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Je m’étais jusqu’ici intéressé presque exclusivement aux Enragé(e)s agissant à Paris, avec une exception pour les Lyonnais qu’avait fréquentés Théophile Leclerc (les « Chalier »). La tâche entreprise ici de constituer progressivement une bibliothèque virtuelle de documents utilisables en mode texte (par copier/coller), et les moyens techniques sans commune mesure avec ceux disponibles il y a vingt ans me donnent l’occasion et le moyen de combler cette lacune.

Je commence par republier ci-après la première partie (sur deux) d’un article d’Albert Mathiez intitulé « Un enragé inconnu Taboureau de Montigny », publié initialement dans les Annales historiques de la Révolution française, en 1930 (t. VII, pp. 209-230). La seconde partie suivra, puis j’évoquerai les travaux de Georges Lefebvre (lesquels, n’étant pas dans le domaine public, ne peuvent être repris in extenso). Peut-être sera-t-il possible par la suite de compléter les informations disponibles, dues à ces deux auteurs sur l’avocat d’Orléans.

Mathiez, on le verra dès les premières lignes de son texte place très haut Taboureau de Montigny, plus haut que Roux, en tout cas. Il est vrai qu’il n’aime guère ce « curé rouge » (« Alors que Jacques Roux, le chef des Enragés parisiens, continuait à dire sa messe en pleine Terreur, Taboureau attaquait “l’autel de la supersti­tion” »).

Lefebvre, lui, pour justifier le classement de Taboureau parmi les Enragés, évalue sa doctrine par rapport à Jacques Roux. Commentant le texte de la Réponse des sections du Calvaire et de l’Hôpital réunies à l’adresse des corps administratifs relativement aux taxations de comestibles, rédigé par Taboureau, Lefebvre écrit : « Jacques Roux n’aurait pas désavoué le morceau. Taboureau mérite bien d’être classé parmi les Enragés1 ».

L’originalité de Taboureau, que Mathiez met en lumière, est d’avoir très tôt (dès 1789) théorisé un système de taxation des prix pour assurer le droit aux subsistances. Il postule également un droit naturel à la terre.

Mathiez voit dans l’action de Taboureau, qui ne s’est pas contenté d’écrire des libelles mais a agi avec les sections orléanaises, l’illustration qu’ « au dessous de la Révolution officielle et bourgeoise il y en eut pourtant une autre, toute populaire, qui est restée dans la pénombre ». Il ajoute, à propos des textes que l’avocat rédigea pour ses concitoyens ou qu’il leur fit adopter : « C’est en lisant de pareils documents qu’on se rend compte de l’erreur profonde des historiens qui persistent, malgré l’évidence, à nier que la lutte des classes a joué un rôle dans les crises politiques de la Révolution ». Erreur qui n’a cessé depuis de prendre des tournures nouvelles, jusqu’aux écrits récents d’Éric Hazan, décrivant — pour la mieux magnifier ! — une Révolution sans lutte des classes puisque sans classes.

Nota. J’ai créé plusieurs alinéas pour mieux mettre en valeur les citations de Taboureau. Les cotes de la BN et des AN ont été actualisées.

Les Enragés sont les agitateurs populaires qui proposaient comme remèdes au renchérissement excessif et à la rareté des subsistances et des denrées de première nécessité, la réquisition, la taxation ou fixation officielle des prix, et la répression de l’accaparement. On commence à connaître les Enragés parisiens : le prêtre Jacques Roux, le commis des postes Varlet, qui se faisait appeler Apôtre de l’Égalité, le volontaire et journaliste Théophile Leclerc d’Oze. On sait qu’ils acquirent une grande popularité parmi les masses souffrantes et que leurs manifestations inquiétèrent la Commune, le Comité de Salut public et la Convention elle-même pendant la plus grande partie de l’année 1793. La loi sur l’accaparement et le maximum furent leur œuvre. Ils forcèrent les gouvernants à renoncer malgré eux à la liberté économique et à remettre en vigueur les vieilles mesures d’intervention et de réglementation de l’ancien régime.

Ce qu’on connaît moins bien, ce sont les agitateurs qui opérèrent loin de Paris, dans les départements et qui se firent, eux aussi, les organes des classes déshéritées en proie à la disette et à la misère. L’histoire, qui ne s’attache qu’aux premiers rôles, a oublié jusqu’aux noms de ces hommes obscurs qui déployèrent cependant un courage réel, souvent récompensé par la prison et les persécutions. Au dessous de la Révolution officielle et bourgeoise il y en eut pourtant une autre, toute populaire, qui est restée dans la pénombre, parce qu’elle n’a pas réussi ou plutôt parce que ses brefs succès ont été arrachés de haute lutte et ont disparu avec les circonstances qui les avaient imposés.

Les principes des deux Révolutions, l’officielle et la populaire, s’opposaient. L’une reposait sur l’individualisme, l’autre sur le solidarisme. L’une déniait à l’État tout droit d’intervention dans le domaine économique. Elle faisait de la propriété individuelle un dogme. L’autre, toute imprégnée de la vieille conception de l’État-Providence et de la notion chrétienne du juste prix, plaçait au-dessus du droit de propriété le droit à la vie et sommait les gouvernants de venir au secours des pauvres dans leur lutte inégale contre les détenteurs des richesses et des biens.

La plupart du temps, les Enragés n’avaient pas raisonné leurs doctrines. Les mesures qu’ils proposaient ne sortaient pas de vues théoriques, mais des nécessités de la situation. Ils étaient de purs empiriques. Assez différent des autres est l’Enragé d’Orléans Taboureau de Montigny, sur lequel j’ai réuni quelques renseignements. Celui-ci n’a pas attendu 1793 pour demander la fixation des prix. Il est en possession d’un système qu’il formule dès 1789 et ce système n’a pas été conçu uniquement pour remédier à une crise temporaire. Dans la pensée de son auteur, il doit s’appliquer en permanence, car il est la condition de la société juste. C’est le statut économique de l’État nouveau que la Révolution qui commence doit mettre en construction.

Je ne sais pas grand chose malheureusement de la famille et des antécédents de ce réformateur inconnu. Il s’appelait François Pierre et, avant la Révolution, il ajoutait à son patronyme de Taboureau le nom de Montigny qui était sans doute un nom de terre, car il n’était pas noble2. Il était né à Orléans, à une date que j’ignore, et il y mourut en 1803. Sa profession était homme de loi. Il signe sa première brochure du titre d’avocat au Parlement, avocat au Parlement de Paris sans doute, car il nous apprend lui-même qu’il est rentré à Orléans, sa ville natale, depuis le 26 septembre 1788. Il ajoute dans ce document, qui est un mémoire adressé au Comité de Sûreté générale3, le 15 novembre 1793 :

« Il est notoire qu’en ma qualité d’homme de loi, bien loin d’avoir fait des spéculations de fortune, je me suis rendu odieux à tous les riches par le genre et la nature de mes opinions républicaines. Dans cette extrémité fâcheuse, au lieu de renoncer à mes principes, j’ai fait tourner mon infortune au proffit de l’humanité souffrante et je me suis constitué l’avocat des pauvres. La deffense gratuite de l’oprimé contre l’opresseur a toujours été le plus sacré de mes devoirs ».

Quand Taboureau sera persécuté et emprisonné sous la Terreur, la société révo­lutionnaire et républicaine d’Orléans, qui interviendra en sa faveur, attestera, en effet, que « Taboureau était l’ami de la Liberté avant la Révolution ; que depuis cet événement heu­reux, il s’est montré constamment le deffenseur du peuple et l’effroy des aristocrates et des contre-révolutionnaires, de quelque nature qu’ils soient, que ses mœurs, son extrême pauvreté, sa fermeté austère et républicaine auroient dû lui mériter l’estime du [représentant] Laplanche et non sa proscription4 ». Donc le cabinet d’avocat de Taboureau était déserté par la clientèle riche et il plaidait pour les pauvres. Le document de la Société populaire d’Orléans, que je viens de citer, ajoute encore que « sa famille indi­gente ne subsistait que de son travail ». Il aimait les pau­vres parce qu’il les connaissait, parce qu’il vivait de leur vie, parce que les siens en étaient.

Son rôle public commença avec l’ouverture de la campa­gne électorale de 1789. Peut-être est-il revenu à Orléans, sa ville natale, avec l’espoir d’y prendre part. En tout cas le premier écrit qu’il fit imprimer et qui renferme l’essentiel de son système a tout l’air d’une profession de foi. C’est une Requête du Tiers État au Roi à ce qu’il plaise à S. M. inter­venir au soutien des intérêts de son peuple dans l’Assem­blée des Etats généraux. Taboureau ne se borne pas à y ré­clamer l’égalité de tous devant l’impôt et la suppression des privilèges. Il y pose en principe, comme Jean-Jacques Rous­seau, que « tous les hommes ont un droit égal aux bienfaits de la Nature » et il appuie sur ce principe tout un pro­gramme économique et social. « Celui qui n’a rien ne doit à l’État que sa peine et son travail », par conséquent doit être exempt d’impôt. Puis Taboureau fait porter tout l’effort de sa dialectique sur la nécessité de faire baisser le prix des denrées que le pauvre consomme. Pour lui tous les hommes ont un droit primitif à la terre, « toute propriété particulière, dit-il, ne peut altérer le droit originaire de la pro­priété commune ». Quand les propriétaires ou plutôt les détenteurs actuels d’une partie de la terre abusent de leur droit de propriété pour élever les prix des produits agri­coles à un taux exagéré, c’est le devoir du roi, c’est-à-dire de l’État, d’intervenir pour arrêter les progrès d’une évalua­tion arbitraire dans le prix des comestibles et tarir la source de vains prétextes qui ont favorisé jusqu’ici les monopoles et quadruplé depuis un siècle la cherté des vivres ». Autre­ment dit, alors que les physiocrates et économistes rédui­saient le rôle de l’État à être le gendarme de la propriété individuelle, Taboureau subordonnait la propriété indivi­duelle à l’intérêt de la société et faisait un devoir à l’État de réprimer les abus du droit de propriété. Il affirmait que le prix des vivres avait quadruplé depuis un siècle. Peut-être exagérait-il quelque peu, mais tous les témoignages que nous possédons prouvent que dans toutes les régions de la France la hausse des prix avait plus que doublé la valeur des marchandises depuis le milieu du siècle. Cette hausse lui semblait injustifiée : « La terre n’est pas aujour­d’hui d’un moindre rapport qu’elle était alors (il y a un siècle), le numéraire a la même valeur, puisqu’il n’est tou­jours que le signe représentatif des fruits de la terre ; d’où il résulte que l’accroissement rapide et miraculeux de plusieurs propriétés particulières doit son origine à des attentats se­crets contre la propriété commune. Un citoyen ne devien­drait jamais plus riche qu’un autre s’il ne recevait pas plus en valeur qu’il ne donne en nature et une évaluation illimi­tée a le double inconvénient de faire passer tout le numé­raire de l’État dans la main du vendeur et de diminuer en­core la valeur du peu d’argent qui reste dans celle de l’ache­teur. » Un économiste répondrait à Taboureau que son rai­sonnement pèche par la base. Il suppose que la quantité de numéraire existant en France est restée fixe, quand Necker a montré dans son Administration des finances que cette quantité a au moins doublé au cours du siècle et que par conséquent sa valeur relative a diminué de moitié5. Mais nous n’avons pas à discuter les théories de Taboureau, nous voulons seulement les exposer. Pour lui, la hausse ne s’ex­plique pas par le déséquilibre des signes représentatifs et des denrées, mais uniquement par la coalition des vendeurs, propriétaires et intermédiaires. « La concurrence des fournisseurs de comestibles en tout genre n’en détruit pas l’avi­dité. Il y a un tarif généralement adopté parmi eux et un code moral dont la pratique favorise les intérêts du corps en­tier ; c’est une ligue offensive dont l’exaction toujours crois­sante ne peut être arrêtée à l’avenir dans sa progression ra­pide que par une loi expresse, et en vain taxerait-on le pro­priétaire du terrain, si par la fixation des fruits on ne ré­primait pas encore l’avarice du distributeur secondaire qui porte la denrée à si haut prix que les artisans et les manou­vriers n’y peuvent atteindre. » Ici, Taboureau indique à la fois le mal et le remède. Le mal, c’est la coalition des ven­deurs. Le remède, c’est une loi qui fixera les prix-limites, non seulement aux propriétaires, mais aux intermédiaires. Le remède n’était pas nouveau, la royauté, à toutes les épo­ques de crise, était intervenue pour fixer les prix des mar­chandises de première nécessité et même le prix des sa­laires. Au moment de l’inflation provoquée par les émis­sions de Law, elle avait encore usé de ce droit de taxation. Mais, depuis la propagande des physiocrates, elle n’avait plus usé de ses pouvoirs et elle avait au contraire supprimé progressivement les réglementations commerciales et indus­trielles et institué la liberté économique à peu près com­plète. Taboureau est persuadé — et peut-être n’a-t-il pas tort — que cette liberté accordée aux propriétaires a facilité la hausse des prix. Il invite le roi à renoncer à la liberté qui favorise le riche aux dépens du pauvre et à revenir à la po­litique traditionnelle. Les physiocrates avaient prétendu que le pauvre, pour se défendre, pouvait recourir à la liberté nouvelle comme le faisait le propriétaire, il n’avait qu’à exiger un salaire plus élevé ! Taboureau leur répond en ces termes :

« Cette classe la plus pauvre et la plus nombreuse de votre royaume, Sire, exige ici toute votre attention ; car ils n’ont pas la ressource d’augmenter leur salaire ; les ob­jets de leur ressort n’étant pas d’une nécessité aussi indis­pensable que les alimens, ils ont moins de prix parce que chacun se restreint sur le vêtement ou sur le mobilier en raison proportionnelle de la cherté des vivres, et alors tout ce qu’on donne au luxe, on le dérobe aux besoins de la néces­sité première ; mais celui qui s’exténue, à dessein de couvrir son indigence, n’en capitule pas moins avec son décora­teur ; la misère des ouvriers les soumet toujours à l’arbi­trage de ceux qui les emploient ; les moins exigeans sont admis au travail et le reste va se noyer dans les larmes du désespoir ou se précipiter dans les horreurs du brigandage ; l’intempérance dont on les accuse n’a qu’un cours pério­dique séparé par de longs intervalles d’inanition et, à tout prendre, elle n’est que l’effet nécessaire d’un abrutissement presque inévitable dans une condition obscure où le mépris des grands les accable et les dégrade à leurs propres yeux. Pardonnez-leur, Sire, d’éteindre quelquefois dans l’ivresse le flambeau d’une raison qui ne fait que les éclairer sur leur propre état. »

On peut estimer qu’ici Taboureau, dont la pi­tié pour les pauvres s’exprime avec un accent de sincérité émouvante, devançait la critique que les socialistes feront plus tard de la société capitaliste.

Il essayait ensuite de grouper autour de lui tous ceux qui avaient intérêt à la fixation des prix : les rentiers, dont le revenu diminue tous les jours à mesure que la denrée hausse de prix ; les gens de plume, restreints à des appointements insuffisants dans des emplois subalternes :

« Tous ceux, disait-il, qui exercent des arts libéraux et des professions distinguées ont le plus grand intérêt à faire augmenter, par une loi positive, la valeur du peu de numéraire qui tombe dans leur bourse, et, si leur cœur n’est pas flétri par la crainte, amorcé par l’espérance, aveuglé par l’ambition, ou corrompu par l’intérêt, ils ne dédaigneront pas aujourd’hui de faire cause commune avec le malheureux, dont on vient de parler, pour arrêter le débordement des monopoles qui les débordent de toutes parts, puisqu’abstraction faite de la décence extérieure à laquelle ils sont assujettis par les préjugés dominants dans le système des inégalités conven­tionnelles, et même sans s’écarter du strict nécessaire, leur recette, pour la plupart, est presque toujours au-dessous de leur dépense… ».

L’appel aux gens de lettres lui servait de transition pour attaquer les physiocrates et les administrateurs qui avaient appliqué leur fatal libéralisme :

« La source des monopoles, accréditée aujourd’hui par l’habitude, et mille fois plus oné­reuse que tous les impôts réunis, est dans les principes dan­gereux qui se sont introduits en matière de gouvernement. La liberté fatale du commerce sur les grains et les exporta­tions qui en résultent ont mis à l’enchère ces alimens de première nécessité ; la cupidité des enchérisseurs engloutit nos moissons, empêche les trois quarts du genre humain de participer à la libéralité de la nature et n’en devient que plus exigeante lorsque la fureur des élémens, de concert avec elle, vient encore ajouter un nouveau prétexte à ses vexations ; c’est dans ces momens de calamité qu’elle se re­paît avec plaisir du sang et de la sueur des malheureux que la soif et la faim lui subjugue. »

L’allusion à la mauvaise récolte de 1788 lui servait à dé­noncer les manœuvres de l’accaparement que facilitait la rareté des denrées.

Pour faire baisser le prix des vivres, il conseillait au roi de supprimer les octrois à l’entrée des villes, « ces barrières sinistres qui ne font de chaque ville qu’une immense prison dont les habitans sont en proie à la voracité des geôliers ».

Puis, s’adressant aux électeurs qui allaient se réunir, il les adjurait « d’exclure de leur délibération tous ceux qui sont intéressés au désordre actuel ». « C’est une classe à part, disait-il, dont nos malheurs ont fait toute la prospé­rité, c’est un levain pestiféré qui corromproit toute la masse des suffrages. Et vous, grand Roi, souvenez-vous que vous avez le glaive du pouvoir entre les mains pour nous sou­tenir contre ceux que l’inégal partage des richesses natio­nales a rendus nos maîtres… »

A l’heure où Sieys6 conseillait au Tiers État de ne choisir ses délégués que dans son sein et d’exclure délibérément de sa représentation les privilégiés, Taboureau, animé par un sentiment de classe plus profond, voulait exclure, non seu­lement de la représentation, mais de la délibération même, « tous ceux qui sont intéressés au désordre actuel », c’est-à-dire les propriétaires et les marchands, tous ceux qui vendaient les vivres. Je ne crois pas qu’on puisse trou­ver dans la littérature politique du temps un autre exemple d’une pensée de classe aussi nette et aussi audacieuse. Mais il ne lui suffisait pas d’écarter des assemblées électorales « le levain pestiféré qui corromproit toute la masse des suf­frages », dans sa naïveté, il faisait appel contre les riches au pouvoir royal et à son glaive !

La Révolution, comme il la concevait, n’était pas une Ré­volution politique, mais une Révolution sociale qu’il comp­tait accomplir à l’aide de l’absolutisme royal :

« Enfin, Sire, pour nous résumer, il s’agit de vous donner un peuple libre au lieu d’un peuple esclave à gouverner, et c’est en affran­chissant les habitans de votre royaume, pour ne taxer que le territoire national, en fixant irrévocablement le prix, le poids et la mesure des comestibles, en mettant le numéraire en équation avec le produit annuel du territoire patriotique, en prohibant expressément toute exportation et tout emmagasinement de grain ou de comestibles quelconques, en punissant sévèrement la falsification des liqueurs, en suppri­mant les droits d’entrée, en délivrant l’industrie et l’intelli­gence humaine d’une servitude injuste et en prévenant dans vos préposés futurs la concussion, les abus d’autorité et les déprédations de toute espèce par les moyens ci-après indi­qués que vous allez rendre l’énergie et la force primitive à tant de membres languissans du corps social… »

L’affran­chissement, dont tout le monde parle, n’est pas pour lui un affranchissement politique, mais un affranchissement éco­nomique. Il ne conçoit pas l’un sans l’autre. Et l’affranchis­sement économique ne peut s’opérer qu’en mettant en équa­tion, comme il dit, la valeur des produits agricoles avec la quantité du numéraire existante, de manière à fixer une fois pour toutes le prix des denrées. Le prix sera soustrait aux manœuvres de la cupidité, puisqu’il sera dans une propor­tion déterminée avec les moyens d’échange, avec le numé­raire.

Taboureau, comme on le voit, n’était pas un simple em­pirique. Il avait réfléchi au problème de la monnaie, et les remèdes qu’il proposait avaient le mérite de former un tout bien lié.

En premier lieu, il conseillait d’établir un impôt territo­rial, nous dirions foncier, pesant également sur tous les propriétaires sans distinction, nobles, prêtres ou roturiers. Taboureau, ici, se montrait le disciple docile des physiocrates, qu’il avait combattus tout à l’heure.

En second lieu, « pour éviter que l’impôt territorial ne serve de prétexte à tous les propriétaires d’augmenter arbi­trairement le prix des grains et des fruits, [il conseillait de] fixer le prix, le poids et la mesure des comestibles de toute espèce par un tarif invariable qui sera imprimé, publié et affiché pour être exécuté, sous peine de 500 livres d’amende contre le vendeur et l’acheteur, dont moite au profit du dé­nonciateur… » Ce second moyen, c’était, quatre ans d’avance, le plan du futur maximum général qui sera institué en 1793, grâce aux efforts des Enragés et de Taboureau lui-même, comme nous le verrons.

Une troisième mesure préconisée par lui consistait à dres­ser une statistique générale de la production agricole : « Pour donner une base légitime à cette fixation [des prix], faire au préalable un recensement du produit annuel du ter­ritoire patriotique, en proportionnant le prix à la masse du numéraire national, tout impôt déduit, et, de subdivisions en subdivisions, déterminer la valeur respective des échanges dans les quantités partielles ». Remarquons que l’applica­tion du maximum général nécessita cette vaste enquête sur la production, non seulement agricole, mais industrielle de la France. Le bureau du maximum qui en fut chargé la mena à bien en quelques mois. Il est plus remarquable en­core que, dans cet écrit paru en 1789, l’obscur avocat Orléa­nais avait prévu aussi quelques autres mesures auxquelles durent recourir les gouvernants de 1793 chargés de l’appli­cation du maximum général :

« 4°, disait Taboureau, pour ôter toute raison spécieuse d’exagérer le prix des comestibles et de s’écarter à l’avenir du tarif ci-dessus proposé ; pour prévenir la disette, faus­sement alléguée en certains cas et souvent réalisée au gré des monopoleurs : 1° défendre généralement, sous peine de mort, tout emmagasinement, tout accaparement et toute exportation de grains ou de comestibles quelconques (c’est déjà le projet de loi sur l’accaparement que fera voter Billaud Varenne à la séance du 26 juillet 1793) ; 2°, poursuit Taboureau, pour obvier aux intempéries accidentelles, éta­blir, pour deux ans seulement, attendu la fertilité plus que suffisante du territoire national, des magasins de réserve, dont le corps municipal aura la clef et dont le contenu sera distribué aux pauvres à l’époque ci-dessus présente (c’est déjà l’idée des greniers d’abondance) ; 3° interdire tout com­merce de grains et de comestibles ailleurs que dans les mar­chés publics, sous peine de confiscation… » Cette proposition passera, elle aussi, dans les lois de 1793.

Taboureau demandait encore la suppression des droits d’entrée sur les légumes, eaux-de-vie, huiles, vin, etc., et la suppression des aides et gabelles. Mais, chose curieuse, re­joignant ici les physiocrates, il voulait qu’on déclarât « libre et gratuit l’exercice de tous les arts libéraux, méchaniques et de toutes les professions », c’est-à-dire qu’on supprimât les corporations : « supprimer tous droits de maîtrise, d’ou­verture de boutique et de marteau, anéantir toutes les cor­porations et les privilèges exclusifs » ; il est remarquable que, pendant la campagne électorale de 1789, la suppression des monopoles des artisans fut réclamée à la fois par les grands manufacturiers d’une part et par les compagnons de l’autre. Taboureau se rangeait sans hésitation du côté de ceux-ci, qui depuis longtemps ne pouvaient plus accéder aux maîtrises. Taboureau réclamait encore la liberté de la presse. Mais son idée la plus originale, peut-être, c’était la création d’une sorte de représentation économique.

Il demandait que le Tiers État fût autorisé « à élire tous les ans, dans chaque ville, un représentant particulier qui aura sous lui des inspecteurs préposés à la recherche des magasins, exportation et commerce prohibés et chargés de veiller à la juste répartition de l’impôt ».

Les représentants particuliers de chaque ville s’assemble­raient tous les trois ans à Paris « pour y élire un représen­tant général devant lequel se rapporteront toutes les déci­sions relatives aux intérêts du Peuple entier et qui en com­muniquera immédiatement avec Sa Majesté pour que la vérité vous parvienne désormais sans aucune altération ». Le « représentant général » sera comme un Protecteur éco­nomique du peuple chargé de veiller sur ses intérêts. Mais il sera en même temps armé de pouvoirs positifs. Il sera le véritable ministre du Trésor, car on lit ensuite, dans l’écrit de Taboureau : « Établir une Caisse nationale dont Votre Majesté et le représentant ci-dessus désigné auront seuls la clef comme seuls dépositaires légitimes de la confiance pu­blique et seuls capables de veiller à l’emploi des fonds pu­blics ; et, à l’égard des caisses particulières des provinces, dont les fonds seront versés tous les ans dans la Caisse générale, autoriser chaque représentant particulier de chaque ville à en tenir la clef conjointement avec le corps munici­pal qui veillera de concert avec lui à la juste répartition de l’impôt territorial et des autres… ». Il est évident que ces représentants économiques, nommés par le Tiers et en pos­session des Caisses publiques comme du droit de répartir l’impôt et d’appliquer les règlements commerciaux, seraient les vrais maîtres de la France et que le Roi et les autres ad­ministrateurs n’étaient plus conservés que pour leur servir de paravents.

Taboureau avait donc dressé, dans sa brochure, le plan d’une véritable Révolution sociale destinée à mettre entre les mains des pauvres les leviers de commande de la produc­tion et de la distribution des richesses. Il ne s’en cachait pas. Dans une « Instruction justificative » qui termine sa brochure, il pose en principe que le but à atteindre, c’est que « chacun puisse vivre à l’aise avec le peu qu’il a, soit en numéraire, soit en possession territoriale ; la valeur de l’argent dans la main de celui qui le gagne par son travail doit donc être le signe représentatif du terrain qui lui man­que, et si, au gré du propriétaire foncier, ce signe purement conventionnel diminue et s’évapore à travers le tamis des impôts et des monopoles, que peut-il désirer de mieux que d’être délivré tout à la fois de ces deux fléaux ? Quel autre frein peut-on mettre à la cupidité des enchérisseurs qu’une fixation précise dans la valeur respective des échanges ? Sur quoi asseoir cette fixation, si ce n’est sur une appréciation du produit territorial proportionnée à la masse du numé­raire patriotique ? Comment faire baisser le prix excessif des grains, si ce n’est en arrêtant le cours d’une exportation illimitée et d’un commerce frauduleux qui appauvrit les marchés pour enrichir les spéculateurs avides ?… Le prix des grains ne doit point excéder celui du travail, et cette ba­lance dans les évolutions respectives sera l’effet d’une fixa­tion légale, qui elle-même ne peut s’exécuter que par un recensement préalable du revenu annuel du territoire patrio­tique et par la suppression des prétextes qui autorisent les enchérisseurs, tels que les droits d’entrée, l’exportation ex­cessive et le commerce illimité des grains ».

Telle est l’économie de ce système original dont on re­chercherait en vain l’équivalent ailleurs. Dédaignant les ré­formes politiques qui occupaient toutes les autres plumes innombrables, l’obscur avocat Orléanais s’attaquait résolu­ment au problème de la répartition de la propriété. Contre les doctrines libérales à la mode, il dressait une sorte d’État économique, dont la mission essentielle était de maintenir l’équilibre entre les producteurs et les consommateurs, de réprimer les abus de la propriété, de défendre les droits du travail et il proposait toute une série de mesures qui entre­ront en application l’une après l’autre quand la crainte de la famine, œuvre des propriétaires, forcera la Révolution à mettre la main sur toutes les productions nationales pour assurer la vie des non-récoltants. Taboureau est le premier en date des taxateurs, et c’est un taxateur qui a raisonné sur les causes de la misère et dont le système coordonné repose sur l’idée fondamentale que l’État a pour devoir d’égaliser le travail et la propriété.

J’ai cherché à savoir comment les vues exprimées dans sa remarquable brochure avaient été accueillies par ses compatriotes Orléanais. J’ai donc feuilleté les deux volumes où M. Camille Bloch, ancien archiviste du Loiret, a réuni les Cahiers de doléances du bailliage d’Orléans pour les Etats généraux de 17897. M. Bloch cite, dans son introduction, quelques brochures qui circulèrent pendant la campagne électorale, un Extrait de délibérations des curés d’Orléans, une Lettre d’un curé de campagne, les Réflexions d’un gen­tilhomme, mais il ignore totalement la si intéressante Re­quête du Tiers État au roi, qui est l’œuvre de Taboureau. Celui-ci étant un ancien avocat au Parlement, je m’attendais à trouver son nom dans la liste des avocats qui ont com­paru à la réunion où a été dressé le cahier de leur ordre ; il n’y figure pas, mais, chose curieuse, le cahier de l’ordre des avocats s’est approprié deux vœux de sa brochure, le pre­mier concernant la suppression des maîtrises et jurandes, le second la taxe du pain par les juges des lieux. Cependant, Taboureau ne semble avoir pris part à aucune assemblée électorale de 1789, et c’est en vain qu’on cherche une trace quelconque de ses idées si originales dans les cahiers de l’Orléanais. Les temps n’étaient pas encore mûrs. Mais déjà Taboureau agissait. Le 12 septembre 1789, les gens des fau­bourgs s’étaient attroupés au marché pour faire baisser le prix du blé, les gardes nationaux les dissipèrent à coups de fusil. Un bourgeois philanthrope, du nom de Rimbert, qui avait pris parti pour les mutins, fut pendu sommaire­ment le lendemain. Taboureau prit sa cause en mains, rédi­gea un mémoire pour sa veuve et ne manqua pas d’y de­mander : 1° l’interdiction de tout commerce de grains sous peine de mort et 2° la fixation du prix du blé dans tout le royaume8.

Si nous en croyions le mémoire apologétique qu’il a mis sous les yeux du Comité de Sûreté générale, le 15 novem­bre 1793, Taboureau aurait « prêché l’abolition de la royauté », dès 1790, « dans un tems où cette assertion poli­tique étoit encore imputée à crime ». Mais la question so­ciale l’intéressait plus encore que la question politique. « A cette époque, dit-il dans un discours tenu à la société popu­laire, je suis remonté à l’origine des immenses fortunes, j’ai mis en principe que l’aumône, considérée avec impartialité sous son vrai point de vue, étoit une restitution ; j’en ai fait résulter pour conséquence la nécessité de la taxe et de toutes les autres mesures révolutionnaires qui s’exécutent aujourd’huy. La preuve de cette doctrine, manifestée au péril de ma vie et de ma réputation même dans une ville qui a toujours été le centre des accaparemens en tout genre et où l’opulence étoit le seul titre attributif de tous les égards, est consignée en caractères de feu : 1° dans cinq ou six cayers d’un commentaire alors entrepris sur chaque article de la Déclaration des droits de l’homme ; 2° dans un écrit intitulé Catéchisme des républicains en dix-neuf chapitres ; 3° dans un ouvrage où j’ai voulu réconcilier le droit civil avec le droit naturel et dans plusieurs autres manuscrits tendant à briser le sceptre du despotisme et à renverser l’autel de la superstition. » « Le Comité révolutionnaire de surveillance du Loiret » attestera, en effet, le 17 frimaire an II, que les papiers trouvés chez Taboureau au moment de son arres­tation étaient « des ouvrages patriotiques et quelques pièces de théâtre et autres pièces dont le citoyen Taboureau est l’auteur9 ». II est fâcheux que ces écrits, que la pauvreté de Taboureau ne lui a pas permis d’imprimer, soient au­jourd’hui perdus. Ils nous auraient mis à même de suivre l’évolution de sa pensée sociale et la réaction qu’exercèrent sur elle les événements révolutionnaires. Mais il est déjà intéressant d’apprendre, de lui-même, qu’il avait écrit un copieux commentaire de la Déclaration des droits de l’homme et un ouvrage pour réconcilier, comme il dit, le droit civil avec le droit naturel. Alors que Jacques Roux, le chef des Enragés parisiens, continuait à dire sa messe en pleine Terreur, Taboureau attaquait « l’autel de la supersti­tion », et ceci est un trait que nous devons souligner.

En 1789, l’audacieux réformateur avait prêché dans le dé­sert, mais la marche rapide de la Révolution, la création de l’assignat, sa dépréciation progressive, la coalition des pro­priétaires et fermiers qui refusent d’approvisionner les mar­chés, la disette qui s’aggrave avec l’entrée des Prussiens en Champagne en septembre 1792, la hausse considérable des produits agricoles qui n’est pas accompagnée d’une hausse correspondante des salaires, tout contribue à mettre à l’or­dre du jour les idées de taxation chères à Taboureau. Il n’est plus seul, il siège au club. La section de L’Hospital, peuplée d’artisans et d’ouvriers, l’a élu son secrétaire. Comment ne répondrait-il pas à la confiance que les pauvres lui té­moignent ?

En octobre 1792, l’agitation est universelle dans les villes affamées. Les prolétaires des campagnes s’ébranlent à leur tour. Contre le haut prix des subsistances, des émeutes éclatent sur les marchés dans toute la région de la Beauce, à Versailles, à Étampes, à Rambouillet. Et du sein des foules misérables s’élève le même cri : Taxez le prix des vivres et des denrées de première nécessité ! Dès le 7 octobre, plusieurs communes de Seine-et-Oise paraissent à la barre de la Convention pour lui réclamer le maximum10.

Taboureau sent que son heure est venue. Il rédige et fait adopter par sa section un projet de loi sur les subsistances qu’il présente à la Convention. L’Assemblée, par un vote du 25 octobre 1792, le renvoie à l’examen du Comité de Com­merce11. Le projet de loi fut imprimé, mais je l’ai recher­ché en vain soit dans les papiers de la Convention aux ar­chives soit à la Bibliothèque nationale. Il a disparu, mais nous pouvons nous faire une idée de son contenu par l’indi­gnation qu’il inspira au vertueux ministre de l’Intérieur, Roland de la Platière.

En économiste orthodoxe qu’il était, Roland professait que « la seule chose peut-être que l’Assemblée [nationale] puisse se permettre sur les subsistances, c’est de prononcer qu’elle ne doit rien faire, qu’elle supprime toute entrave ». Les troubles pour lui n’étaient dus qu’aux agitateurs du parti montagnard. Leurs causes étaient tout artificielles. Il n’y avait qu’à se croiser les bras en attendant que, par le jeu naturel de l’offre et de la demande, les prix s’équilibrent. Mais il fallait cependant, d’ici là, défendre la propriété me­nacée par les taxateurs et mettre en prison les meneurs. Il ne se passait pas de semaine sans que Roland écrivît à la Convention pour la pousser aux répressions vigoureuses et sévères. Le 2 novembre 1792, il envoya à la Convention le Projet de loi relatif aux subsistances rédigé par le sieur Ta­boureau et il fît précéder cet envoi d’une dénonciation fulmi­nante. L’écrit de Taboureau, d’après lui, accusait de perfidie les autorités qui avaient autorisé la libre circulation des grains et contenait les principes les plus dangereux et les plus faits pour troubler la tranquillité publique. Sans débat, car déjà l’Assemblée commençait à se blaser sur les indigna­tions, du ministre girondin, la dénonciation et l’imprimé furent renvoyés à l’examen des trois Comités de Commerce, de Sûreté générale et d’Agriculture réunis12. Il ne me pa­raît pas douteux que, dans l’écrit incriminé, Taboureau avait exposé la nécessité de suspendre la liberté du commerce et de fixer un tarif des subsistances.

Le gouvernement ne faisant rien pour faire baisser les prix et pour approvisionner les marchés, le mouvement po­pulaire pour la taxation prenait une ampleur nouvelle. A la fin du mois de novembre, du Mans jusqu’à Étampes, de la Seine à la Loire, les foules misérables se mirent en marche, souvent derrière leurs maires, pour obliger les autorités ci­tadines à taxer les denrées et les marchandises de première nécessité. Ainsi les taxes furent établies le 21 novembre à Nogent-le-Rotrou, le 24 à Vendôme, le 23 au Mans puis à La Ferté-Bernard, à Montdoubleau, à Saint-Calais, à Bonnnétable, à Brou, à Cloyes, à Mer, etc. Le 27 novembre, les taxateurs entraient à Blois au nombre de plusieurs milliers. Aussitôt l’Assemblée administrative du département du Loiret, com­posée d’amis des Girondins, se hâta d’avertir Roland et de lui demander du secours13. Craignant que les taxateurs, dont la troupe grossissait prodigieusement, ne se portassent de Blois sur Orléans en remontant la Loire, elle se hâta, le même jour, d’envoyer deux de ses membres à Beaugency, sur la route de Blois, pour requérir les gardes nationales et la gendarmerie de ce district afin de barrer la route aux taxateurs. En même temps, elle ordonnait la concentration à Orléans de toute la gendarmerie et de toutes les gardes nationales des districts d’Orléans, de Neuville et de Pithiviers, et un détachement de la garde nationale d’Orléans avec des cavaliers, était mis sur-le-champ en route vers Beaugency14.

Les mesures prises intimidèrent les taxateurs qui n’en­trèrent pas dans le département du Loiret et les autorités purent annoncer la victoire de l’ordre dans une proclama­tion qu’ils affichèrent le lendemain 29 novembre, et qui était rédigée dans le style de Roland :

« Citoyens, des brigands ont formé dans les départements voi­sins des attroupements séditieux. Ils se portaient sur le nôtre et ils ont été arrêtés aux portes de Beaugency par. nos conci­toyens réunis à nos braves frères des campagnes… Ils trompent le peuple par des mensonges impudents et des suppositions gros­sières. Ces émissaires se disent les amis du peuple et ils veulent dans une anarchie combinée renverser la Convention nationale, détruire la République et vous faire gémir sous les fers honteux d’un nouveau despotisme… Si l’on diminue le bled, le pain sera, vous dit-on, à meilleur marché. Oui, sans doute, mais dans huit jours, vous serez sans bled et par conséquent sans pain. Tours et Romorantin sont des exemples que vous ne devez pas perdre de vue. Si l’on diminue le vin à moitié, que diront les habitants du vignoble ? Si l’on taxe le beurre à dix sols, les fromages à six sols, les œufs à cinq sols, les pois à deux sols, et ainsi les autres denrées, que diront les campagnes ? Que direz-vous vous-mêmes, citoyens, quand vos journées, quand vos ouvrages, par suite de ces taxes arbitraires, seront réduits à moitié ? Le paie­ment du journalier est sa propriété comme la valeur des grains et des denrées est la propriété de ceux à qui ils appartiennent, celui qui le forcerait à la donner au-dessous du prix courant serait aussi coupable que celui qui refuserait à l’ouvrier la valeur de son travail et au journalier le prix de sa journée15… »

Taboureau avait fait des vœux pour le succès des taxateurs qui réalisaient ses idées les plus chères. Il ne lut pas sans colère la proclamation triomphale des corps adminis­tratifs. Il harangua sa section le 2 décembre et la section lui confia la mission de répondre en son nom à cette proclama­tion et d’insérer dans cette réponse que « tous ceux qui portent les armes contre les taxateurs de denrées seront déclarés infâmes et traîtres à la patrie16 ». Taboureau par­vint à entraîner une seconde section, celle du Calvaire, et sa Réponse parut au nom des deux sections réunies17. C’est une apologie sans réserves du mouvement populaire :

« Citoyens, des amis de l’humanité souffrante ont formé dans les départements voisins une sainte coalition pour faire baisser le prix des denrées au niveau du modique salaire que l’avarice des fabriquans et des entrepreneurs en tout genre vous donne à regret ; mais le pouvoir exécutif, qui, par l’entremise de ses agents oppresseurs, tient encore entre ses mains le thermomètre de la misère publique dans tous les départements, a combiné le sys­tème d’une résistance opiniâtre à toutes les réclamations de la classe la plus nombreuse, la plus active et la plus indigente ; il s’acharne à vous dénoncer comme des brigands ceux qui veulent vous soustraire au joug de l’opprobre et de la misère, pendant qu’il se déclare l’apologiste et le protecteur des accapareurs titrés qui veulent vous retenir sous le couteau de l’oppression, mais qu’il apprenne que les vrais brigands sont ceux qui sont partis pour couper à nos libérateurs le passage de Beaugenci18 et que l’argument de la propriété n’est ici que le prétexte exécrable d’un pacte de famine évidemment concerté depuis 1789 entre tous les corps administratifs ; ceux-ci ne cessent, par des procla­mations et des adresses imprimées à nos dépens, de nous ins­pirer de la défiance contre nos meilleurs amis ; mais, à juger du succès qui les attend par leur ineptie et l’absurdité de leurs allégations, le mépris universel sera l’unique résultat de leurs coupables efforts ; car, n’en doutez pas, citoyens, c’est eux-mêmes qui trompent le peuple par des mensonges impudents et des suppositions grossières ; en effet, citoyens, ils attribuent aux émissaires des taxateurs le dessein de renverser la Convention nationale et de détruire la République dans une anarchie combi­née19 ; or, ici, les corps administratifs jouent avec impudence le rôle du patriotisme, ils vous attaquent par l’endroit le plus sensible, ils vous présentent l’amorce de la liberté pour vous faire endurer la soif, la faim, la nudité qui conduisent nécessai­rement à l’esclavage, et le breuvage empoisonné de la séduction est dans un vase frotté de miel ; rejetez avec horreur ce calice d’infamie et d’avilissement qui flétrirait vos cœurs et vous ferait pour jamais rayer du catalogue des vrais républicains ; car ce titre sacré ne convient proprement qu’à ceux dont le travail assure complètement la subsistance et l’état de mendicité, auquel on prétend vous réduire par l’accaparement et l’évaluation arbi­traire du prix des choses nécessaires à la vie et à l’entretien, vous ferait plus que jamais retomber sous la férule de ces pédants en matière politique ou de ces despotes, sortis de la fange com­merciale, qui n’ont acquis le titre d’honnêtes gens qu’à force de scélératesse. C’est en vain qu’on vous menace d’une diminution dans le prix de la peine si celui du comestible est réduit de moitié, car depuis l’enchérissement progressif des subsistances, le salaire du travail est resté toujours au même taux ; la preuve de cette assertion se tire de ce que la concurrence des gens de peine augmente avec la misère et de ce que la concurrence excessive des malheureux en diminue arbitrairement le salaire au gré d’un entrepreneur injuste ou d’un avide fabriquant.

Ce considéré, citoyens, vos frères de la section du Calvaire et de celle de l’Hôpital réunies à Orléans, par un arrêté du 2 cou­rant, lecture faite de l’adresse des corps administratifs, l’ont regardée unanimement comme insidieuse et ont déclaré infâmes et traîtres à la patrie tous ceux qui prendront les armes contre les taxateurs de comestibles, dont l’entreprise n’est qu’une suite de la résistance à l’oppression décrétée authentiquement par la Déclaration des droits de l’homme.

Signés : Taboureau, Dardonville, Dubuy, Sauvai, Rouilly, Vallet, Nara, membres des sections de l’Hôpital et du Calvaire, tous chargés par lesdites sections de manifester ici le vœu de la majorité20»

Cette réponse vigoureuse, dans laquelle Taboureau glori­fiait les taxateurs en rébellion contre la loi, couvrait de boue et notait d’infamie le pouvoir exécutif, c’est-à-dire Roland, et les corps administratifs qu’il accusait d’avoir conclu contre le projet un pacte de famine, son appel enfin aux gardes nationaux pour les inviter à refuser obéissance à ceux qui leur avaient commandé de marcher contre les taxa­teurs, ce document, infiniment plus séditieux dans la forme que les pétitions des Enragés parisiens, ne pouvait que pro­voquer la répression des autorités bravées en face.

Le 7 décembre 1792, le procureur de la Commune d’Or­léans, accompagné de délégués de la municipalité et de délégués du district, se rendit à l’assemblée départementale et lui dénonça le libelle incendiaire de Taboureau. Aussitôt, le Conseil du département, « considérant qu’il est tems enfin de réprimer l’audace des agitateurs et les livrer aux tribu­naux chargés de faire justice et de faire reprendre à la loi son empire », invita le procureur de la commune à dénoncer au juge de paix dès le soir même l’écrit séditieux, décida d’en envoyer un exemplaire à Roland pour qu’il le dénonçât à la Convention, et d’adresser enfin une nouvelle proclama­tion à la population21.

Le lendemain 8 décembre, qui était un dimanche, la gen­darmerie se présenta chez Taboureau pour exécuter le man­dat d’amener que le juge de paix avait lancé contre lui. Ta­boureau, prétextant le besoin qu’il avait de prendre quelque chose, passa dans une chambre voisine. Aussitôt, 200 per­sonnes environ s’attroupèrent autour de sa maison et s’op­posèrent aux efforts de la gendarmerie pour conduire Ta­boureau chez le juge de paix. Averti par la gendarmerie impuissante, le juge requit la municipalité de lui prêter main-forte. La municipalité mit sur pied 150 fantassins et 50 cavaliers, c’est-à-dire, explique-t-elle, « l’universalité de la force qu’on a pu rassembler22 ». Mais ce rassemble­ment pénible de la force armée avait demandé du temps et quand les gendarmes et les gardes nationaux se présentèrent de nouveau chez Taboureau, celui-ci avait disparu.

Il n’est pas douteux que Taboureau, que les autorités dans leurs lettres à Roland et à la Convention traitent de maratiste, d’anarchiste et de monstre23, jouissait de réelles sympathies dans une bonne partie de la population orléanaise. La correspondance administrative révèle les transes qu’inspiraient ses partisans aux autorités.

Le département voisin du Loir-et-Cher continuait d’être troublé par les taxateurs. Le 1er décembre, les bûcherons employés dans les forêts s’étaient présentés au marché de Blois « armés de fusils et d’autres armes offensives » et ils avaient forcé les épiciers à livrer la chandelle à un prix qu’ils avaient fixé. Le même jour, les grains avaient été taxés. « Il eût été dangereux de s’y opposer, écrivent les au­torités départementales. Il y avait des attroupemens dans toutes les rues. » Effrayés, les administrateurs du départe­ment avaient demandé aux trois Commissaires de la Conven­tion envoyés sur les lieux, Couthon, Villers et Jouenne-Longchamp de faire venir des troupes, mais les Commissaires avaient préféré tenter d’abord les voies de la douceur24. Quatre jours plus tard, les troubles continuant, les Conven­tionnels en mission autorisèrent le département du Loir-et-Cher à requérir des renforts des départements voisins du Loiret et de l’Indre-et-Loire. Il était dit dans les considé­rants de leur arrêté que dans le district de Saint-Aignan des hommes rassemblés en grand nombre menaçaient d’arracher les vignes, comme faisant tort à la culture des céréales et que dans le district de Mer le bruit s’était répandu qu’on voulait couper les bois de vive force et en taxer arbitraire­ment le prix25. Deux commissaires du département de Loir-et-Cher se présentèrent le 10 décembre à l’assemblée du département du Loiret et lui demandèrent d’envoyer à leur secours trois cents hommes de la garde nationale d’Or­léans. Le département du Loiret invoqua l’agitation créée par Taboureau pour refuser d’obtempérer à la réquisition. Leur ville, dirent-ils, était travaillée par les agitateurs. « Un libelle, appuyé par l’assentiment d’un grand nombre de citoyens, avait jeté dans le peuple des maximes attentatoires à la libre circulation des grains, au libre prix du bled, des légumes, des volailles, au droit sacré de propriété, au res­pect pour la loi et les magistrats… Un arrêté de section où l’on déclare traîtres à la patrie les gardes nationales, dont le courage a fermé aux brigands l’entrée de notre territoire, produit une telle impression, même sur la partie saine des citoyens, que, le 7 de ce mois, sur la réquisition des admi­nistrateurs de Beaugency, chef-lieu d’un de nos districts, menacé d’une invasion nouvelle pour le marché du lende­main, sept hommes seulement ont offert leurs services. Et les membres de l’assemblée départementale concluaient que toute division de la force armée la rendrait impuissante pour contenir les factieux et compromettrait la sûreté non seu­lement de la ville mais de tout le département26» Si on prenait ces textes à la lettre, on pourrait croire que les parti­sans de Taboureau et de la taxation étaient très nombreux à Orléans. Il est probable cependant que les bons bourgeois craintifs qui siégeaient au Département ont exagéré le dan­ger qu’ils couraient. La section du Calvaire, qui avait fait cause commune avec la section de l’Hôpital et contribué aux frais d’impression du placard de Taboureau, rétractait son adhésion dès le 10 décembre, et le président du Départe­ment, Benoist Deshautchamps, qui annonçait cette bonne nouvelle à Roland, ajoutait que la proclamation que le Dé­partement avait adressée à la population avait produit l’ef­fet le plus heureux et que le calme était revenu : « Tout est tranquille27»

Mais nous avons un moyen direct d’apprécier la force des deux partis à Orléans. Des élections municipales eurent lieu précisément dans les jours qui suivirent l’évasion de Taboureau. Ce fut un modéré, Armand-Léon Sailly, qui fut élu à la mairie. Il se hâta d’annoncer son succès à Roland dans une lettre datée du 16 décembre 1792 :

« Elevé depuis peu de jours à la place de maire de cette ville, je m’empresse d’avoir l’honneur de vous en faire part et je me félicite de pouvoir vous seconder en poursuivant les agitateurs jusque dans leurs derniers retranchemens. J’avais refusé la mai­rie l’année dernière, ne voulant m’occuper que d’élever ma nom­breuse famille et soigner mes propriétés. Mes concitoyens m’ayant pour la seconde fois honoré de leur confiance et les circonstances étant beaucoup plus scabreuses, je croirais man­quer à ma conscience et au patriotisme si je refusais de mettre la main au gouvernail ; en conséquence, j’ay été proclamé.

» Les citoyens soldats amis de l’ordre et des lois, après avoir sur les confins du département repoussé les scélérats qui venaient nous affamer en taxant les denrées, ont vu qu’il falloit tous aller aux élections. Sur 2 850 votans j’ay eu 1 600 voix et Nicole, un des chefs perturbateurs, pour lequel vous nous avez écrit deux fois, a réuni près de mille voix. Cette faction n’a pas été plus heureuse pour le procureur de la Commune et son substitut dont le choix est excellent. Alors les chefs des factieux se sont réunis, ont fait signer une espèce de protestation contre nos élections et [avec] le nommé Nicole, se sont députés pour Paris auprès de la faction désorganisatrice pour tâcher par son moyen de tromper la Convention nationale, en obtenant d’elle un décret qui annule nos élections et nous envoye un Commissaire du Parti pour présider aux nouvelles élections… Je me flatte d’assu­rer la paix dans nos murs et de réduire les perturbateurs publics ou au silence ou à aller ailleurs répandre leur doctrine empoi­sonnée. Prévenez, je vous prie, vertueux ministre, les menées des députés intrigans, déjouez leurs manœuvres auprès de la Con­vention et obtenez surtout que les sections cessent d’être perma­nentes dans les départements, car si les authorités constituées, qui viennent d’être renouvelées, sont à tous momens entravées, il ne sera pas possible d’opérer le moindre bien… Hier, nous regorgions de bled au marché. Aussi le pain de 9 livres pesant a-t-il diminué d’un sol. Il vaut 19 sols. A Beaugency aussi on est dans l’abondance et à Blois on meurt de faim. C’est l’effet de la taxe [qui était en vigueur à Blois]. Aussi la brave garde natio­nale est-elle déterminée à maintenir la propriété et la liberté28… »

Cette lettre très caractéristique du nouveau maire d’Or­léans, qui fut installé dans ses fonctions le 31 décem­bre 1792, nous permet de mesurer à leur juste valeur les craintes exagérées que les membres du Département avaient exprimées au début du mois pour se dispenser d’envoyer leur garde nationale au secours de leurs voisins de Blois. Le parti de Taboureau n’avait eu pour lui que le tiers des vo­tants. Il avait été incapable de s’emparer de la municipalité qui était restée aux mains du parti girondin. Les élections d’Orléans avaient été de véritables élections de classe : d’un côté, les consommateurs pauvres, désireux de faire baisser le prix de la vie par la taxe ; de l’autre, les propriétaires par­tisans de la liberté du commerce, source de leurs bénéfices.

C’est en lisant de pareils documents qu’on se rend compte de l’erreur profonde des historiens qui persistent, malgré l’évidence, à nier que la lutte des classes a joué un rôle dans les crises politiques de la Révolution. En réalité, Ro­land et les Girondins avaient derrière eux toute la classe pos­sédante, et les Montagnards, qu’ils désignaient sous le nom de « la faction désorganisatrice », avaient lié partie avec le peuple, et cela dès les premiers temps de la Convention.

Roland méritait la confiance du département du Loiret et du nouveau maire d’Orléans, son admirateur. Il dénonça Taboureau à la Convention et son « écrit infernal29 ». Il le considéra comme l’un des auteurs des troubles, et il ajouta : « Je crois qu’il importe à la tranquillité de la ville d’Orléans, à celle du département du Loiret et peut-être de la République entière, qu’il soit arrêté et puni. Il est très possible que, par lui, on ait la révélation du complot dont l’existence n’est plus un problème », car, pour Roland, les troubles n’avaient pas pour cause essentielle la disette et la cherté, mais les manœuvres secrètes des agitateurs, autre­ment dit des Montagnards, qu’il représentait parfois comme des agents stipendiés par l’ennemi. La Convention décida sans débat de renvoyer la dénonciation de Roland aux Co­mités de Sûreté générale et de Législation pour en faire rapport le lendemain. Mais le vote de la Convention resta lettre morte. Il ne semble pas que les Comités de Sûreté gé­nérale et de Législation aient jamais fait un rapport quel­conque sur l’affaire de Taboureau ; je n’en ai trouvé aucune mention. Il ne semble pas non plus que le mandat d’amener lancé contre Taboureau ait jamais pu être exécuté. J’ignore ce qu’il devint ensuite dans les mois décisifs du combat de la Montagne contre la Gironde.

(A suivre.)

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Sources imprimées

Requête du Tiers État au Roi, à ce qu’il plaise à Sa Majesté intervenir au soutien des intérêts de son Peuple dans l’Assemblée des Etats généraux et Règlement proposé. Par M. Taboureau de Montigny, avocat au Parlement, 1789, s. 1. et sans nom d’imprimeur, 24 p., 8°, Bib. nat. LB-40-1078 ;

Discours présenté à la tribune de la Société populaire d’Orléans le 24 germinal par le patriote Taboureau, administrateur du département du Loiret, brochure in-4°, Bib. nat. 4- LB40- 2870 ;

Adresse des corps administratifs réunis à Orléans à leurs concitoyens, 4 p., in-4° (Arch. nat., papiers Couthon [La cote T 566, indiquée par Mathiez se lit et se décline aujourd’hui en T//566/1 et T//566/2 (conservées à Paris, et non à Pierrefitte)] ;

Réponse des sections du Calvaire et de l’Hôpital réunies à l’adresse des corps administratifs relativement aux taxations de comestibles par le citoyen Taboureau, 4 p., in-4 (Papiers Couthon) ;

Recherches historiques sur la ville d’Orléans, par D. Lottin père, Orléans 1838 ; [8 volumes, sur Gallica]

Archives parlementaires.

Moniteur.

Sources manuscrites : Archives nationales F 7/3681/8 (troubles de novembre et décembre 1792 relatifs aux subsistances) ; F/7/4775/24 (dossier Taboureau) ; D/III/352 (dossier Laplanche) ; F/1bII/LOIRET/1 (personnel administratif).

Je remercie M. Jacques Soyer, archiviste du Loiret, qui a bien voulu faire des recherches dans son dépôt au sujet de Taboureau et qui m’a envoyé quelques renseignements utiles.

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1 Lefebvre, Georges, Études orléanaises, 1963, t. II, p. 84 [Note C. G.]

2 S’il avait été noble, il eût dû quitter Orléans après le vote du décret du 27 germinal an II. Or il y resta et remplit des fonctions publiques.

3 Arch. nat. F/7/4775/24.

4 Arch. nat. D/III/352.

5 D’après Necker, t. III, de 1726 à 1780, les hôtels des monnaies fabri­quèrent en France 957 millions de monnaie d’or et un milliard 489 millions de monnaie d’argent, total 2 milliards 446 millions.

6 [Orthographe adoptée par Mathiez. Note C. G.]

7 Orléans, 2 vol., 1906 et 1907. [Vol. 2 sur Archive.org]

8 André Bouvier, Jean-François Rozier et les débuts de la Révolution à Orléans, p. 155.

9 Archives nationales, D/III/352 (dossier Laplanche).

10 Voir A. Mathiez, La Vie chère et le mouvement social sous la Terreur, chapitre III.

11 On lit dans le procès-verbal du Comité de Commerce en date du 31 octobre 1792 : « Projet de loi sur les subsistances envoyé par le sieur Taboureau » (Gerbaux et Schmidt, t. III, p. 19).

12 Archives nationales, t. 53, p. 108.

13 Leur lettre, lue à la Convention à la séance du 28 novembre 1792, est publiée dans les Archives parlementaires, t. 53, p. 640.

14 Voir l’arrêté du département du Loiret dans les Archives parlemen­taires, loc. cit.

15 Adresse des corps administratifs réunis à Orléans à leurs concitoyens. 4 p., in-4°. Je n’ai reproduit que les passages les plus importants de cette adresse.

16 Extrait du registre des procès-verbaux de la 8e section d’Orléans dite de l’Hôpital, copié dans les papiers de Couthon, T. 566 [sur cette cote voir Bibliographie supra].

17 Réponse des sections du Calvaire et de l’Hôpital réunies à l’adresse des corps administratifs relativement aux taxations* de comestibles par le citoyen Taboureau, 4 p.,in-4°. Papiers Couthon. (*) Mathiez indique par erreur «taxations», au lieu de «taxateurs».

18 Sont ici néanmoins exceptés de l’anathème que nous prononçons plusieurs excellents patriotes qui, dans le premier égarement de la surprise ont donné, dans le piège de l’erreur et dont la profession de foi nous est connue en matière politique, mais tout le reste n’est composé que de vils suppôts d’un agiotage onéreux aux trois quarts de la nation. (Note de Taboureau.)

19 Ces phrases sont en italiques dans le document.

20 Arch. nat. T. 566. Scellés Couthon. [Voir Bibliographie supra]

21 Cette proclamation m’est restée inconnue. Le procès-verbal de la séance du département du 7 décembre 1792 est aux Archives nationales sous la cote F/7/3681/8.

22 Extrait du procès-verbal de la séance publique de l’assemblée admi­nistrative du département du Loiret du 10 décembre 1792 dans T. 566.

23 Voici le début de la lettre adressée par le département du Loiret à Roland le 8 décembre 1792 : « Un anarchiste ose lever dans nos murs sa tête hideuse. Il voudrait, le monstre, ravir aux frères d’armes la gloire qu’ils se sont acquise en repoussant sans effusion de sang un attroupement consi­dérable… » Arch. nat. F/7/3681/8.

24 Procès-verbal du département du Loir-et-Cher du 5 décembre 1792 (papiers Couthon).

25 Minute d’un arrêté des commissaires de la Convention dans le Loir-et-Cher (id).

26 Procès-verbal de l’assemblée administrative du département du Loiret du 10 décembre 1792 (papiers Couthon).

27 Arch. nat. F/7/3681/8.

28 Arch. nat. F/7/3681/8.

29 La minute de la lettre de Roland au président de la Convention, en date du 12 décembre 1794, est aux Arch. nat. sous la cote F/7/3681/8. La lettre ne fut lue qu’à la séance du 15 décembre. On la trouvera aux Archives parlementaires, t. LV, p. 59.