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Lorsque j’ai entendu Éric Hazan parler pour la première fois de son livre sur la Révolution (sur France Culture), j’ai été passablement agacé. Interrogé sur les Enragés, il faisait débuter la Société des Républicaines révolutionnaires au moment où elle fut interdite, insistait sur le petit nombre des Enragés (« Ils sont trois ! ») pour nier qu’ils fussent un « parti », prétendant par là réviser une prétendue surestimation de leur importance par les historiens… J’en passe.

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 Invité à débattre avec lui par les Éditions Libertalia, qui viennent de rééditer un classique de Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus, pour lequel j’ai donné une nouvelle préface, j’ai entrepris la lecture d’Une histoire plus tôt que je ne l’aurais souhaité. Or cette lecture est plutôt agréable, et rassurante. Hazan, qui partage avec moi la condition d’historien sans diplôme, a fourni un gros travail de synthèse, même si — faute de recherches personnelles en archives — il ressortit nécessairement à la compilation. Au moins l’auteur est-il plus précis à l’écrit qu’à l’oral, ne pouvant retenir de mémoire tous les faits et dates qu’il utilise dans son livre — d’où sa confusion à propos des Républicaines révolutionnaires.

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 Au regard de l’ampleur de la tache de synthétisation (pour quelqu’un qui ne fait pas cours à la fac sur le sujet depuis trente ans), la question se pose : pourquoi consentir un tel effort ? D’autant qu’à première lecture, hormis une sympathie proclamée pour la Révolution, il est assez difficile de distinguer le « point de vue » de l’auteur.

 Passons sur la volonté pédagogique affirmée, insuffisante pour justifier d’ajouter — sans recherches supplémentaires — une énième histoire de la Révolution à une bibliographie déjà considérable, et en constante augmentation.

Éric Hazan a republié précédemment La Réaction thermidorienne d’Albert Mathiez, préfacé par Yannick Bosc et Florence Gauthier et un recueil de discours de Robespierre, choisis et présenté par Bosc, Gauthier et Sophie Wahnich, sous le titre Pour le bonheur et pour la liberté ; il a encore publié Robespierre, une politique de la philosophie, de Georges Labica.

Voilà de quoi donner de la chair à l’affirmation réitéré par Hazan lors de notre débat du 4 mai 2013, à Montreuil, lors du festival organisé par la CNT : « Je suis un robespierriste critique ».

 Je suis tenté de parler plutôt de « robespierrisme ambigu ». Lisons Hazan, qui énumère les positions de Robespierre qui lui paraissent remarquables : contre le suffrage censitaire, pour les droits civiques des comédiens et des juifs, contre la loi martiale, contre l’esclavage dans les colonies, contre la peine de mort, pour le droit de pétition, pour la liberté de la presse. Il ajoute :

 On dira que tous ces beaux principes, Robespierre les a oubliés quand il est devenu le personnage le plus influent du Comité de salut public, que l’apôtre de la liberté s’est débarrassé de tous ceux qui ne pensaient pas comme lui, que l’adversaire de la peine de mort a fait tomber des têtes par milliers. Ces charges sont anciennes : elles datent de l’après-Thermidor, où il fallait légitimer l’élimination d’un homme qui personnifiait la Révolution. […]

Sanglant ? Les exemples sont nombreux où Robespierre s’est employé à sauver des vies. Il s’est opposé, on l’a vu, à la mise en accusation des soixante-treize conventionnels qui avaient protesté contre le 31 mai (“La Convention nationale ne doit pas chercher à multiplier les coupables”). Sa ténacité sur ce point et d’autres lui a valu d’être accusé à plusieurs reprises de modérantisme.

Reste qu’il a fortement contribué à envoyer à la guillotine le groupe cordelier et les dantonistes. Mais bien des signes indirects laissent penser qu’il ressentait une grande douleur de se trouver au centre de gravité d’une distribution de mort — douleur à l’origine de sa maladie, de sa fatigue, de ses absences. […] Comment aurait-il pu en être autrement, s’agissant de Danton, auquel il envoyait des lettres si affectueuses au moment de la mort de sa première femme, et de Camille [Desmoulins], son condisciple à Louis-le-Grand, dont il avait été le témoin de mariage ?

Ni dictateur ni cruel, Robespierre a pourtant joué un grand rôle dans la mise au pas du mouvement populaire dans l’hiver et le printemps de l’an II. Il a travaillé à dissoudre le groupe [sic] des Enragés, il a donné le coup de frein décisif à la déchristianisation et, avec les autres membres du comité de salut public, il a envoyé à la guillotine le groupe des Cordeliers. Par là, il a contribué à “glacer” la Révolution. S’il existait un tribunal de l’Histoire, ce serait là le principal chef d’accusation contre lui. [pp. 357-358]

« Ces charges sont anciennes », écrit Hazan. C’est vrai. Si vrai que l’affirmation selon laquelle elles dateraient de l’après-Thermidor est, elle, inexacte. Passons. Robespierre n’est ni le tyran qu’on a dit ni un monstre sanguinaire. Nous en sommes d’accord. Mais encore… Il s’agit bien, tout de même, d’évaluer — politiquement et moralement — la Terreur, puisque nous faisons, Hazan et moi, de l’histoire pour faire l’histoire. Je veux dire : pour faire entendre qu’elle peut et doit être écrite, aujourd’hui comme voilà deux siècles, par les femmes et les hommes de ce temps. Eh bien voici mon credo, je l’écris contre Hazan, comme je l’ai écrit contre Guérin : je préfèrerai toujours un révolutionnaire sans migraines et sans guillotine. Je me moque éperdument que la chute des têtes de Danton, de Desmoulins et de tant d’autres, ait causé à Maximilien des douleurs intolérables, morales ou physiques. Je vais plus loin : je juge ces considérations à la limite de l’obscénité. Et tant que j’y suis, j’aurais aimé qu’Éric Hazan, brave homme qui ne veut la mort de personne, cela s’entend, pousse son énumération jusqu’à l’épouse de Camille, Lucile. Que l’on guillotine, en temps de guerre et de révolution, un général traître, je peux le comprendre. Mais Lucile Desmoulins… Quel est son crime ? À part d’être la femme aimée du journaliste Camille Desmoulins, modérantiste et partisan de la liberté de la presse, auteur de la belle formule Brûler n’est pas répondre ?

Ausculter non plus n’est pas répondre !

Nous dira-t-on qu’après avoir diffamé publiquement les Enragés Leclerc et Roux, les traitant d’agents de l’étranger pour mieux les discréditer — après et avant tant d’autres ! — l’Incorruptible peinait à digérer son dîner (pourtant frugal, notez-le)… Dans la récente livraison des Annales historiques de la Révolution française consacrée à Robespierre, Peter Mc Phee présente un point sur la concomitance entre les crises politiques et les problèmes de santé de Robespierre jusqu’à son épuisement, mais il ne s’agit pas là d’atténuer une responsabilité morale.

Parlons un peu de Marat, plus mal loti encore, peut-être, que Robespierre dans la mémoire collective. Hazan s’emploie à redorer son blason avec une méthode tout aussi incongrue. L’autoproclamé « ami du peuple » écrivait-il « Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté et bonheur », Hazan nous le révèle : Marat ga-lé-jait ! Il disait ça comme il aurait dit « Je suis à mille lieues de penser que… » (sic). Hazan estime qu’il faut « bien du parti pris pour donner à ces chiffres […] un sens littéral » (p. 251). Navré ! il faut une fréquentation bien récente des textes de la Révolution pour imaginer que ses protagonistes manient la grosse métaphore et l’exagération marseillaise quand ils parlent d’envoyer telle catégorie (les agioteurs, par exemple) ou tels individus à la guillotine. Ils sont on ne peut plus sérieux, au contraire.

(On ne peut que s’interroger sur la position à ce sujet des « savants amis » d’Hazan, Florence Gauthier et Yannick Bosc, historiens patentés, dont il signale qu’ils ont eu « la patience de lire et d’annoter [son] manuscrit ».)

Cela ne signifie pas, en effet, que Marat disposait d’une liste de cinq à six cent personnes, dont il ne lui restait qu’à cocher les noms au fur et à mesure que le bourreau avançait en besogne. Non, c’est une estimation grossière. Et dans ce sens, et seulement dans ce sens, il ne faut pas le prendre au mot, ou plutôt au nombre. Il dit cinq cents, comme il dirait quatre cents ou douze-cents. Gageons cependant que pour, disons les trente premiers, il devait avoir une liste en tête…

 L’illusion selon laquelle l’élimination physique collective de catégories délinquantes, d’une part, de toute opposition politique, d’autre part, allait asseoir la révolution et terroriser ses ennemis (le mythe de l’exemplarité) était assez largement partagée, notamment dans la sans-culotterie — et singulièrement chez les Enragés, au moins Théophile Leclerc (voir son Ami du peuple) et Jacques Roux (voir le « Manifeste des Enragés »). C’est précisément parce qu’il s’agissait d’une erreur — politique et morale — qu’il importe d’être aujourd’hui scrupuleusement clair sur tout ce qui y touche. Cette erreur doit être expliquée, autant que faire se peut, par la recherche historique. Elle permet de réfuter les mensonges et inventions de l’historiographie monarchiste, et contre-révolutionnaire en général ; elle permet aussi de récuser les amalgames visant à discréditer, au travers de la Révolution de 1789/1793, tout projet révolutionnaire. Pour autant, il serait absurde — et contreproductif — de procéder par euphémisation, tentation à laquelle cède Hazan.

Mettons, une fois de plus, les pieds dans le panier de son : les assassinats légaux d’Olympe de Gouges, de Camille et Lucile Desmoulins et de Jacques René Hébert (liste non exhaustive, loin s’en faut !) ont peut-être servi une politique — au moins ont-il été perpétrés dans cet espoir —, ils n’ont servi aucune révolution.

Euphémisation encore, quand Hazan tente de distinguer, au profit de Marat, la dénonciation/délation de la dénonciation/accusation. Cette distinction est, pour l’époque, oiseuse. On dénonce — certes pas anonymement, puisque c’est au contraire un titre d’honneur — pour un accaparement (de pain, par exemple), une fréquentation douteuse, un « mauvais propos ». Leclerc termine chaque numéro de son Ami du peuple (titre repris par lui après la mort de Marat, auquel il appartenait) par un appel aux dénonciations et renseignements. Fin 1793, Pauline Léon, cofondatrice de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires, dénonce l’épicier Le Doux, rue du Sépulcre, pour mauvais propos, contre les pillages, les Parisiens, la loi agraire, la Constitution, etc.

« Bourgeoise » ou non ?

 Éric Hazan y a insisté lors de notre débat, comme il y insiste dans son livre (pp. 76-78) : la Révolution française ne peut être qualifiée de « révolution bourgeoise ». Pour trois raisons, selon lui : 1) elle n’a pas détruit le féodalisme, déjà mis à mal sous le règne de Louis XIV ; 2) cette conception marxiste oblige à condamner les luttes des paysans et des sans-culottes comme rétrogrades, puisqu’ils retardent l’avènement du capitalisme, lequel créera le prolétariat, lequel abolira les classes… ; 3) les mots « bourgeois » et « bourgeoisie » sont d’emploi rare pendant la Révolution (« Je les ai cherchés chez Robespierre… ») ; la rareté du mot « traduit l’absence de la chose ». Hazan en déduit que la question de savoir si la Révolution française est une révolution bourgeoise est une « non-question ».

 Un véritable « ami » aurait signalé à Éric Hazan un texte manuscrit de Robespierre datant du premier juin 1793, en pleine insurrection antigirondine : « Les dangers intérieurs viennent des bourgeois ; pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple ». Texte cité par Hamel, Buchez & Roux, Mathiez, Soboul, Vovelle, bref par un peu tout le monde, jusqu’à… M. Georges Labica, dans son Robespierre, une politique de la philosophie, publié comme on sait par Éric Hazan.

Oublions notre fielleuse pique à l’égard des amis d’Éric : il est compréhensible qu’il n’ait pas souhaité prendre en compte une phrase qui contredit « de l’intérieur » son argument n° 3. Qu’importe d’ailleurs, puisque ce n’est précisément pas de l’intérieur que je souhaite le réfuter. À supposer, en effet, que ni Robespierre ni aucun autre révolutionnaire n’ait jamais utilisé le terme « bourgeois », qu’il se fut agit de désigner les amis ou les ennemis du nouveau cours des choses, l’argument d’Éric Hazan serait irrecevable. Le sophisme qu’il propose a d’ailleurs ceci de remarquable qu’il est faux pour tous les mots et toutes les époques. Une chose (intéressante) est de mesurer l’usage — par la fréquence et les diverses acceptions — de tel mot à telle époque (ce qui permet d’éviter les anachronismes). Autre chose est d’analyser un phénomène historique à l’aide d’outils intellectuels contemporains (de l’analyseur). Je n’ai nul besoin que le mot « bourgeois » ait été d’un emploi courant dans les discours à la Convention, et pas davantage qu’aient été connus et compris en 1793 les concepts de « révolution bourgeoise » ou de « luttes de classes », pour en faire usage, en 1920, 1968 ou 2032.

Reste à savoir si cet usage est fécond, question que nous allons aborder maintenant, ce qui nous mènera à considérer l’argument n° 2 d’Hazan, qu’il tire des travaux de Florence Gauthier, à laquelle il renvoie en note. Pour ce qui me concerne, j’avais compris, notamment de l’introduction de Fl. Gauthier et Guy-Robert Ikni au volume La Guerre du blé au XVIIIe siècle (Éditions de la passion, 1988), que l’historienne récusait les analyses d’un marxisme mécaniste et économiste qui conduisait par exemple un Georges Lefebvre à considérer les luttes des paysans pendant la Révolution comme tournées vers le passé. Il n’est pas indifférent qu’un chercheur russe comme Anatoli Ado, dont la thèse de 1971, Les Paysans et la Révolution française, ne sera connue en français qu’en 1996 (grâce à la Société des études robespierristes), ait choisi de saluer dès ses premières pages l’importance accordée par Kropotkine au mouvement paysan dans la Révolution. Ado fournit un bel exemple (inaccessible en 1988) d’une analyse marxiste, à laquelle ne manque aucune citation de Marx, Engels ou Lénine (on peut penser qu’il s’agit au moins en partie d’un « sauf-conduit »), mais habile à éviter les pièges d’une vision de l’histoire mécaniste et stalinienne.

Or c’est d’une manière toute mécaniste qu’Hazan se distingue du mécanisme par lequel « les historiens “marxistes” étaient conduits à un grand écart intenable » qui les conduisait à condamner rétrospectivement comme « rétrogrades » les résistances à la révolution bourgeoise, accoucheuse du capitalisme. Cette vision, mécaniste et économiste (je n’ai pas souvenir qu’Hazan reprenne ce second qualificatif à Gauthier), a bien existé (peut-être existe-t-elle encore), et elle a servi, en effet, à condamner idéologiquement et à écraser militairement des mouvements de révolte populaire, comme dans l’Ukraine des années 1920 (exemple donné par Hazan). Il ne s’ensuit nullement que l’analyse de tel épisode révolutionnaire comme « révolution bourgeoise » entraîne automatiquement l’acceptation de la vision bolchevique puis stalinienne de l’histoire.

Je propose ici la définition minimale de ce que j’appelle révolution « bourgeoise », ou conception bourgeoise de la révolution. Elle se caractérise 1°) par un refus de mettre en cause radicalement le principe de la propriété privée, afin de réaliser l’égalité des conditions ; 2°) par la méfiance à l’égard des modes et des organes de décision spontanément créés par le peuple, et finalement par la répression à leur encontre.

Florence Gauthier a insisté sur les efforts de Robespierre pour en quelque sorte « indexer » le droit à la propriété sur un droit supérieur, qui serait le droit à l’existence. Dans cette perspective, la propriété est donc relativisée par rapport à l’intérêt collectif. Peu m’importe ici de savoir si ces tentatives, d’ailleurs inabouties, sont dictées par une vision égalitariste ou par une tactique de nécessaire appui sur les forces vives du mouvement populaire. Le fait est qu’elles sont plutôt tardives et inefficaces. Et surtout, elles s’accompagnent d’une prise de distance vis-à-vis des sans-culottes puis d’une répression du mouvement populaire, et du mouvement des femmes qui en est une composante importante.

Éric Hazan déclarait, lors de notre débat, que l’une des questions et des enseignements qu’il tire de la Révolution française concerne l’élimination de l’ « extrême gauche » dont il conviendrait de conjurer le renouvellement. Or, pour comprendre pourquoi et comment ce que nous appellerons, par facilité de langage et conscient de l’anachronisme du terme, l’ « extrême gauche », a été éliminée par les Jacobins, au premier rang desquels Robespierre, il est fâcheux de se priver des concepts de « révolution bourgeoise » et de « lutte de classes ». En les récusant, et avec eux Daniel Guérin qui distingue dans la sans-culotterie un embryon de mouvement prolétarien, Hazan se met en position de vouloir ouvrir un coffre dont il vient de jeter la clef au fond du lac. L’élimination des Enragé(e)s, la fermeture des clubs de femmes, deviennent autant d’événements incompréhensibles et nous ne disposons d’aucun moyen d’en empêcher la réitération dans une révolution à venir, sinon par une « vigilance » sans objet (on est vigilant par rapport à la cause d’un phénomène) et d’avance désarmée.

Si Robespierre peut être jugé responsable d’une « glaciation » de la révolution, à laquelle beaucoup d’autres ont contribué, c’est sans doute qu’il en incarne mieux que personne la contradiction bourgeoise insurmontable : pour réaliser pleinement les valeurs qu’elle affiche (l’égalité, la souveraineté populaire), la révolution devrait se poursuivre, se dépasser même. Et de ce fait ignorer les limites que ni les possédants ni les gouvernants ne veulent voir outrepasser. Robespierre se fait de la révolution une idée progressiste en tout, soucieuse du peuple qu’il croit sincèrement représenter mieux que les sans-culottes des sections (« Je suis peuple »), accordant une place aux femmes, à condition qu’elle veuillent bien y rester, « sociale » mais anticommuniste avant la lettre, démocratique mais par le système représentatif, laïque mais reconnaissant l’immortalité de l’âme… La première manifestation — tragique — de l’utopie d’un « réformisme révolutionnaire » dans la révolution même, que d’aucuns proposent aujourd’hui de rejouer en farce, avec beaucoup plus de réformes que de révolution (je pense évidemment à l’usage que fait J.-L. Mélenchon de la figure de Robespierre).

 Le succès réel du livre d’Éric Hazan — auquel mes critiques ne porteront aucun tort —, avec ses 8 000 exemplaires vendus, peut être interprété comme un symptôme intéressant d’un regain d’intérêt du public pour la Révolution. Par ailleurs, si je considère que l’étude de la Révolution française est un exercice salubre d’admiration pour des figures du passé (je préfère cependant la marchande de chocolats ou la blanchisseuse à l’avocat) et d’optimisme pour le présent et l’avenir (Hazan et moi sommes d’accord sur ce point), je redoute les effets d’un « ressourcement » idéologique et identitaire d’une partie de la gauche dans des « valeurs de la Révolution » simplifiées et décontextualisées. Mais c’est un phénomène dont le livre d’Éric Hazan ne relève qu’à la marge, et sur lequel je reviendrai dans un prochain article.

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Éric Hazan, Une Histoire de la Révolution française, La Fabrique, 2012, 402 p., 22 €.

Statut : J’ai acheté ce livre en librairie.

On peut lire, sur le blog Vosstanie, «La Révolution française selon Eric Hazan», par Sandra C.