour et seulement après les travaux agricoles de la journée !… Or, parmi ces enfants, il y en a qui n’ont pas dix ans !…

« Quant au personnel dirigeant, il n’est guère à la hauteur du rôle moral qu’il devrait remplir. Les frères qui surveillent nos enfants ne sont ni instruits ni intelligents, et j’ai grand peur, quand je vois confier à de pareils êtres, l’œuvre de réhabilitation que poursuit l’Administration. »

Pourquoi diable aller plus loin ! Cela suffit, n’est-ce pas ?

En revenant d’inspection, j’ai dit au Poubelle[1] d’alors, qui a dormi en m’écoutant, puis au ministre du jour qui en a souri : « J’ai vu à Citeaux des êtres dangereux : des frocards de 17 à 60 ans, à faces suintant la brutalité et le vice. Ils mangent bien, ils boivent bien, ils ne travaillent pas ; ils vivent dans l’isolement de la femme, ils grouillent sous le soleil de la Bourgogne, et c’est à ces gens-là que vous confiez les fils du Peuple ! gare ! »

Et le Poubelle d’alors qui rêvait Mairie centrale, s’est réveillé pour me blâmer ; et le pacha de la place Beauveau, a failli prendre sa plume pour signer ma révocation !

J’eusse dû alors envoyer comme un crachat ma démission à la face de toute cette vadrouille[2] administrative. J’ai attendu, croyant malgré tout et naïvement faire quelque bien comme fonctionnaire.

Les années suivantes, je dénonçais les complicités de l’Assistance publique à Mettray[3], aux Bon Pasteur de Rennes et de Nevers, à Montévrain, à Levallois-Perret, à Moulins, etc. etc. Et mes rapports étaient jetés au panier.

Arriva l’affaire de Porquerolles. Je devais aller là-bas. On s’y opposa. Et les martyrs de l’île Roussen — dont j’ai parlé dans le Cri du Peuple — furent dirigés sur Citeaux ! Et ceux qui aidèrent à leur martyre, les  Bruyère et les Savouré de l’avenue Victoria, furent bien mis au rancard durant quelques jours — ce pour accorder un semblant de satisfaction à la vindicte publique — mais ils furent renommés bien vite : le premier, membre de la Commission de surveillance de l’Assistance publique ; le second, directeur du service des Enfants assistés d’un des départements les plus importants du centre.

Ne voulant plus alors subir la souillure du fonctionnarisme, j’exigeai, par lettre au ministre Sarrien[4], ma révocation. Le Conseil d’État eut la gracieuseté de me l’accorder.

Eh ! vous, ceux du Travail ! faites donc des enfants, avec l’espoir que si vous ne pouvez les les élever, l’Assistance mandatée et payée par vous — par vous surtout — leur viendra en aide aux jours de misère…

Vos fils ! l’Assistance, cette vieille pourvoyeuse, qui entretient « son homme », M. Peyron[5], dédaignera même de les vendre aux sales passions des ensoutanés, elle les leur donnera !

Ernest Gegout

____________________

[1] Eugène René Poubelle (1831-1907), préfet de la Seine de 1883 à 1896 ; il imposa les boîtes à ordures normalisées qui ont pris son nom. [C. G.]

[2] Vadrouille signifie communément promenade, vagabondage, parfois lié à la recherche de plaisirs ; le mot peut également désigner « une femme de mœurs légères et de basse condition » (Dictionnaire de l’argot français et de ses origines). On peut donc comprendre ici : « J’eusse dû envoyer ma démission à toute cette putain d’administration ». [C. G.]

[3] Où sera « placé » Jean Genet. [C. G.]

[4] Jean Marie Ferdinand Sarrien (1840-1915), républicain modéré, plusieurs fois ministre de l’Intérieur, de la Justice, et finalement Président du Conseil. [C. G.]

[5] Le Dr Ernest Peyron fut directeur général de l’Assistance publique de 1884 à 1898. [C. G.]

capture-decran-2016-12-25-a-18-25-44Ernest Gegout

L’avenir est à la révolution & aux gens ordinaires… (Théophile Leclerc après 1794)

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Je donne ci-dessous le début d’une longue annexe (vingt-cinq pages) ajoutée à la nouvelle édition revue et augmentée de Notre Patience est à bout (IMHO, en librairies le 5 janvier). Elle concerne Théophile Leclerc, dont on perdait la trace en 1794, et dont j’ai retrouvé des lettres manuscrites et les étapes d’une carrière administrative entrecoupée de déplacements (ou de demande de déplacements) et précédée par la participation à la répression de l’émeute royaliste de 1795.

On découvrira qu’à peine sorti de prison, Leclerc a réuni des soutiens relativement prestigieux (surtout pour un « exagéré » rejeté par tous les « partis »), et balancé constamment entre la nécessité de trouver un travail pour vivre et un goût de l’aventure persistant.

Sans renier son passé, l’enragé Leclerc compose avec son époque — on verra qu’il n’est pas le seul et que Varlet, autre figure du courant des Enragés, a commis des écarts équivalents. Tous deux ont d’ailleurs partagé un même goût (fréquent chez les révolutionnaires) pour les vers de mirliton, ici offert au régime du moment.

Habitué(e)s que nous sommes à suivre, au XIXe siècle, les carrières de « révolutionnaires professionnels » ou de militants ayant reçu une formation politique (même « sur le tas »), nous ne pouvons qu’éprouver une vague déception : ces extrémistes ne nous avaient-ils pas préparés à mieux ? Pour un peu, nous leur en voudrions.

Ramenés à des circonstances moins exaltantes (et moins dangereuses aussi), certes ils sont fiers encore de leur action dans la tourmente, plus ou moins assoiffés encore d’aventures, mais vieillis par les épreuves et la prison, avec des enfants à charge, des problèmes de survie. Et sans doute une espèce de vertige… Est-il vraiment fini ce « moment révolutionnaire », qui a duré six longues années ?

À la réflexion, ces trajets de vie, fort éloignés justement d’une « carrière », attestent de l’extraordinaire nouveauté de la Révolution française. Certes, Leclerc, Varlet, Pauline Léon, Claire Lacombe et tant d’autres l’ont faite ; mais ils et elles ont été dans le même temps produit(e)s et bouleversé(e)s par elle.

Aussi étonnant et digne d’admiration que soit leur rôle dans les années de la Révolution, le plus extraordinaire est précisément que ces gens ordinaires aient été appelés à écrire l’histoire et non plus à la subir.

Sans la transformation par elle-même de la réunion du tiers-état en Assemblée nationale et sans la prise de la Bastille, Leclerc n’aurait été qu’un jeune homme remuant (peut-être aurait-il rejoint les Ponts-et-Chaussées, comme son père et tant d’hommes de sa famille), Varlet un employé de la Grande poste à la vocation philosophique rentrée, Pauline Léon une marchande de chocolats libertine (au sens des Lumières) et Claire Lacombe une comédienne charmante et cabocharde. Quant à Jacques Roux, il aurait été ce qu’il fut, le curé d’une paroisse ouvrière, dont nous n’aurions probablement jamais entendu parler.

Ce que confirme la vie de Leclerc après 1794, c’est bien que ces gens ordinaires le sont plus ou moins redevenus, après avoir fait — et nous avoir légué — la première révolution de notre histoire.

Que cette Révolution — par définition extra-ordinaire — ait été faite et incarnée par des gens ordinaires, je tiens que cela est plus réconfortant que décevant ?

Et pour tout dire encourageant pour l’avenir.

L’avenir, à construire par nous-mêmes, qui nous jugeons au jour le jour — et non sans raison parfois — si dérisoires, imparfaits, impuissants. Confinés dans nos petits malheurs quotidiens.

En comptaient-ils moins que nous, les révolutionnaires de 93, également mortels, mais sans eau courante, ni électricité ni toilettes, ni antibiotiques ni contraception ?

Nous avons bien des raisons, non pas de nous juger moins ordinaires qu’eux, mais de nous considérer mieux outillés, mieux préparés à tirer partie de circonstances historiques favorables, lesquelles n’ont pas moins de raison d’advenir au XXIe siècle qu’au XVIIIe.

L’avenir est aux gens ordinaires, et à la révolution.

 

L’Enragé Leclerc après 1794 : un rond-de-cuir qui a la bougeotte

Jusqu’ici, la trace de l’enragé Théophile Leclerc se perdait après sa libération de la prison du Luxembourg fin août 1794, le dernier papier signé de sa main étant du 11 septembre. Si j’ai eu la chance de retrouver son épouse, la militante républicaine révolutionnaire Pauline Léon, installée et décédée à La Roche-sur-Yon [1] (5 octobre 1838), et de compléter ainsi mon ouvrage de 1994 Deux Enragés de la Révolution, mes recherches concernant Leclerc étaient demeurées vaines.

Une des difficultés de l’entreprise tient au fait que le patronyme Leclerc est extrêmement répandu en France, déjà au XVIIIe siècle, et que l’on en rencontre des dizaines dans les archives, sans mention de prénom, d’âge ou de domicile ; sans signature ou texte autographe.

En 2014, la nécessité d’explorer, à propos des revendications de groupes de femmes en matière d’éducation, la sous-série F/17 des Archives nationales consacrée à l’Instruction publique [2], combinée à la possibilité de le faire dans des inventaires postérieurs à mes précédentes recherches et plus détaillés, m’ont permis de retrouver Leclerc là où je reconnais n’avoir pas eu l’idée de le chercher.

J’ai d’ailleurs pu constater — piètre consolation ! — que personne d’autre n’a eu cette idée, et que la mention d’un « Théophile Leclerc », fils d’un ingénieur des Pont et chaussées de surcroît, n’a pas alerté Catherine Kawa soutenant en 1993 sa thèse Les Employés du ministère de l’Intérieur pendant la 1e République (1792-1800), dont une version abrégée a été publiée en 1997 (Les Ronds-de-cuir en Révolution, Éd. du CTHS). Et pas davantage, ce qui est plus surprenant, son directeur Michel Vovelle, ou les membres de son jury, parmi lesquels Claude Mazauric.

Mais je reviens à ma première trouvaille : une demande de poste par un Leclerc Théophile (F/17/1214/B d. 13). Les éléments biographiques antérieurs à 1794 que contient la lettre manuscrite, adressée aux « Réprésentants du peuple composant le comité d’instruction publique », ainsi que la signature, permettent d’identifier l’enragé Théophile Leclerc. Le document [3], datée du 13 ventose an IV (3 mars 1796) donne de précieuses indications sur son comportement après le 9 thermidor. Je traiterai par la suite des soutiens dont bénéficie le solliciteur.

“Citoiens

je datte de 89 ; comme guerrier républicain ou comme écrivain patriote, je n’ai cessé de payer ma dette à la patrie.

J’ai été employé dans les hopitaux ambulants de l’armée du nord ; je l’ai été à la commission d’instruction publique, dans l’un et l’autre de ces postes, j’ai mérité l’estime de mes chefs.

J’ai été emprisonné cinq mois sous Robespierre, j’ai pris les armes le 11 vendémiaire et j’ai passé les 12, 13, 14, 15 et 16 du même mois, auprès de la représentation nationale ; dans le moment du danger, mon poste fut aux thermopiles, c’est à dire dans la rue de la Convention.

La révolution par sa durée m’a éloigné de la culture des lettres, pour lesquelles mon gout fut naturel et très prononcé ; le terme de la révolution approche, il est tems que je rentre dans le sentier de mes inclinations favorites.

Mon honorable pauvreté atteste ma probité et mon désintéressement, deux sœurs, une femme et un enfant qui ne subsistent que des rapports de mon industrie, sont les aiguillons qui me pressent de demander un emploi malgré ma répugnance pour des sollicitations de ce genre.

Je demande à être employé aux bibliothèques ; c’est là que brulant d’être utile, en nourrissant ma passion pour les sciences et les arts, je pourrai devenir peut-être un jour, un homme intéressant pour la patrie.

Leclerc”

«Je date de 89». La formule est crâne et sonne bien ; elle permet en outre à l’auteur de ne pas insister sur son activité militante en 1793, moins consensuelle. La mention de l’emploi dans les hôpitaux ambulants nous était connue. En revanche, nous découvrons le rôle que Leclerc s’attribue lors de l’émeute royaliste et sectionnaire contre la Convention en vendémiaire an IV (octobre 1795).

Dans la séance du 2 vendémiaire (23 septembre 1795), le député Daunou lit un rapport dans lequel il en appelle aux « Patriotes de 1789, hommes du 14 juillet, vainqueurs du 10 août, victimes du 31 mai, libérateurs du 9 thermidor [:] venez, placez-vous dans les rangs des vainqueurs de Fleurus, de ces soldats de la patrie, qui n’inspirent d’alarmes qu’aux soldats de l’Autriche et de l’Angleterre ; républicains innombrables, venez tous ; formez la légion toujours invincible. »

On a employé, pour désigner les 1 500 à 1 800 militants ainsi enrôlés l’appellation « Bataillon sacré des patriotes de 89 », parfois abriévée en ne retenant que l’une de ses parties. Réal dit avoir assisté à la distribution des fusils qui leur a été faite [4]. Le comte de Las Cases insiste dans son Mémorial de Saint-Hélène sur leur rôle dans l’écrasement de l’émeute :

« La Convention, pour accroître ses forces, donna des armes à 1 500 individus, dit les patriotes de 89 ; c’étaient des hommes, qui, depuis le 9 thermidor, avaient perdu leurs emplois et avaient quitté leurs départements où ils étaient poursuivis par l’opinion ; elle en forma trois bataillons sous les ordres du général Berruyer. Ces hommes se battirent avec la plus grande valeur, ils entraînèrent la troupe de ligne et furent pour beaucoup dans le succès de la journée. »

Ils concentrèrent aussi la haine des insurgés : un représentant des trente-deux sections exigea que la Convention « licencie l’infâme bataillon sacré ». Le baron de Lamothe-Langon qui rapporte le fait, estime que le dit bataillon était « composé de vrais chenapans [5] ».

Nous n’avons aucune raison de penser que Leclerc invente sa participation au Bataillon des patriotes : ça n’est pas son habitude, et la démarche serait sottement risquée dix-huit mois après l’événement. Ce d’autant plus si l’on tient compte des soutiens dont il va être question. Je note encore que si je n’ai pas trouvé Leclerc dans la liste des combattants indemnisés (AF/II/52), cela signifie simplement qu’il n’a pas été blessé, ce qu’il n’aurait d’ailleurs pas manqué de rappeler dans sa demande. […]

_________________

[1] Voir Guillon Claude, « Pauline Léon, une républicaine révolutionnaire », AHRF, n° 344, avril-juin 2006, pp. 147-159.

[2] Dans une acception très large, d’où son intérêt particulier.

[3] L’orthographe est respectée ; j’ai ajouté des capitales en début de phrases.

[4] Réal Pierre-François, Essai sur les journées des treize et quatorze vendémiaire, Paris, an IV. C’est un choix de dates un peu étroit. Voir la formule retenue par Leclerc, et le Rapport fait au nom des Comités de Salut public et de Sûreté générale, sur les événements des 11, 12, 13 et 14 Vendémiaire de l’an quatrième de la République françoise, par Philippe-Ant.[oine] Merlin (de Douai).

[5] Lamothe-Langon Étienne Léon (baron de), Napoléon, sa famille, ses amis, ses généraux, ses ministres et ses contemporains ou soirées secrètes du Luxembourg, des Tuileries, de Saint-Cloud […], Paris, 1840. Pierre-François Tissot, membre du bataillon, évoque son état d’esprit : « Une troupe de patriotes tous résolus à mourir dans le combat ; car ils tenaient pour certain que les sectionnaires triomphants ne manqueraient pas de fusiller ou d’envoyer un certain nombre d’entre eux à l’échafaud » (Histoire complète de la Révolution française, t. VI, p. 55).

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