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Comme l’annonce le titre, je donne ci-dessous le texte de deux « Déclarations des droits de la femme ».

La première, assez bien connue, est rédigée par Olympe de Gouges. Elle est extraite d’une brochure de 24 pages, qu’Olivier Blanc, son biographe, date du 14 septembre 1791[1], dans laquelle le texte est précédé d’une lettre d’hommage à la reine et suivi d’un texte intitulé « Forme du Contrat social de l’Homme et de la Femme » (intégralité disponible en mode image sur Gallica).

L’autre, anonyme et beaucoup moins remarquée, a connu plusieurs éditions. On la trouve dans le Journal des départemens de la Mozelle, de la Meurthe, de la Meuse, des Ardennes et des Vosges, (n° 42, jeudi 20 octobre 1791, pp. 334-335), ainsi que dans le Journal du département de la Vienne, n° 36, jeudi 3 novembre 1791, pp. 285-287 (ce dernier titre sur Google Livres). On en trouve également une version dans l’Almanach des émigrans, à Coblentz, de l’Imprimerie des Princes, 1792, pp. 122-126.

Elle sera republiée dans les Aneries révolutionnaires, ou balourdisiana, bêtisiana, etc. etc. etc… Anecdotes de nos jours, recueilllies et publiées par CAP…L, (deuxième édition, Paris, an X [1801-1802]), avec des numéros d’articles, sans le préambule mais avec les ajouts indiqués ci-dessous en vert, et la note que voici : « Cette pièce n’est autre chose qu’une parodie des droits de l’homme et du citoyen, qui faisaient partie de la constitution de 1793 [sic] (Voyez cette pièce pour la comparer avec celle-ci). »

Contrairement à l’hypothèse avancée par l’auteur contre-révolutionnaire (et ignorant ?) des Aneries révolutionnaires, et si l’on s’en tient à date fournie par Olivier Blanc, il est plus que probable que cette « Déclaration » satirique, postérieure d’un mois, à la Déclaration d’Olympe de Gouges, vise bien à caricaturer celle-ci, et non la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Le texte a été republié par René Gandilhon dans les Annales historiques de la Révolution française (1938, Glanes, pp. 366-371) : « “Les droits de la femme et de la citoyenne” est un imprimé du XVIIIe siècle, in-12, sur quatre pages, sans lieu ni date, inséré autrefois dans un recueil factice de pièces révolutionnaires[2]. »

Déclaration satire BLOG

Inutile, me semble-t-il, d’épiloguer sur la modernité du texte d’Olympe de Gouges comparée aux sous-entendus égrillards de sa caricature : la lecture successive des deux textes se suffit à elle-même.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Les droits de la femme

 Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet empire tirannique[3].

Remonte aux animaux, consulte les élémens, étudie les végétaux, jette enfin un coup d’œil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l’évidence quand je t’en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans l’administration de la nature. Par-tout tu les trouveras confondus, par-tout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d’œuvre immortel.

L’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursoufflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

À décréter par l’Assemblée nationale dans ses dernière séances ou dans celle de la prochaine législature.

PRÉAMBULE

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernemens, ont résolu d’exposer dans une déclaration solemnelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article Premier

La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptible de la Femme et de l’Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et sur-tout la résistance à l’oppression.

III

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

IV

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

V

Les loix de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n’est pas défendu pas ces loix, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

VI

La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

VII

Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, & détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

VIII

La loi ne doit établir que des peines strictement évidentes & évidemment nécessaires, & nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

IX

Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi.

XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfans. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

XII

La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, & non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

XIII

Pour l’entretien de la force publique, & pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

XIV

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentans, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non-seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôt.

XV

La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

XVI

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.

XVII

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut en être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

POSTAMBULE

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnois tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la foiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? le bon mot du Législateur des nôces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs Français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinoient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être-Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avoit ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistoit pas. Le poison, le fer, tout leur étoit soumis ; elles commandoient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l’administration nocturne des femmes ; le cabinet n’avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat[4], cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

Dans cette sorte d’antithèse, que de remarques n’ai-je point à offrir ! je n’ai qu’un moment pour les faire, mais ce moment fixera l’attention de la postérité la plus reculée. Sous l’ancien régime, tout étoit vicieux, tout étoit coupable ; mais ne pourroit-on pas apercevoir l’amélioration des choses dans la substance même des vices ? Une femme n’avoit besoin que d’être belle ou aimable ; quand elle possédoit ces deux avantages, elle voyoit cent fortunes à ses pieds. Si elle n’en profitoit pas, elle avoit un caractère bizarre, ou une philosophie peu commune, qui la portoit aux mépris des richesses ; alors elle n’étoit plus considérée que comme une mauvaise tête ; la plus indécente se faisoit respecter avec de l’or ; le commerce des femmes étoit une espèce d’industrie reçue dans la première classe, qui, désormais, n’aura plus de crédit. S’il en avoit encore, la révolution seroit perdue, et sous de nouveaux rapports, nous serions toujours corrompus ; cependant la raison peut-elle se dissimuler que tout autre chemin à la fortune est fermé à la femme que l’homme achète, comme l’esclave sur les côtes d’Afrique. La différence est grande ; on le sait. L’esclave commande au maître ; mais si le maître lui donne la liberté sans récompense, et à un âge où l’esclave a perdu tous ses charmes, que devient cette infortunée ? Le jouet du mépris ; les portes même de la bienfaisance lui sont fermées ; elle est pauvre et vieille, dit-on ; pourquoi n’a-t-elle pas su faire fortune ? D’autres exemples encore plus touchant s’offrent à la raison. Une jeune personne sans expérience, séduite par un homme qu’elle aime, abandonnera ses parens pour le suivre ; l’ingrat la laissera après quelques années, et plus elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera inhumaine ; si elle a des enfants, il l’abandonnera de même. S’il est riche, il se croira dispensé de partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si quelque engagement le lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant tout des lois. S’il est marié, tout autre engagement perd ses droits. Quelles lois restent-ils donc à faire pour extirper le vice jusque dans la racine ? Celle du partage des fortunes entre les hommes et les femmes, et de l’administration publique. On conçoit aisément que celle qui est née d’une famille riche, gagne beaucoup avec l’égalité des partages. Mais celle qui est née d’une famille pauvre, avec du mérite et des vertus ; quel est son lot ? La pauvreté et l’opprobre. Si elle n’excelle pas précisément en musique ou en peinture, elle ne peut être admise à aucune fonction publique, quand elle en aurait toute la capacité. Je ne veux donner qu’un aperçu des choses, je les approfondirai dans la nouvelle édition de tous mes ouvrages politiques que je me propose de donner au public dans quelques jours, avec des notes.

Je reprends mon texte quant aux mœurs. Le mariage est le tombeau de la confiance et de l’amour. La femme mariée peut impunément donner des bâtards à son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle qui ne l’est pas, n’a qu’un foible droit : les lois anciennes et inhumaines lui refusoient ce droit sur le nom et sur le bien de leur père, pour ses enfants, et l’on n’a pas fait de nouvelles lois sur cette matière. Si tenter de donner à mon sexe une consistance honorable et juste, est considéré dans ce moment comme un paradoxe de ma part, et comme tenter l’impossible, je laisse aux hommes à venir ; la gloire de traiter cette matière ; mais, en attendant, on peut la préparer par l’éducation nationale, par la restauration des mœurs et par les conventions conjugales.

Carte postale ancienne, et misogyne ! représentant un club de femmes (cliquer sur l’image pour lire la légende).

Dans le texte de la « Déclaration » satirique, j’ai indiqué les numéros d’articles et, entre crochets, les éléments qui figurent dans la version publiée par René Gandhilon.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

[Quand on le sait, c’est peu de chose,

Quand on l’ignore, ce n’est rien[5]]

Les représentans du peuple françois, constitués en Assembée nationale, arrivés enfin au bout [de la carrière] de leurs immortels travaux, n’ont pas cru pouvoir les terminer d’une manière plus éclatante, qu’en rétablissant[6] les droits de la femme, si négligés par eux en apparence, mais qu’ils n’ont jamais perdus de vue un seul instant, pendant leur séjour à Paris : en conséquence, l’assemblée reconnoît et déclare, en présence et sous les auspices de l’évêque d’Autun, les droits suivans de la femme et de la citoyenne.

Article 1er

Les femmes naissent, mais ne demeurent pas égales en droits ; les distinctions qui se trouvent en elles viennent du plus ou moins d’exercice de ces mêmes droits.

II

Le but de toute association avec les femmes tient aux droits imprescriptibles du beau sexe ; ces droits sont la beauté, la propreté, la fermeté, l’élasticité et la résistance modérée.

III

Le principe de la souveraineté réside essentiellement dans la personne des maris, mais les femmes ont droit de leur persuader qu’ils sont les maîtres absolus dans le ménage, tandis qu’ils ne doivent faire réellement que les volontés de leurs femmes.

IV

La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas réellement à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de chaque femme, n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société l’exercice de ces mêmes droits.

V

Toute citoyenne appelée ou saisie en vertu des loix de l’amour, ne doit pas obéir à l’instant, mais elle se rend coupable par trop de résistance.

VI

Les hommes ayant reçu par la constitution le droit d’exercer le plus saint des devoirs, les femmes ont le droit de pratiquer le plus doux des penchans.

VII

La libre communication des pensées, étant un des droits les plus précieux de la femme, toute citoyenne a le droit de penser et surtout de parler tant qu’elle voudra ; sauf à répondre par signe quand elle ne pourra plus s’exprimer autrement.

VIII

Les femmes ont droit de demander compte à leurs maris de l’administration de leurs facultés ; il est permis à la femme de nommer un suppléant dans le cas de maladie, démission, négligence ou forfaiture.

IX

Tout amant ou mari qui ne peut pas remplir convenablement ses devoirs, n’a point de constitution.

X

L’assemblée voulant établir partout les grands principes de liberté et d’égalité parfaites, décrète que toute femme pourra choisir librement pour amant ou pour mari celui qui lui conviendra le mieux, pourvu qu’il soit dans les principes d’une bonne constitution ; elle abolit toute espèce de parure, comme inutile dans l’association, et ordonne de se détacher de tous les cordons, comme gênant l’exercice des droits naturels.

XI

Il n’y aura plus aucune vénalité pour aucun individu ni pour aucune partie, mais toutes les associations se feront désormais de gré à gré, et but à but.

XII

Les lois ne devant établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, nulle femme ne peut être punie par son mari, que par un châtiment doux et légèrement appliqué.

XIII

La loi ne reconnoît [garantit] plus de vœux, ni aucun autre engagement qui seroit contraire aux droits naturels de la femme ou a sa constitution.

XIV

Il sera permis à toutes les femmes de s’assembler paisiblement, et sans armes, pour satisfaire aux lois de leur constitution.

XV

Toutes les contributions de l’amour seront réparties entre toutes les femmes, aussi également qu’il sera possible, en proportion de leurs facultés.

XVI

 Comme la constitution garantit l’inviolabilité de toutes les propriétés, toute femme aura droit de réclamer l’amant ou le mari qu’une autre femme lui aura enlevé, ou d’exiger un remplacement de valeur au moins égale, comme juste et préalable indemnité.

XVII

Les dames du Palais-royal, ci-devant destinées à des services d’utilité publique, sont à la disposition de la nation.

XVIII

Il sera créé et organisé un établissement général de secours publics pour le soulagement des femmes trop valides qui manqueroient d’occupation, &c.


[1] Voir son édition des Écrits politiques 1788-1791, t. I, 1993.

[2] Gandilhon le fait précéder de « Litanies du Tiers-Etat », les deux pièces étant communiquées par un collectionneur toulousain, M. Guilhaumenq.

[3] De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme. [Note d’OdG.]

[4] M. de Bernis, de la façon de Mme de Pompadour. [Note d’OdG.]

[5] Les vers sont de Jean de La Fontaine qui veut ainsi désigner le cocuage dans « La coupe enchantée » (1671) : « Pauvres gens ! dites-moi, qu’est-ce que cocuage ?/ Quel tort vous fait-il, quel dommage ?/ Qu’est-ce enfin que ce mal dont tant de gens de bien/ Se moquent avec juste cause ?/ Quand on le sait, c’est peu de chose,/ Quand on l’ignore, ce n’est rien. »

[6] Sans « r » chez Gandhilon.