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La salutaire entreprise de réfutation de la « légende noire » entourant Robespierre, et visant souvent à travers lui la Révolution tout entière, donne lieu ces dernières années à une importante production éditoriale.

Parmi les ouvrages concernés, je signale aujourd’hui celui de Cécile Obligi, conservatrice à la Bibliothèque nationale, publié chez Belin : Robespierre. La probité révoltante.

Empruntant la formule de son titre au dramaturge Georg Büchner, l’ouvrage se veut de vulgarisation. Le style, souvent narratif, rend la lecture agréable, non sans quelques ambiguïtés parfois. Lorsque l’auteure écrit « Une percée des Enragés inquiète Robespierre, très opposé aux excès contre-productifs des Varlet ou des Jacques Roux », on ne sait pas si elle se « met à la place » de Robespierre (était-ce bien, d’ailleurs, le motif de son ressentiment envers les Enragé(e)s ?) ou si elle exprime un point de vue personnel.

Les citations de Robespierre sont nombreuses, et c’est un point fort du livre d’en présenter un si grand nombre dans leur contexte. Le reproche doit être adressé à l’éditeur qui inflige au livre et au lectorat une mise en page calamiteuse ! Aucune citation n’est mise en relief, ne serait-ce que par un passage à la ligne. Comme elles sont longues, on s’y perd souvent. Ajoutons que pour la maison Belin, comme pour bien d’autres hélas ! le lectorat se doit d’être curieux (assez pour acheter le livre), mais pas trop ! Pas assez en tout cas pour avoir envie d’aller plus loin dans ses lectures. Tenu pour un inculte complexé, il est privé de références et de notes de bas de page. C’est un manque de respect pour l’auteure, comme pour les lectrices et lecteurs.

L’autre qualité du livre de Cécile Obligi est son honnêteté. Après avoir énuméré les positions publiques les plus connues de Robespierre, elle ne glisse pas — comme tant d’autres le font — la question des droits des femmes sous le tapis, avec la poussière dont l’éradication est censée être l’une de leurs tâches traditionnelles :

 

Notons que pour Robespierre, homme signifie individu de sexe masculin. Quand il demande que l’on applique les droits de l’homme à tous, il ne lui vient manifestement pas à l’idée qu’une femme puisse bénéficier de ces droits. Il a pourtant réclamé la citoyenneté en particulier et l’application de la Déclaration des droits de l’homme en général pour des groupes de personnes à qui l’opinion publique de l’époque déniait l’aptitude (la dignité ?) à y accéder. Mais il n’a jamais formulé aucune revendication en faveur des femmes et ne s’est pas non plus fait leur relais quand elle a existé. Cette position ne change pas : pas plus en 1789 qu’en 1793, alors même que de véritables groupes de pression politiques se sont formés et ont fait entendre des demandes précises, Robes­pierre ne s’est fait l’avocat des femmes.

 

On peut certes tempérer cette appréciation, en rappelant que Robespierre s’est prononcé, en 1787, pour l’admission des femmes dans les académies, ou sociétés littéraires. Mais il s’agissait des dames de la bourgeoisie, et on ne retrouve en effet guère d’écho de cette position chez le Robespierre révolutionnaire.

De même lorsqu’il s’agit d’apprécier, y compris d’un point de vue moral, le rôle de Robespierre dans la Terreur, Cécile Obligi, réfute certes l’image d’un « dictateur », mais elle n’argue pas d’un « taux de létalité » tout compte fait raisonnable du Tribunal révolutionnaire, exercice auquel j’ai vu se livrer un historien dans une réunion publique. Elle donne une conclusion équilibrée :

 

Voilà donc le récit de l’histoire d’un vaincu. Davantage qu’un monstre en lequel il faut voir une bonne partie de la responsabilité des heures sombres de la Révolution, Robespierre est un homme politique intègre (on aura peine à utiliser un tel qualificatif pour ses ennemis…) qui a défendu une vision de la République. Pour aboutir à cet idéal, dans une situation périlleuse, il lui a semblé, avec d’autres, que, provisoirement, la fin justifiait les moyens. Il a sans aucun doute contribué à envoyer à la mort nombre de ses concitoyens, y compris certains, dont l’élimination, même en temps de guerre, était injustifiable.

 

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Robespierre. La probité révoltante (Belin, 2e édition, janvier 2014, 149 p., 12 €).

 

Statut : Ouvrage acheté en librairie.

On peut visionner ici une mini-conférence d’un quart d’heure ou Cécile Obligi résume l’argument de son livre.