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Je tiens à signaler brièvement l’heureuse réédition d’un livre important pour qui s’intéresse à l’histoire des femmes pendant la Révolution. Les éditions Tallandier republient la biographie d’Olympe de Gouges par Olivier Blanc, préalablement rééditée en 2003 (mais fort mal diffusée) aux éditions René Viénet, sous le titre Marie-Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIe siècle (première éd. En 1989, chez Syros-Alternatives).

Je donne ci-dessous le texte de présentation fourni par Tallandier.

Femme de lettres, pamphlétaire opiniâtre et humaniste, féministe avant l’heure et auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne[1] (1791) — son texte le plus célèbre —, Olympe de Gouges (1748-1793) fût de tous les combats : abolition de l’esclavage, justice sociale, droit au divorce, rejet de la peine de mort, égalité hommes-femmes. Des combats qu’elle mena avec passion et acharnement jusqu’à ce qu’elle fût guillotinée, victime de la Terreur, en 1793, juste après Marie-Antoinette.

Figure méconnue de la Révolution française, Olympe de Gouges sera, pendant deux siècles, négligée et incomprise, le plus souvent vilipendée et caricaturée : Restif de La Bretonne la considère comme une courtisane et la classe dans sa liste des prostituées de Paris ; pour Jules Michelet, c’est une hystérique atteinte de paranoïa.

Il était donc temps de redécouvrir le destin transgressif de cette femme engagée, belle figure humaniste de la fin du XVIIIe siècle, qui paya de sa vie sa volonté de réforme et ses écrits politiques.

Je n’ai pas l’intention, dans ce court billet, de réfuter dans le détail celles de ces affirmations qui pêchent évidemment par enthousiasme et demandent à être sérieusement nuancées : notamment concernant la « justice sociale », dont Olympe de Gouges se faisait une idée abstraite et très éloignée des préoccupations matérielles d’un Jacques Roux vivant au milieu du peuple et soucieux de pousser la révolution à ses ultimes conséquences égalitaires.

N’ayant pas eu entre les mains la nouvelle édition du texte, j’ignore si elle a fourni l’occasion de corriger les maladresses et coquilles qui le déparaient à plusieurs endroits. [Rectification, le 11 janvier 2014 : l’édition Tallandier est une édition en reprint de l’édition Viénet ; il n’y a donc (hélas !) aucune correction. Mais O. Blanc signale dans un entretien qu’il a actualisé la bibliographie.] Exemple : « Il est inutile de préciser combien la lecture des lettres de prison d’Olympe […] sont éloquentes et émouvantes » (chap. IX). Puisque j’en suis aux récriminations, on pourrait attendre davantage de rigueur dans l’indication de certaines sources. Un exemple : « Les Révolutions de Paris du 15 juillet 1792 » (cité p. 169 de l’édition Viénet) n’existe pas. Il existe un numéro 158 (numérotation non mentionnée par Blanc), « du 14 au 21 juillet 1792 » (ce qui inclut le 15, je n’en disconviens pas), lequel numéro commence à la page 98 (numérotation globale qui court de numéros en numéros). Le passage concernant de Gouges et reproduit par Blanc figure à la page 105, ce qu’il ne précise pas non plus. Tout le monde peut se tromper, et une omission n’est certes pas pendable. Cependant, la mention d’une source n’est pas seulement, d’un point de vue scientifique, destinée à rassurer le lecteur moyen (et peu curieux) sur le fait que l’auteur n’a pas inventé une citation, mais de lui permettre de la retrouver aussi aisément que possible, aux fins de vérification, contextualisation, etc. Sinon, la mention « Authentique », agrémentée ou non d’un point d’exclamation, telle qu’on la voyait figurer naguère dans des romans policiers et des bandes dessinées, suffirait amplement…

Quoi qu’il en soit, le travail d’Olivier Blanc mérite l’attention et il est bon qu’il soit à nouveau disponible. Signalons qu’il avait également édité deux volumes des Écrits politiques d’Olympe, en 1993, aux éditions Côté-Femmes.

Olympe et les « tricoteuses »

Blanc affiche des opinions « girondines[2] » et condamne la Terreur, ce qui est un point de vue honorable. Il est dommage que, à propos de l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, cela l’amène à des formulations qui évoquent les plus furieuses diatribes misogynes de l’historiographie contre-révolutionnaire.

Ainsi, lorsqu’il récuse, de manière confuse quoique répétitive, l’idée que de Gouges ait pu créer un club de femmes, comme s’il s’agissait du pire des crimes : « Il est infamant pour sa mémoire, de parler de sa lâcheté devant la mort ou de prétendre qu’elle a été la fondatrice du “club des tricoteuses[3]”, sorte de fantasme historiographique qui désigne ces mégères sadiques qui assistaient au supplice des guillotinés de la Terreur et dont le prétendu club n’était autre que le Tribunal révolutionnaire. »

S’il est exact que le « club des tricoteuses », au moins sous cette appellation de fantaisie, est bien un « fantasme historiographique », il est dommage de voir l’historien l’endosser aussitôt que dénoncé en parlant lui-même de supposées « mégères sadiques » ayant fait du Tribunal révolutionnaire leur lieu de réunion…

 

Olympe de Gouges. Des droits de la femme à la guillotine, Tallandier, 256 p., 20,90 €.

 Olympe de Gouges (2)


[1] Lisible sur ce blog en suivant le lien « Olympe de Gouges ».

[2] Réexprimées dans un article, d’ailleurs très intéressant, sur le marquis de Villette, même si Blanc a tendance à surestimer son originalité « féministe » : « Charles de Villette, député, homosexuel et féministe sous la Révolution », in Rochefort Florence & Viennot Éliane (dir.), L’Engagement des hommes pour l’égalité des sexes (XIVe-XXIe siècle), Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2013, pp. 129-141 (272 p., 25 €). Plusieurs autres articles à retenir : sur Léopold Lacour, par Florence Rochefort ; sur Yves Guyot, par Yannick Ripa.

[3] Ici, Blanc renvoie à plusieurs auteurs — Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro —, sans indiquer de sources précises.

VOIR CI-DESSOUS LES LIENS VERS D’AUTRES ARTICLES CONCERNANT OLYMPE DE GOUGES