Les deux textes ci-dessous figuraient sur deux affiches distinctes, publiées pendant la Révolution française. Ni datées ni signées, elles font partie d’un ensemble republié en fac-similé sur des feuilles de couleur (43,4 x 30,7 cm) par les défuntes Éditions d’histoire sociale, sous le titre Les Femmes dans la Révolution française. On a respecté l’usage des majuscules.

Le premier texte est très probablement (ce qui permet de dater la réponse qui lui est faite) antérieur à septembre 1792 puisqu’il réclame que « l’association conjugale soit volontaire », principe que la loi des 20 et 25 septembre de cette année semble consacrer en prévoyant le divorce par consentement mutuel ou à la suite d’une déclaration d’incompatibilité d’humeur. À partir de septembre 1797, le balancier législatif repartira dans l’autre sens.


RÉCLAMATION DES FEMMES

Le despotisme marital est debout comme une pierre d’attente (1)

Les Épouses & les Mères d’un Peuple libre, fatiguées de l’attente, veulent enfin que leur Association conjugale soit volontaire ; Épouses, Mères & Filles d’Hommes que de vains Titres & un fol orgueil, ont rendu Traîtres à leur Patrie, elles osent demander la protection de la Loi ; les puniraient-on [sic] d’avoir formé des Nœuds qui, plus d’une fois, les ont forcé [sic] à gémir ? Législateurs ! les temps sont mûrs, que la Justice & l’Égalité soient enfin aussi pour celles dont la résolution est d’obtenir ou la LIBERTÉ, ou la MORT.


RÉPONSE À LA RÉCLAMATION DES FEMMES

Nos Épouses & nos Mères veulent obtenir la Liberté ou la Mort, & nous voulons aussi qu’elles soient nos égales, nos compagnes &nos sincères amies ; nous le voulons, pour notre propre intérêt, pour la justice, pour l’affermissement de nos lois, pour l’accomplissement de l’acte constitutionnel qui assure la propriété à chaque individu Français.

Les petits Despotes disent que si l’on explique la Loi, & que les Femmes viennent à connaître leurs Droits, il y aura beaucoup de Mariages dissous, & une grande confusion dans les Familles. Oui, les mauvais Mariages se rompront, c’est un grand avantage pour la Société, & les bons seront plus solidement établis, puisqu’ils seront unis par la force de la volonté réciproque.

Au surplus, pourquoi tromper nos Femmes sur les Effets d’une liberté qui doit leur être aussi commune qu’à nous, puisque la Constitution assure à tous les individus Français, Liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression (2).

 

Notes

(1) En architecture, on nomme pierres d’attente, celles que l’on laisse en saillie sur le côté d’un bâtiment pour former liaison avec un autre, à construire. Au figuré, une pierre d’attente est une chose, un personnage de théâtre, une mesure législative, etc. qui sert de commencement, d’amorce. Notons qu’on appelait également pierre d’attente (des morts) le banc en maçonnerie prévu à proximité des églises de campagne. On y déposait les cercueils, avant la cérémonie religieuse ou avant le transport vers le cimetière. La ou les rédactrices entendent que le « despotisme marital » servira d’appui à la construction d’autres inégalités.

(2) Cette formule est tirée de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, qui sert de préambule à la constitution de 1791.