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Orages (Littérature et culture 1760-1830), n° 12, mars 2013, « Sexes en révolution », sous la direction de Florence Lotterie et Pierre Frantz (24 €).

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 Je signale ici la parution du n° de la revue Orages autour du thème « Sexes en révolution », pour les articles qui ont particulièrement retenu mon attention. On se reportera, pour consulter le sommaire complet et des articles des numéros précédents mis en ligne, au site de la revue.

 

Clyde Plumauzille, « L’appel à la justice des femmes enfermées pour prostitution sous la “Terreur” : entre “vie fragile” et puissance d’agir », pp. 111-129.

 L’auteure étudie des lettres adressées aux autorités par de jeunes femmes, détenues en tant que « prostituées », en 1794 et 1795.

La plupart d’entre elles sont incarcérées sans jugement, et sans savoir quand leur affaire sera examinée et par qui, ce qui évidemment est l’un des motifs de leurs protestations. Les arrestations relèvent de l’arbitraire policier, lui-même étayé sur un ensemble de considérations morales et d’habitudes «géopolicières» (zone des Halles suspecte, par ex.) sur ce qui est supposé caractériser une femmes aux mauvaises mœurs.

La Révolution a crée une situation paradoxale, que nous pouvons reconnaître nôtre aujourd’hui : la prostitution n’est pas interdite, seul, en principe, le racolage est un délit susceptible de déclencher l’intervention policière. La pratique répressive contre une sexualité jugée illégitime à défaut d’être illégale, semble beaucoup plus large puisqu’une femme se plaint d’être détenue « sur un simple souper » en masculine compagnie.

 Ainsi que le souligne Clyde Plumauzille :

 Les mots de ces femmes permettent de saisir le caractère problématique de la définition même de la prostitution. Elle amalgame un ensemble de comportements de classe et de sexe dénoncés comme déviants et dépassant le simple échange économico-sexuel négocié entre deux individus. Ce qui définit la relation prostitutionnelle est ainsi moins la prestation que la forme qu’elle prend dans le contexte culturel dont il est question, à savoir un usage incorrect de la sexualité, “hors et à l’encontre des structures de l’échange des femmes” [expression de Paola Tabet]. Ici c’est l’autonomie de ces femmes du peuple dans l’espace public qu’elles arpentent, leur “sexualité vagabonde” [expression d’Alain Corbin] monnayée ou non, qui constituent une transgression à la sphère domestique vertueuse idéalisée par les révolutionnaires. […]

Treize de ces femmes interpellent par ailleurs les pouvoirs publics en tant que leur “concitoyenne” : la performativité de cette formule a pour effet de les maintenir dans la société des citoyens à laquelle elles appartiennent et d’abolir virtuellement leur exclusion.

On voit que ces jeunes femmes, dont une douzaine déclarent un état, c’est-à-dire un métier — trois blanchisseuses, deux couturières, une ouvrière en linge, une culottière, deux marchandes de comestibles et une terrassière —, usent des mêmes procédés rhétoriques que les militantes, auteures de pétitions ou sociétaires du club des Républicaines révolutionnaires.

 

Je signale plus rapidement un article de Françoise Le Borgne, intitulé « Le travestissement féminin dans le théâtre de la Révolution et de l’Empire (1793-1807) », pp. 69-86.

 Extrait de la conclusion :

 Les dramaturges, dans un contexte où l’exaltation révolutionnaire de l’énergie féminine retombe et fait place à une assignation réitérée des femmes à la seule sphère domestique, ont soin de faire  de leurs pièces le relais du “conjugalisme” ambiant. Néanmoins, ils ne renoncent pas pour autant au potentiel dramatique et érotique du travestissement, bien au contraire.

Statut : J’ai acheté cette revue en librairie.