Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , ,

Longtemps délaissé par les Éditions Gallimard, qui l’avaient accueilli dans la collection de poche « Idées », l’ouvrage de Daniel Guérin a été réédité une première fois par Les Nuits rouges, en 1998. Cet éditeur n’ayant pas souhaité réimprimer l’ouvrage, après épuisement du tirage, ce classique de l’histoire révolutionnaire — dans tous les sens de l’expression — se trouvait une nouvelle fois hors de portée des nouvelles générations de lectrices et de lecteurs. Je suis d’autant plus heureux d’avoir pu accompagner l’initiative des éditions Libertalia en refondant et augmentant substantiellement la présentation, que je donne ici dans son intégralité. Le livre est également augmenté, par rapport à l’édition précédente, d’un texte de Guérin intitulé « La Révolution déjacobinisée ».

Bourgeois et bras-nus (445 p., 18 €) est en librairies depuis avril 2013. On peut le commander directement sur le site des éditions Libertalia.

Couv Guérin Blog

Présentation

Dans l’un de ses textes autobiographiques, Daniel Guérin, raconte s’être passionné pour la Révolution française dès 1930. Il soupçonne Jaurès de « matérialisme économique mal digéré, mâtiné d’idéalisme » et lui préfère — à l’exemple de Trotski ! assure-t-il — le libertaire Kropotkine : « Bien que non marxiste, [il] me semblait avoir mieux entendu que le tribun social-démocrate la voix du petit peuple, mieux fouillé les tréfonds sociaux de la Grande Révolution. »(1)

Guérin commence ses recherches à Oslo, en 1941, et termine à la fin de fin juillet 1946 le gros livre qui sera publié la même année chez Gallimard en deux volumes : La Lutte de classes sous la Première République. Il est sous-titré : Bourgeois et “bras nus” 1793-1797. Cette première édition compte 983 pages ; celle de 1968 en comptera 1 169. Dans une lettre du 18 novembre 1947, il s’ouvre à son ami Marceau Pivert du projet politique dont l’ouvrage sera la première pierre : « Le livre est une introduction à une synthèse de l’anarchisme et du marxisme que je voudrais écrire un jour. »(2)

Bourgeois et bras nus 1793-1795 reprend comme titre le sous-titre des deux volumes, en restreignant de deux ans la période considérée. Publié en 1973 dans la collection « Idées » de Gallimard, c’est — selon la formule retenue par son auteur — « un condensé sans polémique » de La Lutte de classes. Craignant que ce dernier ne soit lisible que par un public auquel « les événements essentiels de la Révolution, leur ordre chronologique sont déjà familiers »(3), il donne avec ce livre un outil plus maniable, plus accessible aux lecteurs curieux de découvrir la grande Révolution, sous l’angle particulier de l’antagonisme des classes entre la bourgeoisie révolutionnaire et les « bras nus »(4).

« Je n’ai pas jugé indispensable, écrit Guérin, de répéter ce que des centaines d’historiens ont déjà écrit avant moi sur le premier processus, sur la lutte entre l’Ancien Régime et la bourgeoisie. Ce que j’ai laissé de côté, ils l’ont crié, depuis cent cinquante ans, sur les toits. Et ce que j’ai essayé de tirer de l’ombre, ils ont jeté dessus, depuis cent cinquante ans, leur manteau. »(5) Ce que La Lutte de classes dévoile, dans sa version condensée comme dans la précédente, c’est l’émergence d’une révolution prolétarienne au sein de la révolution bourgeoise, et en opposition avec elle, dévoilement qui heurtait et peut-être heurte encore bien des préjugés.

Il a semblé utile d’éclairer lecteurs et lectrices d’aujourd’hui — et dans la présente introduction et par la publication en annexe d’un texte de Guérin lui-même —, sur les enjeux politiques, idéologiques et historiens des polémiques souvent violentes qu’a suscitées son travail, d’autant que certains aspects n’en ont été compris que tardivement.

Pour tenter d’appréhender leur complexité il faut remonter à la révolution russe. Celle-ci a redonné une nouvelle actualité aux débats historiens et militants sur la Révolution française : les bolcheviks et leurs admirateurs français manient, souvent sans nuances, l’analogie historique. L’historien Albert Mathiez, par exemple, publie en 1920 à la Librairie du parti socialiste et de L’Humanité, une brochure intitulée Le Bolchevisme et le Jacobinisme. Il y défend « deux dictatures, nées de la guerre civile et de la guerre étrangère, deux dictatures de classe, opérant par les mêmes moyens, la terreur, la réquisition et les taxes. » Son passage au Parti communiste est court (quatre années) mais marqué par une grande visibilité, notamment dans L’Humanité, à la fois comme historien et comme éditorialiste. Quatre ans plus tard, la première Conférence panrusse des historiens marxistes, qui se déroule à Moscou du 28 décembre 1928 au 4 janvier 1929, conclut à la nécessité de rompre avec ce que les Soviétiques appellent la matiezovchtchina. Le nouveau mot d’ordre est, selon la formule de l’historienne Tamara Kondratieva (6): À chaque révolution sa place. La Révolution française est bourgeoise, la Russe prolétarienne. Zakher, premier historien des Enragés, affirme qu’il faut opposer le « point de vue marxiste au point de vue réactionnaire d’Aulard ainsi qu’à celui de Mathiez ». Ce dernier aggrave définitivement son cas en protestant en 1930, deux ans avant sa mort, contre l’internement de l’historien Evguéni Tarlé, puis contre l’exécution de quarante-huit intellectuels.

Les analogies propagandistes n’ont pas fini de servir, y compris à justifier les pelotons d’exécution : en mars 1938, l’historien stalinien Jean Bruhat traite de l’un des « procès de Moscou » dans Les Cahiers du bolchevisme, organe théorique du parti communiste français. De pseudo-rappels historiques, d’un strict « robespierrisme », sur les « agents de l’étranger [qui] sont derrière les Enragés et les Hébertistes », servent à stigmatiser les « “trotskistes” qui travaillaient, par des vexations, à irriter les paysans. » Bruhat ironise sur certains « bons apôtres », qui demandent qu’on laisse la vie sauve aux accusés. Quand on sait ce que sont devenus les Fouché, Talleyrand et autres « “pourris” qui échappèrent à la guillotine […] on comprend mieux pourquoi le tribunal soviétique a prononcé la peine de mort à l’égard de dix-huit accusés. »

Même recours aux analogies l’année suivante, pour le cent-cinquantième anniversaire de la Révolution. Jacques Duclos écrit, dans un numéro spécial des Cahiers du bolchévisme : « En Union soviétique, on se débarrasse vite des espions et agents de l’étranger travaillant pour le compte du fascisme. Les traîtres trotskistes-boukhariniens (7) ont été mis hors d’état de nuire avec le même esprit de décision et d’énergie qui animait les Jacobins de la grande Révolution française […]. Cette même besogne de trahison fut faite en Espagne républicaine par les espions trotskistes et autres agents de la Gestapo. »(8) Comprenez : les militants antistaliniens du POUM, et de la CNT anarcho-syndicaliste.

Dans un discours prononcé lors d’un meeting parisien, toujours à l’occasion du cent-cinquantenaire, Thorez s’appuie sur un texte de Lénine, cité à deux reprises dans les Cahiers, selon lequel « dans la révolution bourgeoise, [la Convention] fut une institution de pouvoir souverain, dans laquelle dominait entièrement et sans partage non pas la grande ou moyenne bourgeoisie, mais le bas peuple, les éléments pauvres, c’est-à-dire justement ce que nous appelons le prolétariat et la paysannerie. » Inexacte au point de susciter l’étonnement, cette « analyse » contrevient aux conclusions de la Conférence panrusse des historiens marxistes de 1928-1929. Décédé en 1924, Lénine est excusé, mais Thorez ne semble pas avoir pris en compte les nouvelles orientations de la politique historienne soviétique. Nous allons retrouver ce « retard historique » dans les débats autour de Guérin.

Il est temps de rappeler que Daniel Guérin était, à la veille de la deuxième guerre mondiale, un militant en vue du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), créé après l’exclusion de la SFIO de la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. Bien qu’il n’ait, semble-t-il, jamais adhéré à la IVe Internationale, il est considéré, notamment par les staliniens, comme un « trotskiste », étiquette dont nous avons vu qu’elle peut valoir un arrêt de mort. Il s’orientera progressivement vers l’anarchisme, créant au début des années 1970 un Mouvement communiste libertaire (MCL).

D’abord réfugié en Norvège en septembre 1939, Guérin fut arrêté et transféré en Allemagne ; il rentre en France en mars 1942. Lorsque La Lutte de classes paraît, en 1946, on déterre encore, dans le sud de la France, des cadavres de militants socialistes, trotskistes et surtout anarchistes espagnols, exécutés après la Libération par les staliniens de l’Unión Nacional Española (9).

On comprendra mieux, je pense, que n’est pas neutre le titre du premier article publié dans la presse stalinienne, en l’occurrence La Pensée, revue destinée aux intellectuels, à propos du livre : « Une histoire trotskiste de la Révolution française ». L’auteur, Sylvain Molinier, relève, il est vrai, pas moins de quarante citations de Trotski dans les deux volumes, et conclut : « Le marxiste Daniel Guérin a l’esprit affecté d’un romantisme trotskiste et périmé. » C’est sans doute ce romantisme qui lui fait considérer que « Robespierre est, dans l’histoire de la Révolution française, une première incarnation, une préfiguration de Staline dans l’histoire de la Révolution russe. »(10)

La même année, Georges Lefebvre, historien proche du parti mais non homme d’appareil, publie dans les Annales de la Révolution française une recension très critique sans être haineuse. Guérin met « en pleine lumière des traits qui, sans être inconnus, sont ordinairement estompés […] l’immense majorité des conventionnels et les membres du Comité de salut public […] étaient des bourgeois profondément conservateurs […]. » Mais Guérin a tort, entre autres lorsqu’il parle de « prolétaires » : « Cette équivoque domine tout l’ouvrage et déforme la perspective. » C’est dans une réponse à Guérin sur ses rapports avec Mathiez, publiée plus loin dans le même numéro des Annales, que Lefebvre pratique à son encontre une analogie historique « implicite ». Après avoir rappelé que « sans avoir jamais pris à [son] compte tout ce qu’a pu faire ou dire Robespierre, [il] lui garde [son] estime et [son] amitié », Lefebvre cite un long passage d’un discours du 25 septembre 1793 par lequel Robespierre s’opposait à l’entrée au Comité de salut public de Briez « revenu de Valenciennes après l’avoir laissé rendre aux Allemands. » De la part d’un homme dont le frère, résistant, a été exécuté par les nazis, c’est une pierre dans le jardin de Guérin, partisan du « défaitisme révolutionnaire » et parti à Oslo au début de la guerre.

En 1951, Jean Dautry assure aux lecteurs de La Pensée que Guérin veut « transférer sur Robespierre sa haine de Staline ». C’est, assez habilement, dans une note à propos de l’Enragé Jacques Roux, curé des Gravilliers, qu’il en revient à Guérin : « Sa haine gauchiste contre ceux qu’il nomme les “hommes noirs” est particulièrement odieuse et stupide. Cette haine est la projection dans le passé de sa haine fondamentale contre le communisme [sic], et contre la politique de la main tendue formulée par Maurice Thorez. »(11)

Intéressons-nous maintenant à un autre historien important de la Révolution, Albert Soboul, dont nous allons voir que le sort politico-éditorial se trouvera lié à celui de Guérin. Soboul est un intellectuel stalinien et non un apparatchik. Il peut, lorsqu’on le lui demande, rédiger un panégyrique de Maurice Thorez (12), explicitement aligné sur la revue soviétique Question d’histoire, mais se préoccupe avant tout de ses recherches historiques. Il commence sa thèse en 1946, et publie aux Éditions sociales (dépendantes du PC), en 1948 et en 1951, un ouvrage intitulé La Révolution française. La première édition est recensée favorablement par Émile Bottigelli dans Les Cahiers du Communisme (n° 9, 1948), revue destinée à la fois aux cadres du parti et à ceux des « partis frères ». Or, rapporte l’historien François Hincker (13), les Cahiers publient, en septembre 1951, un article tiré de la revue soviétique Questions d’histoire, qui tance vertement les camarades français : « L’organe théorique du PCF doit donc mener une lutte autrement persévérante contre les falsifications de l’histoire, […] étudier activement et dans un esprit combatif les problèmes du passé historique ayant une importance pour l’actualité. » L’article est suivi de la réponse des Cahiers, terrorisée et déférente : « Nous nous engageons à entreprendre plus systématiquement […] une lutte combative contre les falsifications réactionnaires, social-démocrates et trotskystes-policières qui déforment l’histoire pour servir les fins de la propagande de guerre des impérialistes. » C’est Jean Poperen qui est chargé de montrer à Moscou que le PCF a entendu la leçon, et c’est Albert Soboul et l’article louangeur que son livre a suscité qui fournissent le prétexte et la cible. On remarque qu’il s’agit, encore en 1951, d’appliquer les résolutions anti-Mathiez de la conférence panrusse des historiens marxistes, tenue vingt-deux ans plus tôt ! Mais on remarquera surtout que Poperen, au nom du parti, et en gage d’obéissance à Moscou, rend une espèce d’hommage paradoxal à Guérin. Comme le note François Hincker, « Poperen se rend fort bien compte que, pour l’essentiel, l’interprétation qu’il est obligé de donner des rapports entre le robespierrisme et le mouvement populaire est analogue à celle de Daniel Guérin. D’où la formulation qui, loin de critiquer celui-ci, regrette que ce ne soit point les historiens du parti, Soboul en l’occurrence, qui aient occupé le terrain de la rupture avec l’historiographie jacobine. » Autrement dit : ça n’est pas tant Guérin qui a tort que Soboul qui est fautif de n’avoir pas su occuper sa place :

« Nous devons être attentifs aux perversions de la social-démocratie, qui prétend s’approprier Robespierre, et aux subtilités de l’historiographie trotskiste, qui fait de Robespierre l’avant-garde de la réaction thermidorienne. Est-il admissible que le “dernier mot” sur la question ait été dit, en France tout au moins (voici cinq ans !) par M. Daniel Guérin ? […] Nous devons nous garder d’un simple démarquage de Mathiez et de son école et nous persuader que notre explication doit être, dans son principe, radicalement différente de celle jadis produite par les historiens bourgeois, même les plus “avancés”. »(14)

On imagine que c’est avec amertume que Soboul fit, dans le chapeau d’un article consacré à « Classes et luttes de classes sous la Révolution française », son « autocritique », reconnaissant que son livre « ne se fondait pas assez solidement sur une véritable méthode scientifique », et remerciant « ceux qui fraternellement [l’]ont aidé à souligner ces faiblesses ». Il continue à ferrailler contre Guérin, dont il estime qu’en faisant de Robespierre un « précurseur de la réaction thermidorienne, [il] dévoile des arrière-pensées politiques qui le disqualifient. »(15) Répondant à la fois à Guérin et à Edgar Morin, dans la revue Arguments, il dénonce une analogie erronée : « Reconnaissons que derrière le robespierrisme, c’est, pour certains, le stalinisme qui est en cause. […] Le problème du pouvoir révolutionnaire ne se pose pas dans les mêmes termes pour la révolution bourgeoise du xviiie siècle, soutenue et poussée en avant par les sans-culottes, et pour la révolution prolétarienne du xxe siècle. »(16)

Soboul termine en 1958 sa thèse d’histoire sur Les sans-culottes de l’an II, appelée à devenir un classique. Guérin lui reproche, ainsi qu’à Richard Cobb, auteur d’une autre thèse, consacrée aux armées révolutionnaires (17), de n’avoir pas reconnu ou d’avoir reconnu « à travers des silences et des chicanes, ce qu’ils doivent à un devancier. Ils abondent dans son sens, tout en s’efforçant de voiler cette paternité, soit qu’ils la jugent compromettante aux yeux d’un jury universitaire, soit qu’ils préfèrent s’appuyer sur des archives plutôt que sur un ouvrage dit, péjorativement, de seconde main, soit qu’ils aient le souci de sauvegarder l’originalité de leur contribution personnelle. »(18)

Guérin montre bien que ses contempteurs (Soboul, Mazauric, Cobb), tout en le raillant, sont contraints — au prix de multiples contradictions — de reconnaître de facto la validité de l’essentiel de son interprétation. N’a-t-il pas devancé les critiques d’un Soboul sur l’origine sociale des sans-culottes, en soulignant lui-même l’anachronisme du qualificatif de « prolétarienne » accolé à la révolution populaire ? Mais, objecte-t-il, le langage n’en fournit pas d’autre.

En 1989 encore, on peut lire dans l’aperçu historiographique qui ouvre le Dictionnaire historique de la Révolution française publié à l’occasion du bicentenaire, et élaboré (avant son décès en 1982) sous la direction d’Albert Soboul, ces lignes peu amènes : « Guérin [mort l’année précédente] […] fit quelque bruit en affirmant que, de 1792 à 1799, une “lutte des classes” avait opposé les prolétaires qu’il appelait “bras-nus” à des bourgeois […]. Soboul […] montra qu’il ne pouvait exister à ce moment-là de “classes” – au sens marxiste – et non plus de “lutte des classes” tant que le machinisme et la concentration capitaliste n’avaient pas transformé, avec les conditions de l’économie, la mentalité des exploités et le sens de leur combat contre les exploiteurs. »(19) La même année, Claude Mazauric, disciple de Soboul et collaborateur du Dictionnaire, nuance cette rigidité et rappelle qu’elle valut à son aîné de subir les critiques des « marxistes orthodoxes de l’époque, au premier rang desquels on trouvait [François Furet et Annie Kriegel, qui] l’ont accusé de “sociologisme”, crime majeur puisque cela revenait dans leur esprit à nier la lutte des classes ! Contraint de faire son autocritique, Soboul souligna (tout en répétant sa thèse) que l’originalité de la période révolutionnaire tient précisément à ce qu’elle est cette phase de transition entre une société qui n’est pas encore le capitalisme industriel mais plus tout à fait le féodalisme. Ce qui expliquerait l’émergence à ce moment d’une “classe” qui n’en est pas tout à fait une, mais un mixte où voisinent contradictoirement salariés et patrons : la “sans culotterie” »(20). On voit que cette « presque classe » a bien pu inaugurer, hors des schémas, une « presque lutte de classes »…

En fait, ni sur la composition sociale de la sans-culotterie ni sur la conscience de classe de ses militants ; ni sur le phénomène de bureaucratisation naissante ni sur les pratiques de démocratie directe, les recherches postérieures n’ont rendu caduque l’œuvre d’historien de Daniel Guérin. Au contraire, on peut considérer que, pour l’essentiel, les travaux de ses successeurs, Soboul en tête, ont donné de la chair à ses propres hypothèses, à partir de documents d’archives que lui-même n’avait pas consultés.

Guérin a également eu l’honneur d’être la cible des philosophes Maurice Merleau-Ponty (Les Aventures de la dialectique, 1955), sur les critiques duquel je ne m’appesantirai pas, et Jean-Paul Sartre. Ce dernier ne ménage pas ses louanges à La Lutte des classes, « discutable mais passionnant et riche de vues nouvelles »(21). Mais il reproche à l’auteur l’une de ses thèses, que l’on trouve développée dès le premier chapitre de Bourgeois et bras nus, selon laquelle la Gironde souhaitait, en déclarant la guerre à l’Autriche en 1792, porter un coup mortel à la puissance commerciale de l’Angleterre par l’occupation de la Belgique (possession autrichienne) et de la Hollande. C’est, aux yeux de Sartre, l’exemple d’une volonté fautive des historiens marxistes de « forcer l’Histoire ». Guérin n’a-t-il pas perdu le réel « à totaliser trop vite et à transformer sans preuves la signification en intention, le résultat en objectif réellement visé. » ? (22) Reconnaissant qu’il n’existe « aucune “preuve” formelle », celui-ci étaye son hypothèse d’une analyse de la longue rivalité conflictuelle qui opposa, durant le xviiie siècle la France et l’Angleterre. Selon Guérin, Sartre a surtout voulu répliquer à travers lui aux contempteurs marxistes de l’idéalisme existentialiste. Au moins le philosophe aura-t-il reconnu au passage les mérites d’« un des meilleurs écrivains marxistes », quand l’historien anglais George Rudé le traite de « prétendu marxiste ».(23)

Il va de soi que le travail de Guérin ne saurait échapper à la critique — l’auteur n’y prétendait d’ailleurs pas — davantage, me semble-t-il, quant aux conclusions théoriques qu’il en tire que du point de vue de l’analyse historique.

Examinons néanmoins quelques détails. Désigner Jacques Roux, comme « le chef des Enragés »(24) est impropre. Le personnage a pour lui d’être un homme mûr, tandis que la plupart des Enragé(e)s sont plus jeunes, et d’être bien implanté dans sa section populaire des Gravilliers. Mais ils n’est pas le seul dans ce cas ; Varlet, par exemple, ne manque pas d’appuis dans la section des Droits-de-l’Homme, à quelques pas de là. Et surtout, si le prestige de Roux est incontestable, rien ne vient attester un rôle dirigeant dans un courant dont les relations des personnalités principales entre elles demanderaient à être mieux connues. Ailleurs (25), Guérin dit de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires (désignée au chapitre I sous le titre « Société des Femmes révolutionnaires »), qu’elle fut « en quelque sorte la section féminine du mouvement des enragés ». Dominique Godineau a corrigé ces simplifications, en montrant que la lutte entre modérées et Enragées fut vive au sein du groupe de femmes (26).

Sur le fond, maintenant : la question de l’exercice de la terreur est, avec celle de la démocratie directe inaugurée par les sans-culottes, au centre du travail de Guérin. « La grande leçon de 93, écrit-il, ce n’est pas seulement que la démocratie directe est viable, c’est aussi que l’avant-garde d’une société, lorsqu’elle est encore en minorité par rapport à la masse du pays qu’elle entraîne, ne peut éviter, dans cette bataille de vie ou de mort qu’est une révolution, d’imposer sa volonté à la majorité, d’abord et de préférence, par la persuasion, et, si la persuasion échoue, par la contrainte. »(27)

Les débats sur les massacres commis durant les guerres de Vendée, périodiquement instrumentalisés par des idéologues contre-révolutionnaires (28), comme les pitreries analogiques d’un Michel Onfray glorifiant Charlotte Corday et mettant le signe égal entre Robespierre et le collaborateur Robert Brasillach (29), montrent que l’enjeu de ces questions est non seulement historique, mais d’une persistante actualité politique.

Tout aussi actuelle, la préoccupation de Guérin, qu’il expose dans les compléments de 1968 à la postface de La lutte de classes : « La double faillite du réformisme et du stalinisme nous fait un devoir urgent de réconcilier la démocratie prolétarienne et le socialisme, la liberté et la Révolution. Or précisément la grande Révolution française nous a fourni les premiers matériaux de cette synthèse. Pour la première fois dans l’histoire, les notions antagonistes de liberté et de contrainte, de pouvoir étatique et de pouvoir des masses se sont affrontées, clairement sinon pleinement, dans son immense creuset. »(30)

L’affaire se complique lorsque Guérin tente de distinguer « bonne » et « mauvaise » terreur. La bourgeoisie révolutionnaire, lit-on dans le préambule de Bourgeois et bras nus, entendait imposer « une “terreur” arbitraire, incontrôlée, barbare, au moyen d’une dictature par en haut, celle du Comité de salut public », tandis que « l’avant-garde populaire, voulait une “terreur” exercée à bon escient contre les saboteurs de la Révolution par les sans-culottes en armes, organisés démocratiquement dans leurs clubs et dans la Commune. » De cette « terreur populaire », il affirme qu’elle « est d’une nature si fondamentalement différente des formes d’oppression du passé et […] compensée par un degré si avancé de démocratie pour les opprimés de la veille que le mot de dictature jure avec celui de prolétariat. »(31)

Le mot jure sans doute, mais qu’en était-il de la chose ? Ou autrement dit : quel contenu acceptable, d’un point de vue libertaire, les Enragés eussent-ils dû donner à la terreur ? Force est de constater que Guérin ne fournit pas à cette interrogation des réponses très convaincantes.

C’est ainsi qu’il critique, au chapitre premier de Bourgeois et bras nus, « l’inconséquence politique des enragés ». Ceux-ci, déplore-t-il, « réclamèrent la liberté de la presse, parce qu’ils étaient eux-mêmes les victimes de ces mesures d’exceptions, à un moment où la contrainte demeurait nécessaire pour mater la contre-révolution. Ils parurent ainsi s’associer aux adversaires réactionnaires du régime dit de “salut public”, ce qu’ils eussent évité en faisant en sorte que l’indispensable contrainte fût véritablement populaire, dirigée seulement contre l’aristocratie, et non bourgeoise avec une pointe tournée contre le peuple. »

Au vrai, la plupart des Enragés, minorité dans la minorité, soutinrent « loyalement » la politique de terreur, réclamant même son durcissement, avant de comprendre qu’elle allait les broyer (32). L’enragé Théophile Leclerc fait une pertinente analyse de classe du régime et du tribunal révolutionnaire lorsqu’il écrit : « sous ce régime-ci comme sous l’autre on respecte le vice en habit de satin, on le pend s’il est en guenilles (33). » Mais il exige aussi que l’on envoie toujours plus de « bonnes » victimes à la guillotine : accapareurs, agioteurs, gens suspects (une correspondance avec des « contre-révolutionnaires » suffit) et égoïstes (catégorie qui paraît rassembler oisifs et réfractaires à l’enrôlement). Il réclame encore la création de nouveaux tribunaux, des visites domiciliaires nombreuses, dûment et démocratiquement contrôlées par les comités révolutionnaires des sections, dont il attend « au moins vingt mille » prisonniers. Ce faisant, il satisfait aux critères de la terreur prolétarienne, « indispensable contrainte, véritablement populaire » que Guérin définit, et ce n’est certainement pas par là qu’il prête le flanc à la critique robespierriste, contemporaine ou postérieure.

Quant à la revendication de la liberté d’expression, de la liberté de la presse notamment, il me semble pour le moins fâcheux qu’un libertaire puisse y voir une « forme réactionnaire ». D’autant que cette affirmation laisse mal augurer de ce que pourrait être cette « conception libertaire de la contrainte », dont Guérin accorde comme excuse aux Enragés pour ne pas l’avoir élaborée, « les conditions objectives de leur temps »(34). J’avancerai, pour expliquer cet aspect des thèses de l’auteur, et sans manquer j’espère à l’amitié qui nous liait, l’hypothèse qu’il ne s’est pas débarrassé d’une grille de lecture marxiste et léniniste (35) de l’histoire, qu’il tente ici de concilier avec l’exaltation des tendances libertaires de la révolution. Certes, entre l’édition de 1946 et celle de 1968 de La Lutte de classes, Guérin procède à des corrections. Dans l’introduction, l’intertitre « Un embryon de “dictature du prolétariat” » (1946, vol. I, p. 37), devient « Contrainte révolutionnaire » (1968, vol. I, p. 54). Deux alinéas du même sous-chapitre (les 2e et 3e), consacrés à la définition par Marx, Engels et Lénine de la dictature du prolétariat disparaissent. Cependant, en 1977 encore, il se souvient avec amertume que le journal Le Libertaire lui a « cherch[é] noise pour avoir risqué, dans une acception pourtant antiautoritaire, les mots : “dictature du prolétariat” »(36).

Durant la Révolution, les Enragés furent les plus habiles à exprimer les revendications populaires et à les pousser dans le sens d’une pratique de la démocratie directe et d’un égalitarisme, y compris critique de la Constitution de 1793. Cette radicalité ne pouvait que heurter les Montagnards, soucieux de fixer un terme à la Révolution, et donc — déjà ! — la fin de l’histoire. De sa prison, Jacques Roux constate, avant de se suicider pour échapper à la guillotine, qu’on a utilisé les Enragés pour abattre la monarchie, avant de leur faire payer « leur refus de s’agenouiller devant de nouveaux rois. »

« Pour tout être qui raisonne, écrit l’enragé Varlet, auquel Guérin rend justement hommage, gouvernement et révolution sont incompatibles. »

Le drame, l’erreur des Enragés fut de comprendre, au moins d’entrevoir, mais trop tard, que le mécanisme de la terreur, de toute terreur, par les instruments dont elle exige la mise en place (bureaucratie, police, censure, prisons, tribunaux, etc.) était celui-là même par lequel les hommes d’État allaient confisquer la Révolution.

Cet enseignement, les recherches de Daniel Guérin ont grandement contribué à le mettre en valeur, bien qu’il ne l’ait pas lui-même envisagé de cette manière. Quelles que soient les lacunes de son travail, il va plus loin que ses devanciers, et dédaigne de dissimuler ses partis pris — ses « arrière-pensées » dit Soboul, qui n’en manquait pas lui-même. Il est heureux que la présente réédition vienne, après et avec quelques autres, redonner au militant, au brasseur d’idées, au vulgarisateur, et à l’historien Daniel Guérin toute la place qui lui revient, singulièrement en ce qui concerne la Révolution française.

Espérons que cette actualité éditoriale, comme aussi le regain de curiosité pour les études révolutionnaires, permettront la réédition de La Lutte de classes sous la Première République, dont Bourgeois et bras nus constitue à la fois l’introduction et le complément, mais dont il n’a pas vocation à demeurer l’ersatz définitif.

Notes

(1) Le Feu du sang. Autobiographie politique et charnelle, Grasset, 1977, p. 133.

(2) Le Feu du sang, p. 137.

(3) La Lutte de classes sous la Première République, 1968 (je me réfère à la seconde édition revue et augmentée), postface, vol. II, p. 450.

(4) L’expression « bras-nus », à laquelle les historiens préfèrent unanimement celle de « sans-culottes » est empruntée à Michelet : « Si la défense eût été toute militaire, Nantes était perdue. Si elle eût été bourgeoise seulement et par la garde nationale où dominaient les marchands, négociants, gens aisées, etc., Nantes était perdue. [Il fallait que les bras-nus, les hommes rudes, les travailleurs prissent violemment parti contre les brigands], et devinssent une avant-garde. » (Histoire de la Révolution française, t. II, p. 494, Robert Laffont, Coll. Bouquins). Entre crochets, le passage cité par Guérin dans l’introduction à La Lutte de classes, p. 13. Les italiques sont chez Michelet.

(5) La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 438.

(6) Kondratieva, Tamara, Bolcheviks et Jacobins, Payot, 1989.

(7) Boukharine, Nikolaï, Ivanovitch (1888-1938) : stigmatisé comme « droitier », il est exclu en 1937 du parti dont il est membre depuis 1906. Victime d’une mise en scène judiciaire, il est condamné à mort et assassiné le 15 mars 1938. Réhabilité en 1988.

(8) Duclos, « La conspiration de l’étranger contre la Révolution française », p. 908-928 ; Thorez, « Le 150e anniversaire (Discours à Buffalo [vélodrome parisien démoli en 1957] – 25 juin 1939) », p. 900-906 ; Les Cahiers du bolchevisme, juillet 1939. Selon F. Hincker (voir plus loin), le discours de Thorez a été écrit par Jean Bruhat.

(9) Voir Wingeate Pike, David, Jours de gloire, jours de honte, le Parti communiste d’Espagne en France depuis son arrivée en 1939 jusqu’à son départ en 1950, Sedes, 1984 ; Coll., Une Histoire d’imposture. Les habits neufs du stalinisme, Recherche et documentation d’histoire sociale (ReDHIC), 2012.

(10) La Pensée, mars-avril 1947, p. 113-117. Se défendant de tout anti-robespierrisme, Guérin met curieusement en avant « une raison personnelle » de ne pas le sous-estimer : « Je descends, en droite ligne, du maître-menuisier Duplay qui fut [son] hôte et [son] intime ». (Jeunesse du socialisme libertaire, p. 144, n. 1).

(11) Dautry, Jean, « La Révolution bourgeoise et l’Encyclopédie (1789-1814) », La Pensée, septembre-octobre 1951, p. 73-87. Rien ne prédisposait l’auteur à exécuter ces basses œuvres historico-politiques : passé par le conseillisme et le surréalisme, il a animé en 1936 la radio de la Confederación nacional del trabajo (CNT) à Barcelone.

(12) Soboul Albert, « L’histoire du parti communiste et du peuple français à travers les œuvres de Maurice Thorez (juin 1931-février 1932) », La Pensée, mars avril-1951, p.127-130.

(13) Hincker François, « Quand les Cahiers du communisme exécutaient Soboul… », in Le Bozec Christine et Wauters Éric (dir.), Pour la Révolution française, études en hommage à Claude Mazauric, Mont-Saint-Aignan, 1998, p. 509-513. Je remercie Serge Aberdam d’avoir attiré mon attention sur ce texte.

(14) Cahiers du Communisme, février 1952, p. 203-210. C’est moi qui souligne.

(15) La Pensée, janvier-février 1954, p. 39-62.

(16) Arguments, n° 5, décembre 1957.

(17) Cobb, Richard, Les Armées révolutionnaires, instrument de la Terreur dans les départements, avril 1793 — floréal an II, 1963.

(18) La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 525.

(19) Dictionnaire historique de la Révolution française. PUF, 1989.

(20) Le Monde de la Révolution française, n° 5, mai 1989, p. 7. C’est moi qui souligne. Dans un ouvrage récent, Mazauric ne fait qu’une allusion à Guérin, sans évoquer l’« exécution » de Soboul. Il relève que des historiens russes de Saint-Pétersbourg ont repris, depuis la chute du mur de Berlin, la thèse guérinienne d’un « pré-prolétariat autonome » (L’Histoire de la Révolution française et la pensée marxiste, Actuel Marx, PUF, 2009, p. 66.).

(21) « Questions de méthode », Critique de la raison dialectique, (1960), Gallimard, 1985, p. 41.

(22) Ibidem, p. 46.

(23) Rudé, George, « Les ouvriers parisiens dans la Révolution française », La Pensée, 1953, n° 48-49, p. 108-128.

(24) Au chap. IV – 3 du présent livre. L’expression est aussi chez Mathiez, désignant Roux et Varlet (La Vie chère et le mouvement social sous la Terreur, Payot, 1927, p. 121).

(25) Au chap. IV – 5 du présent livre.

(26) Voir Godineau, Dominique, Citoyennes tricoteuses, 1988 & 2004, et la biographie de Pauline Léon dans Guillon, 1993 et 2006 (voir Bibliographie).

(27) La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 471.

(28) Par exemple, l’émission de France 3 « Robespierre : bourreau de la Vendée ? », diffusée le 7 mars 2012.

(29) D’Onfray, voir La Religion du poignard. Éloge de Charlotte Corday (Galilée, 2009) et la tribune libre dans Le Monde du 17 avril 2012 : « Le Front national cite Robert Brasillach et le Front de gauche Robespierre, deux fanatiques qui mettent la Terreur à l’ordre du jour, l’un justifiant l’envoi des enfants dans les chambres à gaz nazies, l’autre légitimant Jean-Baptiste Carrier qui assassine lui aussi les enfants lors des massacres de Nantes au nom de la République jacobine. »

(30) La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 467.

(31) La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 473.

(32) Babeuf, sur les analyses duquel Guérin conclut le présent ouvrage, prit position contre la Terreur à l’automne 1794. Voir Le Tribun du peuple, 13 octobre 1794, in Babeuf. Écrits présentés par Claude Mazauric, Messidor, 1988 et La guerre de la Vendée et le système de dépopulation, décembre 1794, Tallandier, 1987. Il ne s’était pas mêlé à l’action des Enragés.

(33) L’Ami du peuple, n° XIV. L’intégralité du journal est publiée dans Guillon, 1993.

(34) Dans la rhétorique marxiste, cette notion joue le rôle de joker idéologique. Elle peut invalider des idées jugées irréalisables et utopiques « par rapport aux conditions objectives de la période » ou au contraire excuser les faiblesses d’un militant ou d’un penseur, dont limites et contradictions sont alors attribuées à l’époque.

(35) Formule qui paraît plus exacte que « lecture marxiste », que j’avais employée dans l’édition des Nuits rouges, (1998, p. 15). David Berry y a répondu par une question : « N’est-ce pas justement cette grille de lecture marxiste qui lui a permis [à Guérin] de formuler une critique libertaire de Marx, d’Engels, de Lénine et même (avec plus de réserves) de Trotski ? », in « Daniel Guérin à la Libération » (voir bibliographie). Du marxisme, Guérin estime « qu’il y a en lui une tournure d’esprit libertaire et […] une tournure d’esprit jacobine ou autoritaire », La Lutte de classes…, op. cit., vol. II, p. 485. Il publie en 1969 un recueil d’articles intitulé Pour un marxisme libertaire (Robert Laffont).

(36) Le Feu du sang, op. cit., p. 137.

_________________________________

Recensions critiques

On peut lire une recension critique de la réédition du livre de Daniel Guérin, par Jean-Guillaume Lanuque, sur le site de la revue Dissidences.

Une autre, par Jean-Luc Debry, dans le toujours intéressant «Bulletin de critique bibliographique» À Contretemps (n° 47, décembre 2013).

Les numéros anciens sont consultables sur le site du bulletin.

_________________________________