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Je signale une synthèse lumineuse sur le travail de l’historienne féministe américaine Joan W. Scott, publié par Clyde Plumauzille sur le site La vie des idées.

L’article, dont je donne un extrait ci-dessous, est intitulé «Joan W. Scott ou l’histoire critique des inégalités». Il est librement téléchargeable à l’adresse indiquée ci-dessus en lien (je n’ai pas repris les notes; on se reportera au texte original).

Joan Scott met à mal les mythologies contemporaines de l’universalisme républicain. Aussi son féminisme critique et son engagement dans le débat public ont-ils pu être rejetés, parfois violemment, par une partie de la classe intellectuelle française y voyant le produit du radicalisme « bruyant » et « acariâtre » d’un « féminisme à l’américaine ». Cette opposition s’est notamment manifestée à l’occasion de « l’affaire du Sofitel » en 2011. Dénonçant l’euphémisation de l’accusation de viol dont fait l’objet Dominique Strauss-Kahn, alors directeur du FMI, dans les réactions d’hommes politiques et de journalistes français qui vont jusqu’à évoquer un simple « troussage de domestique » [24] propre à l’habitus libertin de l’élite, Joan Scott critique une certaine « théorie française de la séduction » qui récuse les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la sexualité. Sa tribune parue dans le New York Times suscite les critiques vives d’Irène Théry, de Mona Ozouf, de Claude Habib et de Philippe Raynaud qui lui opposent par tribunes interposées la défense d’un « féminisme à la française » revendiquant « les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction » [25]. Le soutien alors reçu par Joan Scott de la part de philosophes, sociologues et politistes jouant un rôle de premier plan dans les études de genre en France permet de ne pas réduire cette controverse à un simple clivage franco-américain [26]. Selon ces derniers, c’est bien plutôt l’opposition entre un féminisme critique et un féminisme conservateur qui se révèle dans ces moments de politisation des questions sexuelles. Ce prétendu modus vivendi des sexes à la française constitue une ligne de défense idéologique permettant d’abstraire la question de la sexualité de la domination masculine et hétérosexuelle. Ainsi, là comme ailleurs, Joan Scott, en historienne réactive au présent, a proposé des pistes pour déconstruire les discours fantasmatiques et historiques de la République et dévoiler l’inégalité des rapports de sexes, de race ou de sexualité qu’ils peuvent légitimer. […]

 

 

 

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Joan W. Scott