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À la suite de la mise en ligne de mon premier article sur le bonnet phrygien, Éric Coulaud, dont j’avais déjà mis à contribution la belle collection de cartes postales (voir la CP intitulée « Anarchie », empruntée au site Cartoliste), me fait parvenir la reproduction numérisée d’une aquarelle originale récemment acquise, dont il a l’amabilité de me permettre de l’utiliser.

 Il ne s’agit pas, comme la CP anglaise précédemment reproduite, d’une caricature, mais d’une œuvre qui se veut un hommage à la Commune. De dimensions 20,5 x 27 cm, elle porte au dos les mentions suivantes : « Le 18 mars 1871 à Paris [cette mention est difficilement lisible sur l’image numérisée]. Les insurgés s’emparent des canons et les hissent à force de bras sur les hauteurs de Montmartre. » Comme le fait remarquer mon correspondant, cette indication est erronée. Si ma mémoire est bonne, les canons ont été hissés sur les hauteurs de Belleville et de Montmartre les 26 et 27 février 1871.

 Le verso porte encore : « Peint par Constantin de la Girennerie » (d’une autre main, semble-t-il que le texte ci-dessus). La signature figure au recto, avec la précision : « Paris, 1873 ».

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On remarque que sur 9 personnages, 4 sont des femmes. Celle qui nous intéresse particulièrement figure en haut à droite du tableau et porte (comme une autre femme, située symétriquement en bas à gauche) un drapeau rouge. Elle arbore en outre le bonnet phrygien.

 Aquarelle détail

L’auteur, duquel nous ne savons rien, disposait de deux « modèles ». Dans l’ordre chronologique : La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix (1830)…

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…et la sculpture de François Rude, Départ des volontaires de 1792 (1833, pour l’arc de triomphe). Ces deux personnages allégoriques arborent le bonnet phrygien.

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Si la communarde brandit un drapeau de la main droite (mais c’est le drapeau rouge), elle ne porte pas d’arme, ni épée (Rude) ni fusil (Delacroix). Si le sein gauche, en partie découvert, évoque le tableau de Delacroix, c’est de toute évidence la sculpture de Rude qui a inspiré le mouvement de la tête et du bras gauche, et surtout la physionomie du personnage. Comme la « Marseillaise », la communarde est figée dans un cri, tandis que la Liberté a les lèvres closes.

C’est bien l’évocation des volontaires de 1792 qui inspire ce personnage.

Le bonnet phrygien n’est pas ici le signe distinctif d’une allégorie, mais le réinvestissement par une combattante « réelle » et anonyme d’un symbole auquel le drapeau rouge redonne sa puissance révolutionnaire originelle.