Étiquettes

,

Les conditions matérielles de la recherche (3)

Je n’ai pas été à la BN depuis quelques jours (je ne parle pas ici de la « BnF » ; « BnF » est une marque commerciale). Ce vendredi 21 juin, je retiens par Internet, en fin de matinée, une place dans la salle K de Tolbiac et une demi-douzaine d’ouvrages. Je fais mes trois quarts d’heure de transports en commun, augmenté d’un long détour causé par les travaux décidés pour construire une nouvelle entrée dont il faut espérer qu’elle sera plus praticable que les actuels tapis roulants/montants imaginés par l’architecte (qui n’en voudrait pas chez lui). Une fois arrivé au vestiaire, une affichette manuscrite signale « Salles K et L fermées ». Je passe le détail du temps perdu à comprendre des informations contradictoires selon les sources. Résultat de ma course pour arriver à l’heure (les places et les documents sont retenus jusqu’à une heure fixe ; après il faut tout recommencer) : je n’ai pas de place et mes documents ne sont ni retenus ni possibles à (re)commander. De plus, l’accès aux usuels est impossible. Bien entendu, ça aurait écorché la gueule des sagouins de la direction d’avertir le lecteur qu’il est en train de perdre une demi-journée de travail(*). Il est préférable qu’il arrive furieux et retourne sa colère contre les grévistes. Car il s’agit d’une grève.

 Et lesdits grévistes sont trop timorés ou pas assez compétents en informatique pour interrompre ou/et pirater le site de la BN, ce qui avertirait au moins les lecteurs et lectrices de la situation. Je me renseigne donc auprès d’un charmant jeune homme et d’une sympathique syndiquée à SUD Culture. Un tract de l’Intersyndicale (outre SUD : CGT et FSU) est distribué. J’en donne le texte ci-après. Il en ressort, ce qui n’étonnera personne, que les conditions de travail des personnels et des lecteurs et lectrices sont appelées à se dégrader encore dans les temps qui viennent.

(*) Erreur ! me dit-on. L’information figurait sur le site Internet de la BN à la rubrique « actualités »… En voilà un joli foutage de gueule ! Je n’ai évidemment nul besoin de consulter ladite rubrique pour retenir place et documents, la preuve ! Quant à considérer que sa consultation systématique est désormais une précaution à prendre par les lecteurs avant toute réservation — outre qu’il faudrait qu’il en fussent informés ailleurs que dans ladite rubrique — c’est assez dire l’idée que se fait la direction de la BN du climat social qu’elle a elle-même créé !

AUX LECTEURS

Mobilisons-nous ensemble pour défendre la BnF !

Aujourd’hui, vendredi 21 juin 2013, les agents de la BnF sont en grève afin de dénoncer la réduction des budgets et des effectifs, ainsi que les graves conséquences que cela a sur le fonctionnement de la bibliothèque et ses missions.

Les budgets : la diminution historique du budget de la culture se traduit pour notre établissement par une baisse de subvention de 5,4 Md€ pour l’année 2013, plus un surgel de crédits. Sur les trois prochaines années, 11 millions d’économies sont à rechercher amenant les subventions dédiées à notre établissement à un niveau à la baisse jamais atteint.

Les effectifs : malheureusement, la politique conduite par le précédent gouvernement se poursuit avec une suppression pour l’année 2013 de 59 emplois portant à plus de 260 le nombre de postes supprimés en quelques années. Dans le même temps, les contrats précaires de courtes durées se multiplient.

Tout cela a des conséquences graves sur l’accomplissement de nos missions et sur les services offerts aux usagers :

— Une baisse des budgets d’acquisition de – 25 % en 3 ans qui provoque un abaissement de l’offre documentaire

— Des budgets de conservation en forte diminution qui ne permettent plus d’assurer une politique de conservation digne d’une bibliothèque nationale

— Des mesures drastiques touchant les conditions d’accès faute de personnels suffisants : ouverture réduite du Haut de jardin en été de 13h à 19h du mardi au samedi, fermeture le dimanche et communication directe réduite en Rez-de-Jardin de l0h à 16h et le samedi jusqu’à 13h

— Fermeture du vestiaire du hall Ouest, remplacé par des consignes automatiques

— Réduction du personnel présent en pied-de-tour pour l’accès au Rez-de-Jardin.

Des projets contestés qui portent préjudice aux missions de service public de l’établissement :

— L’occupation d’espaces de la BnF au bénéfice de la société MK2 censée rapporter une redevance ridiculement faible eu égard au sacrifice consenti

— La signature de deux accords de numérisation des collections de la BnF conclus avec des partenaires privés concernant 70 000 livres anciens et 200 000 disques : des collections tombées dans le domaine public mais dont l’accès distant sera payant et permettra à ces sociétés privées de dégager des bénéfices avec la commercialisation de collections publiques.

— La cession de l’immeuble Louvois, site du Département de la musique faute de budgets suffisants pour sa réhabilitation

C’est inacceptable. Ensemble, exigeons des moyens financiers et en personnel à la hauteur des besoins pour accomplir pleinement les missions de la BnF. Venez nous soutenir. Signez la pétition.

______________________

Debordiana

 Une amie qui lit par-dessus mon épaule me dit « Ah tu fais un papier sur l’expo Debord ! »

Une exposition Debord à la Bibliothèque nationale ! Sans charre !? Moi, la BN, quand j’y viens, c’est pour travailler ; quand j’ai fini, j’ai hâte de rentrer chez moi…

— Ben oui, ils exposent ses fiches de lecture, les bouts de papier où il notait une citation pour plus tard…

La honte ! C’est vrai qu’ils l’avaient déjà momifié « Trésor national », un truc à couvrir de ridicule une vie entière consacrée à la subversion. Notez que ça vous a un air des îles, « Fête Nat’ », tout ça… En fait, je l’avoue : c’est la jalousie qui me fait parler, moi qui  n’ai jamais pu obtenir de ma copine qu’elle m’appelle « mon trésor ».

Tout de même, maintenant, je mets de côté les listes des commissions dans une boîte à chaussures. On ne sait jamais…