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Dans la logique de l’actuelle recomposition/décomposition de l’extrême droite, et dans la suite des manifestations religieuses contre l’ouverture du mariage aux homosexuel(le)s, lors desquelles on avait assisté (en 2013) au spectacle croquignolet de militant(e)s catholiques brandissant des pancartes proclamant « On veut du sexe, pas du genre ! », une nouvelle offensive idéologique vise l’école et les enseignements destinés à prévenir les inégalités entre les filles et les garçons.

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J’avais déjà souligné, à propos du slogan ci-dessus rappelé, à quel point la relative banalisation (récente et fragile) des thèmes égalitaristes dans les institutions (droit pénal, école, etc.) provoque ou aggrave un trouble profond d’une partie des populations occidentales face aux questionnements de genre. Particulièrement les personnes pour lesquelles les superstitions religieuses (on me pardonnera ce pléonasme commode) demeurent les seuls cadres de pensée susceptibles de les rassurer devant le vide aspirant de la mondialisation marchande.

Il s’agit aussi dans certains secteurs, et de manière parfaitement délibérée cette fois, d’amplifier le « retour de bâton » (en anglais backlash[1]) contre les avancées du droit des femmes, portées par les féministes depuis les années 1970. On en voit les signes les plus récents aussi bien dans tel manifeste prônant la sanctuarisation de la prostitution à l’usage des hommes (France) que dans les régressions du droit à l’avortement (Espagne).

Lorsque ce pot-pourri de haines recuites et de terreurs archaïques semble manquer par trop de « liant », c’est le vieux fond de sauce antisémite qui reprend du service : le soi-disant humoriste Dieudonné affirme ainsi — sérieusement, hélas ! — que « le sionisme est derrière les mouvement féministes hystériques » (à Alger, le 14 février 2013, voir Liberté-Algérie.com).

Le « genre » ou gender, en américain dans le texte français, est donc devenu une cible, non pas tant d’universitaires bousculé(e)s dans leurs habitudes (il y en a aussi), que d’activistes par SMS semant la panique dans des familles, de préférence ouvrières et d’origine maghrébine, en inventant je ne sais quel apprentissage de la masturbation en classe. Soit dit en passant, ce thème de rumeur et de réprobation panique n’est pas original ; j’ai rappelé dans Je Chante le corps critique[2] qu’il avait coûté son poste à la ministre de la santé de Clinton, Joycelin Elders.

À l’origine et responsable de toutes les horreurs imaginables — et encore d’autres, bien pires ! — serait la « théorie du genre », que l’« on » — le « lobby gay-LGTB », sûrement ; le « lobby sioniste international », qui sait ? — essaierait d’introduire (noter la connotation) dans l’école et dans l’intimité des chères têtes de toutes couleurs.

Je dois dire que la première salve de réactions et dénégations m’a plus que surpris, abasourdi. Tous les efforts semblent porter… sur le mot théorie !

Une thé-o-rie ?! Où ça ? «Je ne l’ai jamais rencontrée», assure avec aplomb Najat Vallaud-Belkacem, en sa qualité bien venue de ministre des droits de la femme.

À ce point du discours de dénégation, on attendrait une rectification sur le mode : « Le genre n’est pas une théorie, c’est un concept ».

J’ignore s’il est venu à l’idée de qui que ce soit au gouvernement d’adopter cette ligne de « défense », mais les conseillers en communication ne sont pas (quoi qu’on en dise) tous des abrutis, et l’effet produit en interne, même sur les animaux domestiques, annonçait la réaction des populations : un éclat de rire général. Suivi de réactions unanimes et plus ou moins violentes sur le thème « Se foutent vraiment d’not’ gueule ! ».

Et en effet, reconnaissons-le, expliquer au journal de 20 h qu’un concept n’a rien à voir avec une notion théorique, n’est pas un exercice facile.

On a choisi une pauvre échappatoire : vous entendrez ainsi répéter sur tous les tons qu’il n’existe pas de « théorie du genre » mais des « études de genre »…

Aussi acculturé et ignorant des subtilités universitaires que soit le public concerné, j’évalue à une part infinitésimale la proportion d’icelui qui ne se dira pas, au moins confusément, dans son for intérieur : « Comment ces gens-là peuvent-ils faire des “études de genre” sans “théorie du genre” ? »

Cette question, qui peut se traduire également par « Ne serait-on pas en train de se payer ma tête? », ne me paraît pas, sur le fond, pouvoir être écartée d’un revers de main.

D’autant que je suis bien convaincu que ce « revers de main » aura été ressenti comme une paire de claques par quelques dizaines de milliers de personnes, que l’on prétendait justement ramener dans le bon sens commun et républicain, un et indivisible.

L’usage du mot « théorie » n’est pas fautif parce que hors sujet, inapproprié, comme la réaction officielle (et pas seulement, hélas !) veut le faire croire. Si je m’en tiens tout simplement à la définition du Petit Robert, une théorie est « un ensemble d’idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisés, appliqué à un domaine particulier ». Le genre étant un concept, ou plus précisément selon Joan W. Scott, l’une de ses premières théoriciennes (eh !) « une catégorie d’analyse », il peut faire partie d’une théorie (féministe, par exemple), il n’est pas à lui seul une théorie. Pas de quoi écraser le vulgaire de son mépris !

Il y a heureusement des réponses plus nuancées, qui ne prennent pas leurs destinataires pour des demeuré(e)s. Je pense notamment à une pétition d’enseignants et de chercheurs de l’Université de Strasbourg, intitulée : Pour en finir avec les idées reçues. Les études de genre, la recherche et l’éducation : la bonne rencontre*. J’en donne quelques extraits :

 *Je signale [6 février] qu’une pétition reprenant l’esprit du texte ci-dessous, avec des modifications, est désormais disponible à la signature sur Internet en suivant ce lien.

NON, la prétendue « théorie du genre» n’existe pas. Le genre est simplement un concept pour penser des réalités objectives. On n’est pas homme ou femme de la même manière au Moyen-Âge et aujourd’hui. On n’est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie. On n’est pas homme ou femme de la même manière selon qu’on est cadre ou ouvrier. Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences.

OUI, les programmes scolaires invitent à réfléchir sur les stéréotypes de sexe, car l’école, le collège, le lycée sont le lieu où les enseignants promeuvent l’égalité et le respect mutuel, où les enfants apprennent le respect des différences (culturelle, sexuelle, religieuse).

OUI, l’école est le lieu où l’on permet à chacun, par les cours de français, d’histoire, de SVT, d’éducation civique, d’éducation physique, de réfléchir sur les conséquences néfastes des idées reçues et d’interroger certains préjugés, ceux qui ont fait que pendant des siècles un protestant ne se mariait pas avec une catholique, ceux qui font que l’on insulte encore aujourd’hui une ministre à cause de sa couleur de peau, ceux qui font que des petits garçons sont malmenés aux cris de «pédés» dans la cour de l’école, ceux qui font que Matteo n’osera jamais dire qu’il est élevé et aimé par deux mamans, ceux qui font qu’Alice veut mourir car on la traite de garçon manqué, ceux qui créent la haine et la discorde. […]

«Vati liest die Zeitung im Wohnzimmer. Mutti ist in der Küche[3]». Voilà comment les petits Alsaciens apprenaient l’allemand, à travers les aventures de Rolf et Gisela, dans les années 1980. Réfléchir sur le genre, c’est réfléchir sur les effets de ce type de messages.

En permettant aux élèves de se demander pourquoi les princesses ne pourraient pas aussi sauver les princes, en montrant que, selon les lieux et les époques, les rôles des hommes et des femmes ont varié et que l’amour a des formes multiples, les chercheurs, les enseignants et les professeurs des écoles permettent aux enfants, citoyens et citoyennes de demain, de construire un monde plus égalitaire et plus harmonieux.

 

Sans adhérer à l’angélisme citoyenniste et Juleferryste qui imprègne la conclusion du texte, j’apprécie qu’il soit combatif, au lieu de donner l’impression de déplorer un simple malentendu créé par la regrettable ignorance du peuple, dont abusent de pernicieux agitateurs (même si c’est exact, ça ne constitue pas une analyse ni ne peut fonder une riposte).

 

Tant que nous y sommes…

 

Au centre de la question du genre, c’est-à-dire de ce que l’on a appelé longtemps en France les « rapports sociaux de sexe » (c’est bien long !), se trouve la question de l’articulation entre « nature » et « culture ». Il n’y a de « question » qu’intellectuelle ; il s’agit donc d’idées, lesquelles sont maniées, consciemment, ou au contraire de manière innocemment intériorisée, en fonction de théories : théories politiques, théories du langage, théories de la connaissance, etc. Ainsi, l’existence de quelque chose qui mérite d’être désignée comme « la nature » peut-elle être questionnée, et mérite de l’être. Questionner une notion suppose évidemment de l’identifier comme telle, et non comme une donnée immanente, de préférence préexistante à toute pensée humaine. On reconnaît ici le spectre de l’utopie la plus nuisible à la pensée humaine, quoi qu’elle en procède, je veux dire « dieu ».

Cela ne signifie pas pour autant que le questionnement, ou la mise en questions d’une notion vise systématiquement son éradication. Même si ça peut aussi être le cas, et si certaines (re)mises en cause provocatrices peuvent donner l’impression, justifiée dans certains cas me semble-t-il, que tel(le)s « déconstructivistes » de la pensée sont si mal à l’aise avec eux-mêmes, les autres et la condition humaine (comment leur en vouloir ?), que leurs efforts visent à réaliser le même degré de chaos dans le monde extérieur qu’ils connaissent déjà dans leur moi. Tentative pitoyable — et plutôt nuisible pour tout le monde — d’harmonisation dans la souffrance.

Une grande part des questions que la philosophie, l’histoire, la sociologie, l’ethnologie, etc. permettent de poser trouvent leur valeur pour la pensée humaine, non pas dans les réponses qu’elles peuvent produire, mais bien plutôt dans les échanges, les associations d’idées, les découvertes de hasard qu’elles nécessitent et suscitent.

Ce qui compte, surtout si l’on garde présent à l’esprit que l’essentiel de la pensée humaine vise à construire un sens à la vie, individuelle et collective (l’une ne pouvant se dissocier de l’autre qu’au prix de l’autodestruction), n’est donc pas d’ « apporter une réponse » à telle question, mais ce que peut apporter l’examen de la question.

C’est ici que nous rencontrons le concept le plus surprenant qui soit : le concept de concept. Un concept est une idée, je dirais un élément de théorie (désolé !), dans la mesure où il n’a de sens et de valeur qu’autant qu’il s’inscrit dans une théorie, étaye une théorie ou réfute une théorie. Certains concepts de très bonne qualité permettent d’atteindre ces trois objectifs. On les reconnaît au fait qu’ils sont déclarés obsolètes, ayant trop servi (voyez « lutte des classes »), sans que quiconque puisse dire sérieusement par quoi ils pourraient bien être remplacés (voyez « Éric Hazan »).

Le concept est à la pensée ce que le couteau suisse est à la randonnée. Souvent d’importation, il peut coûter cher, et pèse parfois lourd dans le sac. Quant à l’utiliser sans se casser un ongle… Mais si vous n’en possédez pas, vous ferez rire de vous, d’autant plus si vous avez besoin dans la même soirée d’un tournevis, d’une lime à ongle et d’un tire-bouchons.

Le succès n’entraîne pas exactement les mêmes conséquences pour les deux outils. Le couteau ne sera jamais oublié à l’heure du départ. Le concept, lui, passe dans le vocabulaire courant, sans que l’on se préoccupe de son sens exact, de son origine… et de son inventeur(e).

Joan W. Scott s’en plaint amèrement. Le « genre » n’est pas seul concerné, bien entendu. Seul(e)s des doctorant(e)s avides de reconnaissance institutionnelle prennent la peine de signaler[4] en note, dès l’introduction de leur travail, la paternité d’Habermas dans le concept d’ « espace public », que n’importe quel journaliste utilise à longueur de colonnes.

Pour être utilisé, le couteau doit être ouvert (avec les risques sus-évoqués). Pour être utile, le concept se doit d’être « opératoire ». Cet adjectif est dérivé, au XVIIIe siècle, de opérer, du latin operari puis operare : « travailler, accomplir un travail ». L’opération, à partir de operare, s’inspire du bas latin operatorius, « qui opère, efficace ». D’abord d’emploi plutôt négatif — « choc opératoire » au début des années 1900 —, il gagne un sens positif d’efficacité logique au fil du XXe siècle[5]. Un concept opératoire est donc un concept efficace, en tant qu’il permet d’opérer un travail intellectuel.

L’une des définitions du concept de genre donnée par Joan W. Scott est la suivante : « Le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir. Ce serait mieux de dire, le genre est un champ premier au sein duquel, ou par le moyen duquel le pouvoir est articulé[6]. »

Elle évoque, dans un autre texte, l’utilité, notamment en histoire, des questions que le genre permet de poser :

Ces questions mettent en avant des analyses différentes de celles qui essaient de mesurer l’impact qu’ont eu des régimes particuliers ou des politiques publiques sur les femmes (par exemple, la condition de celles-ci s’est-elle améliorée du fait de la Révolution française ou s’est-elle détériorée ?) ; ou encore l’effet émancipateur, lié à l’obtention du droit de vote ou à l’accroissement de la participation féminine au marché du travail, sur la condition des femmes. Elles ne présupposent pas qu’existe une collectivité constante et homogène appelée « les femmes », sur laquelle s’exercent des effets mesurables. Mais elle interroge la catégorie « femmes » elle-même en tant qu’événement historique ou politique dont les circonstances et les effets sont les objets d’analyse. […] Au lieu de réinstaurer les termes naturalisés de la différence (sexuelle) sur lesquels les systèmes de différenciation et de discrimination (le genre) sont construits, l’analyse doit débuter en amont et poser la question de savoir comment la différence sexuelle elle-même est mise en jeu comme un principe et une pratique de l’organisation sociale.

Je renvoie au recueil publié par J. W. Scott en français sous le titre De l’utilité du genre (Fayard, 2012), dans lequel l’extrait ci-dessus figure aux pages 100-101 dans l’article intitulé « Quelques autres réflexions sur le genre et la politique ».

J’ajoute que l’un des deux intérêts immédiatement perceptibles du concept de genre dans la recherche historique actuelle, même s’il ne semble pas combler les attentes plus exigeantes et plus subtiles de Scott, est de fonctionner (le verbe est ici adéquat) comme un laisser-passer, un pass magnétique (dirais-je, si je ne craignais les vagues relents charlatanesques du terme), pour l’étude à nouveaux frais d’événements, de publications ou d’idéologies.

L’autre étant évidemment de déconstruire et réfuter le caractère pseudo-« naturel », ou « divin », ce qui en l’occurrence revient au même, des assignations de rôles sociaux et sexuels — pléonasme : ces derniers sont sociaux comme tous les autres[7] — en fonction du sexe biologique de naissance.

La question, évoquée au début du présent paragraphe, de l’articulation/contradiction entre « nature » et culture pose aussi quelques problèmes d’énonciation pédagogique.

Par exemple — ici les personnes mal disposées sont invitées à se livrer à tel exercice qui leur permet ordinairement de se détendre : respirer à fond, se moucher, effectuer quelques mouvements d’assouplissement… — la théorie (c’en est une) d’origine philosophique et/puis révolutionnaire des « droits naturels de l’homme » (ou de la personne), n’a rien de « naturelle », quoi qu’elle se prétende fondée par la nature…

C’est une vision du monde. Un parti-pris philosophique, au fondement de la République. Et si je devais articuler un « reproche » (parmi d’autres, soyons franc) envers la République originelle, ce ne serait certainement pas de s’être fondée de la sorte, mais de n’avoir pas même retenu les restrictions au droit de propriété (jugé « naturel », comme les autres) que proposait Robespierre. Mais je mets bien sûr des guillemets au mot « reproche » : il serait naïf et inopérant de « reprocher » moralement à la bourgeoisie de n’être pas communiste. Elle n’est pas partageuse, c’est là non son défaut, mais sa « nature », sa caractéristique, son intérêt égoïste.

Ce parti-pris philosophique et politique, il ne servirait à rien de le mettre sous le boisseau. Il se trouve aujourd’hui attaqué plus ou moins frontalement par des minorités politiques et religieuses, les unes et les autres (le secondes peut-être davantage) ayant hélas devant elles d’assez confortables marges de progression. Il importe de le réaffirmer jusque dans le choix des termes. C’est pourquoi je crains qu’un récent communiqué de l’association Mnémosyne (dont je suis adhérent) ne soit maladroit dans le choix de certains de ses termes :

Association professionnelle regroupant enseignant-e-s, chercheurs, étudiant-e-s en histoire des femmes et du genre nous tenons à rappeler que le genre sert tout simplement à décrire comment se construisent les inégalités entre les sexes. L’égalité salariale hommes-femmes, la sexualité, la lutte contre les stéréotypes, la mixité scolaire, ne sont pas « contre nature », et nous continuerons à promouvoir une histoire mixte, un enseignement égalitaire, et la prise en compte du genre.

 

À strictement parler, d’un point de vue historique, « l’égalité salariale hommes-femmes, la sexualité [sic], la lutte contre les stéréotypes, la mixité scolaire » sont bel et bien « contre-nature », comme antagonistes, construits contre l’idée d’une nature, nature « naturelle » de certains écologistes, nature créée par un dieu pour les sectateurs d’un monothéisme (avec toutes les nuances et exceptions afférentes, qui ne changent rien au fond). J’ai souligné d’un sic le terme « sexualité » qui a peut-être été accidentellement privé d’un adjectif qualificatif. Clarifions : l’érotisme est par essence « contre-nature ». Il est tout culture, et avec lui d’ailleurs toute espèce de manière de considérer la dite « sexualité ».

Tout se passe comme si, après les incidents autour du dit « foulard » à l’école d’il y a quelques années, nombre d’excellentes personnes connaissaient un nouveau « mauvais réveil », réalisant que les années de relatif « apaisement » dans la laïcité républicaine, période à la vérité fort courte, entre le milieu des années 1960 et le début des années 1980[8], sont derrière nous et qu’il importe d’inventer de nouveaux réflexes de combat, évalués non seulement sur leur « orthodoxie » théorique mais sur leur efficacité.

Loin de moi l’idée naïve de prôner je ne sais quelle « union anti-sacrée » qui ferait de Mme Vallaud-Belkacem une camarade de combat. La « laïcité » n’est certes pas une valeur-panacée, pas plus que l’ « antifascisme » n’est le meilleur antidote contre la résurgence néo-nazie. Nous savons également que certains partisans de la première frayent aujourd’hui sans complexe avec des fascistes et que l’« antifascisme » a contribué à détruire la Révolution espagnole et à faire ainsi le lit du fascisme européen. Donc, pas de « plus petit dénominateur commun », qui ne mène qu’à se battre sous d’autres couleurs que les siennes et fait le jeu de l’adversaire.

Au moins, si je m’en tiens à l’idée développée dans ce texte, la période présente risque d’être, malgré tout ce qu’elle a par ailleurs d’inquiétant, enrichissante et pourquoi ne pas le dire excitante, par ce que les réflexions et les échanges auxquels nous sommes dors et déjà contraint(e)s nous apporteront, plus que par le rabâchage de vieilles solutions, inopérantes.

Contre toutes les religions et contre toutes les idéologies autoritaires, l’histoire des femmes et du genre, la lutte actuelle pour la complète égalité des droits, sans oublier leur indispensable extension, constituent un axe d’action et de réflexion privilégié.


[1] Titre du livre de Susan Faludi sur le retour de bâton antiféministe.

[2] Chapitre III : « Le corps des femmes : Gestion — Élimination », p. 150.

[3] « Papa lit le journal dans la salle de séjour. Maman est à la cuisine. »

[4] Et ce, préciserai-je tout en étant certain d’être démenti, sans jamais avoir lu l’ouvrage fondateur du maître.

[5] Voir le Dictionnaire Robert historique de la langue française, dirigé par Alain Rey.

[6] « Genre : une catégorie utile d’analyse historique », Cahiers du Grif, Le Genre de l’histoire, 1988, n° 37-38, p. 125-153 (Trad. par Eleni Varikas), p. 143. [Persée].

[7] Je recommande (pourquoi surjouer l’humilité… et puis j’évite d’y « renvoyer » sèchement l’internaute) la lecture de mon texte sur les dits « besoins sexuels masculins ».

[8] Période correspondant grosso modo à celle durant laquelle il fut possible de faire l’amour à la fois sans risquer de donner la vie et sans risquer la sienne propre.

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Échos…

Ce texte est relayé par le blog INCENDO, consacré au rapport entre genre et classes.

…et sur Rezo.net

…et sur Inform@ctions

…et

…et sur le site dédié à la pétition «Les études de genre, la recherche et l’éducation :La bonne rencontre », largement citée plus haut.