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Parmi mes lectures « lyonnaises », je signale aujourd’hui l’ouvrage de Paul Chopelin : Ville patriote et ville martyre Lyon l’Église et la révolution — 1788-1805 (Éditions Letouzey & Ané, sept. 2010, 463 p., 39 €).

 

Un livre important, et imposant, par son volume, par la minutie des recherches de l’auteur, et par son prix ! Outre qu’il brosse un tableau général de la Révolution à Lyon, considérée sous l’angle indiqué dans son titre, il apporte des éléments d’information précieux sur la question épineuse — si l’on ose dire, s’agissant entre autres de « martyrs » — de l’hésitation des révolutionnaires, militants ou autorités nouvelles, sur l’attitude à tenir par rapport à la religion. Résumons, au risque de la caricature : éradication ou récupération ?

 

Entre la « déchristianisation » militante et le culte de l’Être suprême, une large palette de comportements et de positions philosophiques a été expérimentée durant la Révolution.

 

On aura sans doute noté que ces questions, que des gens de ma génération ont espéré pouvoir considérer comme réglées, au moins sous nos latitudes, y reviennent à nouveau en pleine lumière. Ici, comme sur tant d’autres sujets, l’expérience de la Révolution apporte beaucoup d’éléments de réflexion. Paul Chopelin, enseignant à Lyon 3, membre du conseil d’administration de la Société des études robespierristes, contribue à nous les rendre accessibles.

 

Je donne ci-dessous un extrait tiré de la page 144 du livre (je n’ai pas repris les notes ; on se reportera à l’original).

 

Objet des moqueries féroces des philosophes, comme en témoigne l’article « martyrs » du Dictionnaire philosophique de Voltaire, le martyr est réhabilité dans le cadre révolutionnaire par l’utilité de son sacrifice en faveur de la liberté. De ce point de vue, le « culte » des martyrs de la liberté n’est pas une nouvelle religion mais une morale devenue, dans une société sécularisée, un substitut à la religion catholique. Cette morale conserve certains des rites et traditions du catholicisme, qui sont des référents culturels incontournables pour les Français de la fin du XVIIIe siècle. Le récit de la vie de Chalier par Bernascon et Lauras, sur le modèle des évangiles, est un bon exemple de cette substitution. Quant à l’immortalité de Chalier, elle s’inscrit dans la perspective laïcisée d’une immortalité morale, indéfectiblement liée au sacrifice des mar­tyrs pour la cause républicaine. Le refus d’un culte sur le modèle catholique est d’ailleurs fortement revendiqué par d’Aumale, rédacteur en chef du Journal de Commune-Affranchie, qui s’indigne qu’une sentinelle ait obligé des passants à enlever leur chapeau devant les bustes des martyrs de la liberté placés à un carrefour de Paris. Selon lui, imiter les « dévotions hypocrites » du catholicisme n’est en aucun cas un gage de républicanisme. La célébration de Chalier ne peut que passer par l’imitation de ses vertus, et non par un culte inutile.

 

Portrait de Joseph Chalier

«Je donne mon âme à l’Eternel», portrait de Joseph Chalier. [Cliquer, pour AGRANDIR]

Statut : ouvrage acheté en librairie.