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Je poursuis ici la réflexion amorcée dans l’article « Contre Mathiez, Jacques Roux en “héros stalinien” ? » Il s’agit, je le rappelle, de savoir si, comme le suggèrent les préfaciers de la réédition du livre de Mathiez La Réaction thermidorienne, Gauthier et Bosc, Jacques Roux et les Enragés ont fait l’objet d’une récupération particulière des staliniens français dans les journal L’Humanité, au début des années 30 du XXe siècle. Cette récupération étant censée avoir servi à « fabriquer de toutes pièces » un « embryon de “parti prolétarien” », lui-même destiné à accréditer le mythe d’une « révolution bourgeoise ».

Je me suis livré pour ce faire à une recherche dans les numéros du quotidien disponibles sur le site Gallica à la date du 19 janvier 2014, sachant que sur les quelques 13 000 documents numérisés, une partie est inaccessible à la recherche dite « plein texte » (c’était le cas du n° dans lequel a été publié la nécrologie de Mathiez par Fréville, reproduite dans l’article susnommé). Cette recherche — sur les occurrences du nom de Roux, du terme Enragés, et du nom de Mathiez — ne peut donc prétendre à l’exhaustivité. En l’état, elle permet néanmoins de se faire une idée dont on va voir qu’elle contredit la thèse de la récupération stalinienne.

Je donne à la suite de l’articles quelques brèves notions biographiques sur les auteurs des articles évoqués dont le nom est suivi d’une astérisque.

«L’Humanité» des débuts : Jacques Roux, un précurseur & le camarade Mathiez

La première mention de Jacques Roux que j’ai trouvée figure, en une, dans L’Humanité du 11 juin 1909 (sixième année). L’article traite des projets et des difficultés de « L’économie parisienne », une coopérative de consommateurs fondée en 1881 et sise rue des Gravilliers :

C’est le vieux Paris industriel qui subsiste là. C’est le peuple des artisans que Jacques Roux, le prêtre niveleur animait, au temps de la Révolution, contre Saint-Just lui-même, qu’il accusait de “pouvoir dîner tous les soirs”.

L’expression « prêtre niveleur » est anachronique et peu précise ; la mention de Roux est anecdotique.

On ne le trouve pas cité dans une série de cinq articles de 1915, signés F. Le Botry[1], sur « Le “maximum” sous la Révolution[2] ».

Albert Mathiez a adhéré au parti en 1919, il l’a quitté en 1923. Pendant cette période, il collabore au quotidien, dans lequel il signe des articles. Par ailleurs, il est fréquemment cité pour son travail d’historien et d’éducateur populaire.

Ainsi L’Humanité du 23 février 1922 (p. 2) rend compte d’une conférence dans laquelle « Mathiez a campé magistralement la vigoureuse silhouette de Robespierre, l’Incorruptible à qui la postérité commence à rendre justice. L’orateur a marqué à plusieurs reprises le parallélisme existant entre les méthodes du grand révolutionnaire, et celles des communistes russes, qui ont su heureusement s’inspirer des exemples de 92, en les adaptant aux circonstances présentes. »

On reconnaît là les « assimilations erronées » auxquelles Fréville attribuera, en 1932, son adhésion erronée au parti.

 Dans L’Humanité du 6 avril 1922 (p. 2), c’est un « magnifique exposé de Mathiez », lors d’une autre conférence qui est salué.

La 13e Conférence de l’Ustica[3] a eu lieu hier soir, sous la présidence de notre ami Marcel Cachin, qui a salué en Mathiez non seulement un historien perspicace, mais un homme d’un grand courage civique. En effet, après le congrès de Tours [1920], alors que beaucoup d’universitaires, effrayés de l’orientation nettement révolutionnaire du Parti, se retirèrent avec les dissidents pusillanimes, Mathiez resta résolument avec les communistes.

Notre camarade A. Mathiez […] montre les différences essentielles entre la dictature bolcheviste qui repose tout entière sur l’antagonisme des classes et la dictature montagnarde qui n’a jamais été complète, qui n’a jamais pu, malgré la volonté de Robespierre, se dégager de l’individualisme. […] Marcel Cachin […] déclare que la gloire de Mathiez sera d’avoir montré sous son vrai jour la grande figure de Maximilien Robespierre “l’Incorruptible”.

À peine deux mois plus tard (L’Humanité, 23 mai 1922, en une et p. 2.), c’est à Victor Méric* que nous devons la première mention (dans le corpus) de Jacques Roux et de Varlet — association également retenue par Fréville pour symboliser le parti des Enragés — comme précurseurs communistes. L’article de Méric traite de Saint-Just, à l’occasion de la publication d’une étude de Marie Lenéru.

On a voulu voir en lui [Saint-Just] un socialiste. C’est une erreur. Les communistes de l’époque, les Varlet, les Jacques Roux, la fraction hébertiste n’eurent pas, avec Robespierre, de plus implacable adversaire. Les bourgeois jacobins n’entendaient pas qu’on touchât à la propriété ; il voyait dans les agitateurs populaires qui réclamaient des lois contre l’accaparement et préconisaient la communauté des biens, des suppôts de l’étranger.

C’est un pavé de taille dans la marre de l’unanimisme robespierro-mathiésiste. Ce qui n’empêche nullement Méric de faire l’éloge du livre de Mathiez La Révolution française (« La Révolution française et la guerre », L’Humanité, 13 juin 1922, en une).

 Le 1er octobre 1922 (en une et p. 2.) c’est encore Méric qui publie un article intitulé « Atrocités bourgeoises », dont l’extrême violence vise, semble-t-il, davantage la Terreur que toute autre cible. Il s’agit, en gros, d’une défense de la Tcheka russe, considérée comme un mal nécessaire, et surtout négligeable comparée aux atrocités des Carrier et cie, dénoncées par Babeuf « le premier communiste ». La bourgeoisie renie son passé terroriste… À noter, à la fin du troisième alinéa la mention de Jacques Roux en tant que « communiste » :

Le pharisaïsme des bourgeois républicains, héritiers et bénéficiaires de la plus abominable terreur qui ait pesé sur la France, déroute la raison. Ces braves humanitaires ne connaissent donc pas leur histoire ; ils ignorent les prouesses des “grands ancêtres” et comment la République — leur République — s’est fondée dans les massacres et parmi des flots de sang.

Ah ! ils n’y allaient pas par quatre chemins, les ancêtres vénérés ; ils ne se payaient pas de mots ; ils ne boudaient pas à la besogne. […] [Méric cite Amar, Collot d’Herbois, Fouché, Carrier, Lequinio, Tallien, Fréron, etc.]

Remarquez que je ne parle que de la terreur “légale”. Car pour le reste !… les massacres de septembre, à l’Abbaye, aux Carmes, à la Force, au Châtelet, à la Conciergerie et même à Bicêtre et à la Salpêtrière, avec accompagnement de soûleries, d’exploits obscènes, de dépeçages de cadavres… […]

Ces massacres organisés soulevaient le socialiste Babeuf d’indignation. Personne, d’ailleurs, ne pouvait se flatter d’y échapper : les révolutionnaires comme les autres, les communistes tels que Jacques Roux et ses amis comme les girondins et les royalistes. […]

Du point de vue de la terreur et du sang versé, la Révolution russe n’est qu’un jeu d’enfant à côté de la nôtre.

Indignez-vous, braves bourgeois du vingtième siècle, petits-fils des féroces jacobins. Publiez des volumes pour flétrir ce que vous appelez les atrocités bolchévistes. Mais, avant, vous feriez peut-être bien de laver tout le sang que vos glorieux grands-pères vous ont laissé sur les mains.

Une fois Mathiez parti

 Dans L’Humanité du 4 mai 1923 (en une) Marcel Martinet* livre un vibrant éloge de Jean Jaurès, auteur d’une Histoire socialiste de la Révolution française, qui a été rééditée avec un appareil de notes dû à Albert Mathiez. Le mérite de Jaurès serait, c’est moi qui résume, d’avoir décollé de la Révolution l’étiquette « bourgeoise » en tant qu’elle serait infamante et réductrice.

Jaurès « ici excellent humaniste et excellent marxiste en même temps », excusez du peu ! est « fidèle à la conception matérialiste de l’histoire pleinement comprise ».

Personne ne conteste que la Révolution française a marqué l’avènement social de la bourgeoisie, le peuple n’ayant eu d’autre profit que l’honneur de s’être brûlé les doigts à retirer, pour elle, les marrons du feu. Ce qui est abusif, ce contre quoi Jaurès proteste, c’est l’assimilation de la bourgeoisie révolutionnaire à notre bourgeoisie contre-révolutionnaire. C’est l’idée que la révolution n’a été, et consciemment de la part de la bourgeoisie, qu’un leurre pour le peuple, et que son souvenir n’a pour lui rien de réchauffant, rien de nourrissant.

Mathiez, éditeur de Jaurès, qui à cette date a quitté le parti communiste, n’est mentionné que pour recevoir une pique, et la mention « robespierriste » semble bien vaguement péjorative : « Comment d’ailleurs remuer sans passion cette cendre brûlante ? Quel écrivain l’a pu, le pourra jamais ? Ce n’est pas, en tout cas, le robespierriste Mathiez, qui a revu la présente édition, et qui n’a pu se retenir de rectifier dans ses notes les passages qu’il estimait injustes envers son héros ou injustement favorables à Danton, héros préféré de Jaurès. »

Le 13 mai suivant (p. 4), Martinet récidive dans un article intitulé « Le quatrième tome de l’histoire socialiste de Jaurès. La Naissance révolutionnaire de la République. » Nouvel éloge du « marxiste » Jaurès, et plus la moindre mention de Mathiez. Ni Jacques Roux ni les Enragés en général ne sont mentionnés dans ces deux articles.

Quatre ans plus tard, le 20 mars 1927 (p. 4) retour en grâce de Mathiez via un article d’Henri Barbusse, écrivain célèbre, qui salue la parution de La Vie chère et le Mouvement social sous la Terreur de Mathiez, publié en février de la même année :

Tous ceux qui cherchent avec raison à s’éclairer, en vue de la lutte présente et future, avec les exemples du passé, ont le devoir de profiter de la vaste, patiente et intelligente documentation d’Albert Mathiez.

L’article comporte une longue citation approbative de Mathiez, sur plus d’une colonne et demi (sur 7), et une mention plutôt anecdotique des Enragés : « Ce fut également en vain que les Montagnards, en possession du pouvoir à leur tour, essayèrent de parer à la situation en faisant quelques concessions aux Enragés qui réclamaient la taxation. »

Toujours en 1927, L’Humanité du 22 août (p. 2) publie dans sa rubrique éphéméride « La révolution dans l’histoire », pour la date du 22 août 1793, une évocation de l’arrestation de Roux, d’après les Actes de la Commune de Paris. La version « officielle » ainsi reproduite n’est, assez étrangement, ni discutée ni commentée :

Jacques Roux est accusé, entre autre friponneries, d’avoir distrait la majeure partie d’une collecte faite au corps électoral en faveur d’une infortunée. […]

[La Commune] arrête, en outre, qu’il sera recueilli, tant dans les registres du Conseil que dans ceux du corps électoral et des Jacobins, tous les faits à la charge de Jacques Roux, lesquels seront envoyés à la police.

On imagine l’étonnement, voire le désarroi, d’un abonné de l’Humanité à qui est assené sans mise en perspective cet acte d’accusation d’un révolutionnaire qu’on lui présentait comme un précurseur « communiste » cinq ans plus tôt.

En 1927 encore (L’Humanité, 29 septembre, p. 4), Georges Aubert[4] déclare se placer dans la continuité de l’article de Barbusse cité plus haut. C’est le nouveau livre d’Albert Mathiez La Terreur qui est l’objet de sa chronique, et de ses louanges. À travers lui, c’est Robespierre qui se trouve réhabilité (avec Saint-Just) comme précurseur de la lutte émancipatrice du prolétariat. Certes, cela ne signifie pas qu’ils sont les seuls, mais ils sont bien les seuls nommés (au détriment notamment des Enragés).

Si Robespierre et Saint-Just sont tombés quelques mois plus tard, c’est “en grande partie, dit Albert Mathiez, pour avoir voulu faire servir la Terreur à un nouveau bouleversement de la propriété”. Il ne semble pas qu’ils aient été compris des sans-culottes qui devaient profiter de cette révolution sociale, mais il convient de saluer leur mémoire et de leur faire une place parmi les précurseurs de la grande bataille pour l’émancipation du prolétariat.

Ce n’est que cinq années plus tard que se situe la nécrologie de Mathiez par Jean Fréville(L’Humanité du 8 mars 1932, p. 4), intégralement reproduite dans mon précédent article, et sa sévère mise au point anti-Mathiez et antirobespierriste, faisant au contraire la part belle aux Enragés.

Encore quatre ans, et Mathiez, accusé par Fréville d’accointance idéologique avec le fascisme via Herriot et les « jeunes radicaux », redevient « notre grand Mathiez » dans une « brève » anonyme intitulée… « Les radicaux et les jacobins » (L’Humanité du 23 octobre 1936, p. 2). S’y trouvent salués ou au moins mentionnés sans acrimonie particulière : Mathiez, Danton, et même Édouard Herriot !

Un journaliste souhaitait l’autre jour que la tradition jacobine animât les radicaux. Dût-il en demander pardon aux mânes de notre grand Mathiez [mort en 1932], il leur rappelait les phrases enflammées de Danton qui, sa fin n’y change rien, fut un temps l’inspirateur des grandes Journées de Paris. Leur grand tacticien aussi, comme Lénine l’a souligné.

Le général Brissaud-Desmaillet, rapporteur au congrès de Biarritz sur la défense nationale et démocratique, répond à ce vœu, en déclarant qu’il traite de la question “en reprenant l’esprit du Comité de Salut public”.

Au risque d’une indiscrétion, ajoutons que la Révolution française est présente à l’esprit des plus éminents leaders radicaux, si l’on en juge par les travaux du président Herriot, qui prépare une œuvre considérable sur “la Révolution à Lyon”.

L’année suivante, c’est encore un hommage à Mathiez, de la part du stalinien Jean Bruhat* (L’Humanité, 13 avril 1937, p. 4), dans la rubrique « Doctrine & histoire » : « La révolution française et “la conspiration de l’étranger” ».

« La documentation utilisée dans cet article est tirée des ouvrages d’Albert Mathiez, plus particulièrement de La Révolution française, tome III ; Autour de Danton, et surtout La Révolution et les étrangers. »

Nous sommes ici dans les basses besognes idéologiques dictées par Moscou, pour lesquelles Mathiez est convoqué sans chichis. À propos des instructions à un espion anglais en juillet 1793 : « À les lire, il vous apparaîtra que les trotskistes n’ont rien inventé. » Robespierre bénéficie-t-il du regain de popularité de son thuriféraire Mathiez ? Mais oui, le revoici en héros positif : « Robespierre, comme aujourd’hui Staline, préconisait la vigilance la plus extrême. »

Quant aux Enragés, même si leur rôle positif est rappelé, ils ont laissé des provocateurs pré-trotskistes se glisser parmi eux (des « espions » ; lesquels ? Bruhat n’en dit rien). Du coup, leurs méthodes se confondent : « sabotage, incendies, démagogie verbale ».

Après la chute des Girondins, Proli[5] s’est jeté dans le parti hébertiste. Car il faut l’avouer. Si les Enragés, puis les Hébertistes ont souvent traduit les revendications des masses populaires de Paris, ils ont laissé se glisser dans leurs rangs des espions. Ces espions poussant les Hébertistes aux mesures les plus extrêmes, divisaient le parti montagnard et organisaient la victoire de la contre-révolution. […] Staline avait donc raison — et les agissements contre-révolutionnaires des trotskistes ne sont pas chose nouvelle. Leur méthodes de lutte même : sabotage, incendies, démagogie verbale n’ont point le mérite de la nouveauté.

Retenons…

Que retenir du survol de ce « journal socialiste quotidien », devenu celui du parti communiste ?

Tout d’abord que les mentions de Jacques Roux et des Enragés y sont rares, dans les 35 années considérées, même si on les rapporte au nombre de fois où il est question de la Révolution française, que ce soit au détour d’un article ou au contraire dans des chroniques de livres à elles consacrés, ou encore dans des articles de vulgarisation historique.

Ensuite qu’il serait inexact d’affirmer que la ligne du journal a évolué jusqu’à attribuer à ce courant de la sans-culotterie, au moment de la période stalinienne, un rôle jugé positif d’ « embryon de parti prolétarien ».

En effet, au fil des années, Jacques Roux — le plus souvent cité des Enragés — est un précurseur communiste en 1922, dans la période que nous dirons « bolchevique » (Lénine meurt en 1924). Mais, en 1927, il est abandonné aux jugement de ses ennemis de 1793… pour redevenir un communiste sous la plume de Fréville en 1932, et être assez mal traité, lui et tous les Enragés, par le stalinien incontestable Bruhat, en 1937.

Supposons, ce qui n’a rien d’improbable, un lecteur ou une lectrice de la première heure (1904), fidèle à L’Humanité jusqu’en 1939, soit pendant trente-cinq ans. Supposons-les encore curieux de la Révolution française : les voilà fort embarrassés pour démêler ce que leur journal favori, et leur parti peut-être, veut les voir retenir de ces événements !

Et les Enragées ?

Je me suis particulièrement attaché à Roux et varlet puisqu’ils incarnaient « les Enragés » aux yeux de la plupart des auteurs cités. On se doute que si je n’ai mentionné nulle part les militantes de la Société des Citoyennes républicaines révolutionnaires, et notamment Claire Lacombe et Pauline Léon, c’est qu’elles n’apparaissent jamais, alors que les militantes de 1871, par exemple, sont (rarement, il est vrai) mentionnées.

Jamais ? Si pourtant : « Rose Lacombe » apparaît bien, une fois dans le corpus considéré, dans une chronique de 1909 (7 juin, p. 3) consacrée à la traduction en français d’un ouvrage allemand de Lily Braun, Le Problème de la Femme, son évolution historique, son aspect économique.

Passons sur le fait que le titre original est Die Frauenfrage — La Question des femmes —, ce qui n’est pas exactement la même chose que le « problème », et voyons quel genre de problème elles posent à l’auteur de la chronique, Gustave Rouanet*, au moins lorsqu’elles sont militantes, féministes de surcroît.

Sous la Révolution, un mouvement féministe se produisit, mais il eut peu de retentissement et de profondeur. Les journées d’octobre, pour avoir été une journée révolutionnaire accomplie par des femmes, ne furent pas à proprement parler, une journée féministe. Les clubs féminins ou des deux sexes que cite Lily Braun n’ont exercé aucune influence réelle sur la marche des événements. Olympe de Gouges, dont l’auteur [L. Braun] s’est plu à rappeler les démarches bruyantes [sic] ; Rose Lacombe, qui avait conduit les femmes à Versailles [inexact] et qui, en 1793, déclamait contre la “tyrannie de Robespierre”, ne retinrent que fort peu l’opinion publique.

Dans la notice du dictionnaire Maitron qu’il consacre à Rouanet, Justinien Raymond écrit : « Mathiez reconnaissait que Gustave Rouanet avait été un des premiers à remettre en honneur “le précurseur authentique de la démocratie sociale”, Maximilien Robespierre ». On voit quel rôle est dévolu aux femmes par Rouanet, dans cette « démocratie sociale » et parmi ses précurseurs…

* * *

Notices abrégées sur les auteurs

Méric, Victor (1876-1933). Anarchiste, collaborateur du Libertaire de Sébastien Faure il cofondera La Guerre sociale avec Gustave Hervé. Il adhère à la SFIO. Rallié au bolchevisme en 1919, élu au comité directeur du parti communiste en 1920. Proteste contre la dictature dans le parti ; non réélu en 1922. En janvier 1923 cosignataire dans l’Humanité d’une déclaration contre le centralisme « qui n’a plus rien de démocratique ». Il est exclu et participera à plusieurs regroupements d’exclus du parti.

Voir la notice de Michel Dreyfus et Nicolas Offenstadt dans le Maitron.

Martinet, Marcel (1887-1944).Poète, journaliste et militant. Directeur littéraire de l’Humanité entre 1921 et 1923.

Voir la notice de Jean Prugnot dans le Maitron.

Barbusse, Henri (1873-1935). Destiné à devenir pasteur, il sera athée, républicain et écrivain. Engagé en 1914, il publiera un récit des horreurs de la guerre, Le Feu, journal d’une escouade, qui fera sa notoriété. Sympathisant de la révolution bolcheviste, il adhère au parti communiste en en 1923. Cinq cent mille personnes assistent à ses funérailles.

Voir la notice de Jean Relinger dans le Maitron.

Bruhat, Jean (1905-1983) inscrit au parti en 1925 ; d’abord proche de cercles oppositionnels il devient un stalinien orthodoxe. Agrégé d’histoire, « il publia régulièrement des chroniques dans l’Humanité et dans Les Cahiers du Bolchevisme, approuvant les procès de Moscou conduits par Vichinsky et les condamnations qui s’en suivaient dont il trouvait justification par analogie avec Le Châtiment des espions et des traîtres sous la Révolution française (brochure, 64 p., 1937). Il collabora à la réalisation du film La Marseillaise de Renoir. » Après 1956 et les dites « révélations » de Kroutchev au XXe congrès du PCUS, il prend quelques distances avec le parti.

Voir la notice de Jean Maitron, complétée par Claude Pennetier.

Rouanet, Gustave (1855-1927), journaliste, il collabore au Cri du peuple de Vallès, puis fonde La Revue socialiste, avec Benoît Malon. « À partir de mars 1886, il publia dans la Revue une série d’articles sur le travail des femmes et des enfants qui inspirèrent une proposition de loi que la Société soumit aux députés ouvriers. Il s’agissait moins, dans son esprit, de protéger le travail de la femme que d’en demander l’élimination, « si on veut apporter une modification sérieuse à l’état actuel des travailleurs » (n° de mars 1886, p. 196). Écartant le problème de savoir si l’émancipation de la femme résulterait « de son asservissement économique qui la soustrairait à la tutelle du mari », Gustave Rouanet écrivait qu’il s’agissait de “courir au plus pressé, d’affranchir le travail de l’homme de la concurrence de celui de la femme et de l’enfant” (ibid). Cette idée, conforme à une préoccupation alors assez courante, souleva les protestations des féministes jusque dans la Société républicaine d’Études sociales. » Député socialiste en 1893, franc-maçon.

Participe à la fondation de la Société des études robespierristes, dont il sera le vice-président. « De 1916 à 1919, Gustave Rouanet publia dans les Annales révolutionnaires dix articles sur les débuts de Robespierre et la Constituante. Ils “ne se distinguent pas seulement, dit Mathiez, par une documentation merveilleuse de nouveauté et de richesse, ils témoignent d’une familiarité prolongée avec tout le personnel politique de l’époque. Inspirés du seul souci de la vérité, ils sont vraiment d’un maître […]. Ils prouvent lumineusement que le robespierrisme de Rouanet reposait sur les bases les plus solides”. »

Voir la notice de Justinien Raymond dans le Maitron.


[1] Ce nom (ou pseudonyme) ne figure pas dans le dictionnaire Maitron.

[2] N° I, 9 juillet 1915, p. 3 ; n° II, 19 juillet 1915, p. 3 ; n° III, 26 juillet 1915, p. 3 ; n° IV, 2 août 1915, p. 4 ; n° V, 9 août 1915, p. 3.

[3] Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture. Son secrétaire (1921), Roger Francq, était membre du parti communiste. Série de 14 conférences ; Mathiez en prononce 3. Voir Friguglietti, James, Albert Mathiez historien révolutionnaire (1875-1932), 1974, p. 157.

[4] Je ne trouve pas trace d’un Georges Aubert collaborateur du quotidien communiste, même si le Maitron connaît un militant communiste de ce nom, dans les Basses-Alpes.

[5] Un banquier.