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Pour certains documents rares et/ou manuscrits, qu’historien(n)es, chercheuses et chercheurs sont amené(e)s à citer, il est d’usage d’indiquer la bibliothèque qui les possède et la cote sous laquelle ils sont conservés. C’est à la fois (en principe) une preuve de consultation du document, et en tout cas le moyen donné aux lectrices et lecteurs d’aller vérifier l’usage que vous en avez fait et de prolonger sa lecture et son interprétation.

Techniquement, une cote est un code. Naguère, ce code, figurant sur des fiches en carton et reporté sur un formulaire de demande en papier, permettait au magasinier de repérer le document dont la consultation était souhaitée dans différentes pièces et étagères. Aujourd’hui, dans toutes les grandes bibliothèques et centres d’archives, ce code doit être entré, via un ordinateur, dans le système informatique de la bibliothèque, et c’est ce système qui transmet la demande à une personne humaine, rémunérée pour aller chercher le document dans les magasins.

Naguère, si vous écriviez sur une fiche de demande aux Archives nationales « F 7 », le magasinier comprenait que vous souhaitiez un document dont la cote commençait par « F». Aujourd’hui, le système ne reconnaît pas les chiffres en exposant. Il ne reconnaîtra pas davantage le code « F7 ». Le code a changé !

Il est essentiel, même si malaisé, de se sortir de la tête l’idée que « la-cote-est-la-même-mais-on-a-modifié-sa présentation ». La cote qui est un code, a changé.

La cote « F10 1292 », par exemple, est devenue « F/10/1292 ». Non seulement il n’existe plus de chiffre en exposant, mais on a introduit des barres obliques. Si vous tenez absolument à reconnaître nostalgiquement dans la cote actuelle les éléments de l’ancienne, dites-vous qu’il s’agit d’une traduction, dans un autre code informatique. L’avantage est qu’il est relativement simple, je dis bien relativement, d’opérer la traduction de l’ancien système dans le nouveau. On y est aidé, pour les Archives nationales, par la dite « Salle des inventaires virtuelle » (voir par ailleurs sur ce blog ce qu’on doit penser de la suppression de la salle réelle), où l’on peut taper dans un cartouche le début supposé d’une cote, le système vous proposant automatiquement les suites possibles.

Une fréquentation rapide des lieux peut donner l’impression trompeuse que le nouveau langage consiste à intercaler des barres obliques, par deux si nécessaire, entre tous les éléments d’une ancienne cote. Erreur. Il existe des cotes comme celle-ci : « F/1cI/12 », dans laquelle le nombre de barres est deux fois moindre que celui des espaces éventuels. C’est comme ça, et le système perd en ces circonstances toute « intuitivité » et n’a rien à vous proposer. À vous de parvenir à la bonne solution… en essayant toutes les combinaisons possibles, avec ou sans barres. C’est fastidieux. Or, en lui vendant un livre ou une revue, le chercheur n’est pas censé fournir à l’acheteur un rébus ou un jeu de piste, mais des informations actuellement fiables. Ce pourquoi je vois mal sous quel prétexte on peut fournir autre chose qu’une cote exacte, immédiatement utilisable pour commander un document, surtout lorsqu’il s’agit de cotes figurant sur des catalogues accessibles en ligne (il y a, hélas ! des cas particuliers de systèmes dans lesquels personne ne se retrouve, à commencer par les malheureux qui s’en servent tous les jours).

J’admets volontiers que nous sommes dans une période de transition inévitable. C’est ainsi que l’on peut trouver dans un même article, par exemple du n° 374 des Annales historiques de la Révolution française, une cote périmée et une cote à jour.

L’atrabilaire que je suis s’agace particulièrement de certaines formes hybrides, comme celle-ci, relevée dans Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution française, de Haim Burstin (Vendémiaire, 2013) : « BnF, Lb40 1150 ».

La cote est fausse, et depuis un bon moment. Les brochures éditées par le Comité de police de l’Assemblée des représentants de la Commune de Paris se trouvent aujourd’hui sous la cote « LB40-1150 ». En revanche, par compensation ? on a soigneusement « actualisé » l’abréviation classique BN — pour « Bibliothèque nationale » — en traduisant son nouveau sigle commercial BnF, pour « Bibliothèque nationale de France ». Or il n’existe aucun motif de logique typographique pour abrévier ce syntagme en « BnF » au lieu de « BNF[1] ».

Je m’en tiendrai pour ma part à la mention « BN », sans manquer de signaler, si nécessaire, qu’il s’agit dans telle occurrence de la Bibliothèque nationale du Kamchatka, si cette institution existe…

 


[1] Par un heureux hasard, la confusion avec la bibliothèque de Florence est impossible, non que celle-ci ne soit « nationale » — ces prétentieux d’Italiens ont, sous prétexte d’Histoire, plusieurs bibliothèques « nationales » —, mais elle est par surcroît « centrale ». Ainsi la Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze s’abrévie «BNCF». Ouf !

 

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Nouvelles du blog (25 mars 2014) : La Révolution et nous vient de dépasser les 21 000 consultations.