Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , ,

 

En prélude au colloque franco-japonais de septembre prochain, annoncé ici-même, et auquel il doit participer, j’ai le privilège de donner le résumé du livre que M. Takashi Koï a publié au Japon en 2006 : La Révolution française à Lyon―liberté ou égalité (Rikkyo University Press, 727 p.), résumé qu’il a bien voulu me confier pour publication.

L’ouvrage de M. Koï a été recensé dans les Annales historiques de la Révolution française (n° 355, janvier-mars 2009), par Raymonde Monnier et Riho Hayakawa.

Comme il le rappelle, M. Koï — que j’avais eu le plaisir de rencontrer à Tokyo en 1990 — a travaillé de longue date sur la Révolution à Lyon, ayant rédigé sa thèse, au milieu des années 1970, sur les partisans de Chalier, que l’on désigne sous l’appellation de « Chaliers ».

Cette présentation a été rédigée en français par M. Koï lui-même. Il doit être remercié pour l’effort fourni pour s’exprimer dans une langue aussi difficile que la nôtre, qu’il pratique à l’écrit et à l’oral. On comprendra que ce texte n’a pas de prétention littéraire et vise simplement à offrir au public francophone un premier accès à l’énorme travail de M. Koï, dont il faut souhaiter, après Raymonde Monnier et Riho Hayakawa, qu’il puisse être prochainement traduit et publié en français.

En l’état, le livre peut d’ailleurs être utilisé (il l’a déjà été) par des historiens ou des étudiants francophones puisque les légendes des nombreux tableaux sont indiquées à la fois en français et en japonais (voir illustration ci-après).

L’auteur a eu la générosité d’accepter quelques suggestions de mise en forme de son texte (les discussions ont eu lieu par échange de courriels). Si d’aventure telle correction a pu altérer sa pensée, je dois en être tenu pour seul responsable. On pardonnera facilement à l’auteur (et, je l’espère, au relecteur) quelques maladresses d’expression que seul un travail de traduction intégrale à partir du texte original japonais permettra de pallier.

Quant au fond, l’ouvrage de M. Koï est une somme qui fait date dans l’historiographie de la Révolution à Lyon. Cela n’empêchera pas, au contraire, d’examiner de manière critique certaines de ses appréciations, qu’il s’agisse du dilemme « liberté ou égalité », ou de ce qui me paraît être une sous-estimation (d’ailleurs banale) du rôle des femmes, question qu’il aborde rapidement dans la conclusion du présent résumé.

Raison de plus — je me répète à dessein — pour souhaiter une traduction rapide !

 

Capture d’écran 2014-08-01 à 10.18.06

Couverture de «La Révolution française à Lyon» (Cliquez sur l’image pour l’AGRANDIR).

 

 

Réflexion sur la Révolution française à Lyon, par Takashi Koï

 

Mots-clés : peur du jacobinisme, analyse quantitative de la Terreur, révolte à Lyon, représentation nationale.

1

Je m’intéressais au mouvement populaire urbain et régional sous la Révolution française et — il y a 35 ans, en 1975 —, j’ai soutenu ma thèse intitulée « Les sans-culottes lyonnais et les Chaliers » sous la direction du professeur Maurice Garden (l’un des membres du jury était Albert Soboul). Par ailleurs, à travers cette étude je me suis rendu compte de l’importance de la révolte de Lyon en 1793 et de la Terreur jacobine qui lui a fait suite une fois que la ville a été rebaptisée Commune-Affranchie, dans lesquelles on peut trouver les phénomènes caractéristiques de la Révolution française à Lyon. Par l’étude de la révolte et de la Terreur à Lyon, on peut reconsidérer quelques conceptions habituelles relatives à l’histoire de la Révolution française, non limitées d’ailleurs au cadre régional. La révolte de Lyon est typique de ces mouvements non seulement « contre-révolutionnaires » mais « antijacobins », mais on y retrouve aussi des sentiments de peur du jacobinisme. D’autre part la Terreur à Commune-Affranchie est aussi typique des terreurs jacobines trouvées à Paris et dans diverses régions de France. Dans le cas de Commune-Affranchie, on peut mesurer quantitativement le poids de la Terreur qui n’est pas encore précisément connu, grâce aux archives importantes de la période révolutionnaire. J’ai récemment publié en japonais un livre intitulé La Révolution française à Lyon―liberté ou égalité, qui suit le processus de la Révolution à Lyon depuis sa veille jusqu’à la réaction thermidorienne, en centralisant mes analyses sur la révolte de Lyon et la Terreur. Je voudrais résumer ici les conclusions principales de ce livre qui concerne la révolte et la Terreur à Lyon, en omettant la première partie (qui va de la veille de la Révolution à la chute des Chaliers le 29 mai 1793) ainsi que les détails de mes recherches présentés dans ce livre.

2

Le 29 mai 1793, la Municipalité des Chaliers qui avait tenté d’installer la Terreur à Lyon, a été battue par une insurrection de la majorité des sections. Les Chaliers ont été arrêtés et le Comité de salut public du département de Rhône-et-Loire, le Club des Jacobins et les Clubs de sections à Lyon ont été dissous par la Municipalité provisoire composée des présidents et des secrétaires de l’assemblée de section. Au contraire, le 2 juin 1793, quatre jours après l’insurrection de Lyon, les sans-culottes parisiens des sections insurrectionnelles ont obligé la Convention nationale à arrêter les députés girondins. Après cette affaire, commence l’étape la plus radicale de la Révolution, la Terreur jacobine. Par conséquent, Lyon qui a pris une direction différente de celle de la Révolution française à Paris, passe pour être contre-révolutionnaire. C’est la révolte de Lyon. Cette révolte est définitivement réprimée par la force armée conventionnelle, après que les négociations ont été rompues entre Lyon insurgée et la Convention montagnarde. Les représentants du peuple en mission entrent dans la ville de Lyon avec les troupes assiégeantes le 9 octobre 1793. Ils mettent en application la Terreur jacobine qui continuera jusqu’à thermidor de l’an II. Environ deux mille accusés sont condamnés à mort, guillotinés ou fusillés.

On peut alors se demander quels sujets de recherche apparaissent dans cette révolte de Lyon sur laquelle les études ont peu avancé depuis le Lyon n’est plus d’Édouard Herriot publié en 1934-1940. D’après un grand nombre de documents de la période révolutionnaire qui sont heureusement conservés aux Archives à Lyon, se reportant aux grandes études sur l’histoire de la Révolution française des années 1930 jusqu’à ce jour (par exemple, dans l’œuvre de George Lefebvre, Albert Soboul et Michel Vovelle), on peut faire revivre l’image de la révolte de Lyon et reconnaître sa situation significative dans la Révolution française. On peut, en outre, mesurer quantitativement le nombre et la composition socioprofessionnelle des insurgés, et l’étendue géographique de la révolte par l’utilisation de la méthode analytique de l’histoire sociale et démographique.

3

La Révolution française à Lyon suit le cours de la révolte, examinant les diverses questions découlant de son processus. On peut ainsi savoir comment l’antagonisme entre Lyon insurgée et la Convention montagnarde a commencé, en raison de quelles causes le siège s’est prolongé jusqu’en octobre, ou encore quelles étaient les organisations principales qui avaient dirigé la révolte à Lyon. De plus, on doit envisager : l’accueil des Conventionnels girondins en fuite à Lyon, le procès des Chaliers, l’acceptation d’actes constitutionnels jacobins à Lyon, le recrutement de l’armée départementale et la souscription pour les frais de guerre, la formation de la Commission populaire républicaine et de salut public de Rhône-et-Loire, l’établissement du Secrétariat général des sections, ainsi que leurs activités pendant la révolte, etc. Pourtant nous n’évoquerons pas ici ces thèmes, mais nous allons montrer les caractères essentiels de la révolte à Lyon.

* * *

Premièrement, la révolte de Lyon est caractérisée par la mentalité de peur du jacobinisme ou des jacobins. De même que Riffaterre a tenu l’insurrection du 29 mai 1793 pour un mouvement de peur sociale, on peut considérer que la révolte de Lyon est, depuis son déclenchement jusqu’à la fin, emplie de cette peur du jacobinisme, peur qu’il n’est pas nécessaire cependant de qualifier comme particulièrement « sociale ». Nous ne redirons pas ici la grande inquiétude ou la grande peur qu’ont provoquée les discours des Chaliers exigeant l’application de la Terreur, parmi les habitants des quartiers avant l’insurrection du 29 mai. De plus, les habitants n’oublient pas cette peur du jacobinisme après le 29 mai et en parlent toujours. Elle a plutôt été amplifiée par les rapports des commissaires de Lyon envoyés à Paris, les propos des Conventionnels girondins en fuite à Lyon, l’arrivée des envoyés de Marseille et des autres villes fédéralistes et les menaces des représentants du peuple et de la Convention montagnarde. Elle contraint les insurgés à une résistance totale. Pour citer un bref exemple, les citoyens de la section de Porte-Froc expriment ainsi leurs sentiments de peur envers la Terreur des Chaliers dans leur proclamation du 11 juin 1793 : « Si nous avions été vaincus […] père, époux, femmes, enfans [sic], tous devoient être égorgés [1]. »

Les commissaires de Lyon envoyés à Paris au début de juin ont rapporté, avec la peur du jacobinisme, l’idée que la situation à Paris depuis le 31 mai était pareille à celle de Lyon sous la Municipalité des Chaliers avant le 29 mai. Les Conventionnels girondins en fuite à Lyon ont alimenté la peur du jacobinisme en mentionnant les forfaits des montagnards. Les insurgés lyonnais ont considéré que la subordination aux jacobins permettait le despotisme, l’anarchie, le meurtre et le pillage. Leur résistance totale pendant deux mois prouve-t-elle alors la force de cette peur du jacobinisme ? Les insurgés lyonnais n’acceptent absolument pas, jusqu’à la fin du siège, les décrets particuliers de la Convention montagnarde concernant le département de Rhône-et-Loire et ses habitants, ce qui n’est pas sans rapport avec la peur du jacobinisme. Car s’ils avaient accepté ces décrets particuliers, ils auraient reconnu le caractère illégal de leur insurrection ; Lyon alors aurait été occupé par les assiégeants, et les insurgés auraient été arrêtés, condamnés à mort et tous leurs biens auraient été confisqués. Il était possible que les désastres dont ils avaient peur avant l’insurrection du 29 mai soient devenus une réalité. Le massacre de Sautemouche (l’un des Chaliers), mis en liberté sous caution, le 27 juin 1793, est aussi un témoignage de la haine et de la peur envers les Chaliers. C’est une affaire qui se situe à l’inverse des septembrisades de Paris. Elle prouve qu’il n’existe pas seulement la peur d’un complot de l’aristocratie, mais aussi la peur de la gauche, des Chaliers ou des jacobins. Au commencement et dans le courant de la Révolution française, la peur du complot de l’aristocratie et la peur du despotisme et de la Terreur des jacobins apparaissent. Cette dernière pousse le reste de la nation à s’unir contre les jacobins, les enragés et les militants sans-culottes radicaux, et ainsi que l’autre fait se lever la masse populaire et pousse le Tiers d’état à s’unir contre l’aristocratie. La peur des jacobins a empêché le maintien et le rétablissement de la politique révolutionnaire jacobine, de même que la peur du complot de l’aristocratie a empêché la Contre-Révolution. En conséquence la Révolution française s’est installée dans la mesure où ces deux peurs n’ont pas été effacées.

Deuxièmement, l’importance des sections est une caractéristique de la révolte à Lyon. Les sections ont toujours soutenu la révolte depuis son commencement jusqu’à sa fin, bien que cette révolte ait été dirigée par la Municipalité provisoire de la ville de Lyon et la Commission populaire républicaine et de salut public de Rhône-et Loire. La révolte a été lancée et terminée par l’Assemblée ou le Comité des commissaires de sections. C’est un symbole de l’importance des sections dans cette révolte. Les sections de Lyon ont été dirigées par les citoyens modérés, qui ont eu, sans cesse, soin d’administrer démocratiquement leur section et qui ont appuyé d’en bas les organisations dirigeantes de la révolte. Ce qui est sûrement l’un des ressorts de la révolte durant ces quatre mois. Leur pratique est si démocratique qu’il n’est pas facile de la distinguer de la démocratie sans-culotte de Paris. Les militants sectionnaires à Lyon ont tendance à l’individualisme, tandis que les sans-culottes parisiens tendent à une vision collective. Les insurgés lyonnais préfèrent le scrutin secret et individuel au vote en masse, tandis que les sans-culottes parisiens adoptent un vote à haute voix ou par applaudissement. Si les militants sectionnaires à Lyon préfèrent la perfection de la démocratie représentative à la démocratie directe, leur pratique sectionnaire a une tendance rousseauiste, parce qu’ils permettent à tous les adultes masculins d’assister à l’assemblée de section et montrent la volonté générale dans l’assemblée de section [2].

De plus les sections de Lyon échangent leurs opinions et constituent un réseau étroit, dont le pivot est le Secrétariat général des sections. Il n’est pas devenu un organisme autonome comme le Club central des Chaliers qui a dépassé la limite de son pouvoir par son règlement. Il fonctionne pour exprimer la volonté générale des sections, se consacrant sans cesse aux communications entre les sections de Lyon. On peut se référer aux Tableaux 67~73 dans mon livre pour savoir dans quelle mesure fonctionnait ce réseau sectionnaire.

Troisièmement, les insurgés ont exclu les partisans des Chaliers des organisations dirigeantes de la révolte et des activités sectionnaires. La répression contre les Chaliers et leurs partisans n’en a pas moins été limitée par rapport à celle de la Terreur jacobine après le siège de Lyon.

Quatrièmement, non seulement la révolte de Lyon représente une lutte contre la Municipalité des Chaliers (c’est-à-dire que c’est une affaire régionale), mais encore elle s’est transformée en contestation de la légitimité de la Convention montagnarde, dix jours après son commencement, puisque les insurgés lyonnais ont allégué le défaut de l’intégralité de la représentation nationale pour résister à la Convention montagnarde [3].

Les arrestations des Conventionnels girondins sont-elles légales ? Si les députés ne représentent pas l’intérêt régional de leur circonscription électorale, mais l’intérêt de la nation, la Convention qui a exclu une partie de ses députés, représente-elle encore la nation ? Peut-on dire qu’on a jusqu’ici étudié le jacobinisme en négligeant cette problématique ? Sans doute, et en d’autres termes on peut dire que la révolution sociale ou l’égalité sociale (les ultra-jacobins comme Fouché et Collot d’Herbois ont essayé de l’accomplir par la Terreur) a nui à la démocratie politique ou à la liberté politique. On conçoit alors que la démocratie politique ou la démarche démocratique ne sont pas des questions importantes par rapport à l’idéal de la démocratie sociale et de la révolution sociale. Si l’on a suivi le processus de la Révolution française à Lyon, on pourra comprendre l’incompatibilité de ces deux formes de démocraties : la liberté et l’égalité. « La liberté et l’égalité » se transforment de fait en « la liberté ou l’égalité » au cours de la Révolution française. En considérant la Révolution socialiste en Russie et la chute de l’U.R.S.S., la problématique de la compatibilité de deux démocraties nous est encore familière aujourd’hui. Il n’est donc pas inutile de relativiser le jacobinisme du point de vue d’un mouvement « contre-révolutionnaire » ou antijacobin dans la révolte de Lyon. À cet égard, l’étude de cette révolte et de la Terreur jacobine à Lyon contribue à une révision même de la Révolution française qui était surtout expliquée par le discours des jacobins, et à la reconsidération de l’interprétation sociale de la Révolution française qui a aussi son origine dans le jacobinisme.

Cinquièmement, la tendance modérée de la révolte à Lyon est exprimée par le mode de perception des frais de guerre. Les insurgés dirigeants ont d’abord proposé des nouveaux « sous additionnels » sur les contributions foncières et mobilières de la majorité des citoyens, en évitant la taxe forcée sur les riches et en ouvrant la souscription patriotique. Ils ont laissé cette souscription patriotique à la volonté des riches. En conséquence la Commission populaire a prévu une souscription patriotique d’un montant total de 6 millions de livres pendant la révolte. C’est la même somme que la taxe forcée sur les riches imposée par les Chaliers avant l’insurrection du 29 mai. La Municipalité des Chaliers a en effet exigé 1 million 285 milles livres aux riches de la section Égalité [4]. Cette souscription patriotique n’a pas dépassé 6 millions de livres et n’était pas suffisante pour payer les frais de guerre pendant le siège. (Par exemple, un seul salaire annuel de l’armée départementale représente 6 millions 570 mille livres.)

Sixièmement, on a considéré, jusqu’à présent, que les girondins fuyant Paris ont fomenté des mouvements fédéralistes dans les régions, et la révolte à Lyon fait partie de ce mouvement. À mon avis, la révolte de Lyon n’a pas été exclusivement causée par le fédéralisme. Lyon n’a pas tardé pourtant à s’associer avec les villes et départements fédéralistes pour résister à la Convention montagnarde. Mais après que les forces fédéralistes du Sud et de l’Ouest ont subi des défaites militaires provoqués par les troupes de la Convention montagnarde, Lyon n’a ni l’intention ni la capacité de continuer le mouvement fédéraliste sans l’aide des autres départements. Les insurgés lyonnais devaient s’occuper de la défense de la ville. Autrement dit, le mouvement fédéraliste auquel Lyon a pris part, n’a pas été assez fort pour prétendre substituer l’État fédéraliste et décentralisé au régime centralisateur de la Convention montagnarde. Il a, semble-t-il, insisté sur le ralliement des forces des départements antimontagnards. Pourtant il a été écrasé par les troupes militaires envoyées par la Convention montagnarde. Considérant la fragilité de ce mouvement fédéraliste, la menace de fédéralistes contre-révolutionnaires aurait été exagérée, exprès ou inconsciemment, par le discours des jacobins. On n’en reconnaît pas moins l’idée de l’État décentralisé des insurgés lyonnais dans leurs critiques concernant les actes constitutionnels de la Convention montagnarde.

Lyon n’a donc presque jamais expédié de troupes hors du département du Rhône-et-Loire, sans même parler de marcher sur Paris. Le comportement des troupes lyonnaises a eu pour but de saisir la manufacture des armes de Saint-Etienne et il s’est presque limité au département de la Loire. Ce qui est en accord avec le caractère défensif de la révolte.

Septièmement, alors la révolte à Lyon n’a-t-elle pas eu une tendance à soutenir le royalisme et les contre-révolutionnaires ? Il est bien évident qu’elle n’est pas essentiellement « contre-révolutionnaire », si l’on entend que la « contre-révolution » a pour but le rétablissement de l’Ancien Régime. Les insurgés lyonnais ont prêté le serment « Liberté, Égalité et la République une et indivisible » dans les cérémonies et la formule figure sur les papiers officiels pendant le siège. La plupart des insurgés n’ont jamais eu de doutes sur ce serment. Néanmoins, il se peut que la révolte ait rallié tous les contre-révolutionnaires, seulement pour résister à l’autorité gouvernementale de l’époque. Les dirigeants insurgés ont proposé à Perrin-Précy (émigré royaliste) un poste de général en chef d’armée départementale et ont approuvé tacitement la décision de Précy de nommer 7 ex-nobles comme ses aides de camp dans son quartier général. Il y avait 43 ex-nobles dans l’armée départementale.

Les nobles et les notables sous l’Ancien Régime sont aussi compris parmi les membres principaux de la Commission populaire. Les ex-nobles et les (ex-)prêtres représentent 17,4 % des membres dont nous pouvons identifier les professions (Tableau 46, p. 521). Quelques insurgés dirigeants sont, semble-t-il, royalistes. On trouve au moins une tendance potentielle contre-révolutionnaire ou royaliste dans le quartier général de l’armée départementale et la Commission populaire et chez les militants de la section de Porte-Froc (Tableaux 56 et 56 bis, pp. 563-4). Les jacobins ont surtout souligné ce caractère royaliste de la révolte.

Huitièmement, Lyon a sanctionné le projet de la Constitution montagnarde à la majorité de voix de 99 %. Cela signifie que Lyon a reconnu la République démocratique établie par la Révolution du 10 août 1792 et que la révolte à Lyon n’est pas essentiellement contre-révolutionnaire. Lyon a plutôt souhaité la mise en vigueur de cette Constitution le plus tôt possible. Malgré tout, l’attitude critique de Lyon à l’égard de la Constitution jacobine est représentée par le nombre de voix d’approbation conditionnelle (45% des suffrages). Par leurs amendements, les insurgés lyonnais désirent voir établir un gouvernement représentatif démocratique et la décentralisation administrative. Ils s’opposent ainsi à un corps législatif unique et puissant, et affirment la nécessité d’un équilibre des pouvoirs entre le corps législatif, d’une part les corps judiciaires et administratifs, d’autre part, surtout les autorités locales comme on peut le voir dans la Réflexion d’un véritable républicain, sur les intérêts du Peuple Français adressée aux citoyens du département de Rhône-et-Loire, dans leurs assemblées primaires [5]. En conséquence l’affaire de la sanction de la Constitution montagnarde a permis de mieux comprendre les tendances politiques des insurgés lyonnais, qui sont différentes de celles de la Montagne, et en même temps de saisir que leur opinion critique sur la Constitution de 1793 met en relief ses lacunes, par exemple son impossibilité de faire sanctionner tous les projets de loi par le peuple.

Capture d’écran 2014-08-01 à 10.18.39

Les légendes de tous les tableaux de l’ouvrage sont indiquées à la fois en japonais et en français (cliquez sur l’image pour l’AGRANDIR).

4

La deuxième partie de La Révolution française à Lyon est consacrée à l’analyse de l’organisation de la révolte et de l’attitude des révoltés pour éclairer la structure interne de la révolte.

En ce qui concerne le nombre des participants : le nombre total de membres de la Municipalité provisoire est d’environ 90 personnes (le nombre réglementaire était 68) ; celui des membres du Corps administratif du Département est de 26 personnes (de même, estimé environ 37 membres) et ceux de la Commission populaire d’environ 210 personnes (de même, environ 300 membres). Si l’on y ajoute les membres du Quartier général de l’armée départementale, la révolte est dirigée par environ 350 personnes. Les dirigeants les plus importants représentent environ 50 personnes dans la Municipalité provisoire, 10 dans le Département et 40 dans la Commission populaire. Leur nombre total était donc d’environ 100 personnes.

En ce qui concerne la durée d’activité des organisations, la Municipalité provisoire a tenu séance presque tous les jours jusqu’au début d’août, et la participation la plus importante au Conseil général a eu lieu dans la première moitié de juin. Après cela, le nombre des participants à la réunion diminue peu à peu jusqu’au commencement du siège de Lyon. Après la formation du Comité général de surveillance et de salut public du Département de Rhône-et-Loire (assemblée qui a ajouté plusieurs membres de la Municipalité provisoire et du Département à la Commission populaire) au début d’août, le Conseil général de la Municipalité provisoire n’a presque jamais tenu séance (Tableau 43, p. 518). Quant au Corps administratif du département, la participation la plus importante à son Conseil général se retrouve aussi au mois de juin, et l’activité est arrêtée au début d’août. Au contraire la Commission populaire qui est convoquée le 30 juin, a tenu séance presque tous les jours jusqu’au 8 octobre (la date de la reddition). L’apogée de la révolte à Lyon a donc eu lieu au mois de juillet alors que les trois organisations — la Municipalité provisoire, le Département et la Commission populaire — y ont parallèlement tenu leur séance. La Municipalité provisoire et le Département ont arrêté leur activité au début d’août. Cette date correspond au commencement du siège de Lyon.

En ce qui concerne la composition socioprofessionnelle des membres, les professions libérales (hommes de loi et médecins), les marchands et les rentiers représentent la majorité des membres de la Municipalité provisoire : 61 % (cf. Tableau 29, p. 504), tandis qu’ils ne représentent que 19, 3% dans l’ensemble des citoyens de la ville inscrits sur les 9 registres de la contribution mobilière (cf. Tableau 144, p. 668). Ils ont fait partie de la catégorie supérieure (notable) depuis avant la Révolution. La composition socioprofessionnelle des membres du Département montre la même tendance. La majorité des membres du Département est composée d’hommes de loi (55,5 %, cf. Tableau 40, p. 515). On peut dire que le Département de Rhône-et-Loire a été surtout administré par des hommes de loi. D’autre part, quant à la Commission populaire, les professions libérales, les marchands et les rentiers représentent environ 60 % de ses membres de même que les membres de la Municipalité provisoire. Mais on trouve peu d’artisans divers et traditionnels dans la Commission populaire (7,9 %, cf. Tableau 46, p. 519 ; 28,8 % dans le cas de membres de la Municipalité provisoire, cf. Tableau 29, p. 504). Il est remarquable que les ex-nobles et (ex-)prêtres représentent 17,4 % des membres de la Commission populaire. Or il existe aussi des ex-membres d’anciennes juridictions dans la Commission populaire. Cela nous montre que la Commission populaire avait une tendance latente à la contre-révolution ou au royalisme. Certaines divergences d’attitudes envers la Convention montagnarde dans les trois organisations reflètent celle de leurs compositions socioprofessionnelles.

En ce qui concerne le montant moyen des loyers des membres, celui des membres de la Municipalité provisoire se monte à 309,8 livres (36 personnes), celui des membres de la Commission populaire à 489,2 l. (17 personnes), tandis que celui de tous les citoyens des neuf registres de canton de la ville est de 192,4 l. (26 562 personnes ; cf. Tableau 57, p. 565). Donc, de ce point de vue, la Municipalité provisoire représente 1,5 fois et la Commission populaire 2,5 fois plus que le loyer moyen des citoyens de la ville. Le montant des loyers des membres de la Commission populaire est donc 1,6 fois plus forte que celui des membres de la Municipalité provisoire. La révolte à Lyon a, au sens large et socialement, un caractère riche et bourgeois.

En ce qui concerne les âges des membres, les âges moyens et les pyramides des âges se ressemblent dans les trois organisations. L’âge moyen des membres de la Municipalité provisoire est 44,5 ans, celui des membres du Département 45,4 ans et celui des membres de la Commission populaire 44,4 ans (cf. Tableau 55, p. 562). Ces personnages sont donc nés en moyenne en 1748-1749, et ils ont été jeunes au moins jusqu’à la fin des années 1770 (avant la crise sociale à la veille de la Révolution). Ils ont obtenu leur fortune ou leur rang social, ou en ont hérité avant la Révolution. Ils sont d’une génération plus âgée de dix ans que celle des Chaliers. L’âge moyen des Chaliers est 33,2 ans (cf. Tableau 26, p. 493). Les Chaliers sont nés en moyenne en 1760 et sont de la génération des principaux montagnards de la Convention. (Beaucoup de montagnards sont nés dans la seconde moitié des années 1750 et les années 1760.)

Combien de personnes ont été condamnées à mort parmi les membres des trois organisations insurgées ? On peut en compter 9 parmi les 15 membres du Bureau municipal (60 %), 37 parmi les 88 officiers municipaux (42 %) (cf. Tableau 31, p. 506 ), et 9 parmi les 26 membres du Corps administratif du département (34,6 %) (cf. Tableau 40, p. 515). Parmi les 211 membres de la Commission populaire, 45 personnes ont été condamnées à mort (21,3 %) et 2 personnes ont été tuées à la guerre (0,9 %) (cf. Tableau 46, p. 521). Au total parmi les 325 membres des trois organisations, 91 personnes ont été condamnées à mort (28,0 %) et 2 ont été tuées à la guerre (0,6 %). Si la Terreur jacobine a borné ses sanctions aux meneurs de la révolte, les tribunaux extraordinaires de Lyon n’ont condamné à mort que des membres des trois organisations. Cependant on trouve environ 2 000 accusés sur la liste des personnes condamnées à mort par les trois tribunaux de Lyon, parce que la Terreur jacobine a touché tous les insurgés.

On va voir les sujets sur lesquels ces trois organisations ont délibéré pendant la révolte. Constatons d’abord qu’il y a une même tendance à la Municipalité provisoire (qui dirige la première moitié de la révolte) et à la Commission populaire (qui dirige sa seconde moitié). On peut classer leurs sujets de délibération en trois catégories : les affaires politiques et administratives et les affaires sociales à Lyon et dans le Rhône-et-Loire, les affaires extérieures, et les affaires militaires (cf. Tableau 69, pp. 578-579). Dans les sujets de délibération de la Municipalité provisoire et de la Commission populaire, les affaires politiques et administratives représentent environ 40 %, les affaires sociales environ 14 % (au total les affaires de Lyon et du département représentent environ 55 %). Cela montre que les insurgés lyonnais devaient s’occuper surtout des affaires de la ville, plus que des affaires extérieures.

Cependant la révolte lyonnaise n’est pas seulement une affaire qui est comprise dans l’histoire régionale de la Révolution française ; elle a aussi posé le problème du sens et des principes politiques de la Révolution. Elle a remis en question la légitimité de la Convention montagnarde ou du jacobinisme. Ainsi les affaires extérieures représentent 20-26 % des sujets de délibérations. En outre cette question n’est résolue que par la force armée de la Convention. C’est pourquoi les affaires militaires représentent 15-16 % des sujets de délibération. D’autre part le nombre de sujets traités au Conseil général du département est le tiers de ceux traités par la Municipalité provisoire et de la Commission populaire (cf. Tableau 53, p. 541). Ce qui caractérise le Département, c’est que les affaires politiques et sociales de la ville représentent plus de la moitié (67 %) des sujets de délibération de son Conseil général. On notera ici le caractère introverti du Département de Rhône-et-Loire. Le rôle dans la révolte du Corps administratif du département n’est pas aussi important que celui de la Municipalité provisoire et de la Commission populaire.

En ce qui concerne les tendances politiques, la Municipalité provisoire a désarmé et poursuivi avec prudence les Chaliers et les militants jacobins, délivrant un certificat de civisme à l’ex-premier échevin Imbert-Colomès. Elle adoptait un attitude indulgente à l’égard des factions de la droite et de la gauche. Cependant elle a attaché de l’importance aux symboles républicains et rejeté ceux du royalisme et de la foi catholique. Par cela, on voit que la Municipalité provisoire a une attitude modérée et républicaine. Elle a préféré éviter la rupture des négociations avec la Convention montagnarde. Le prolongement de la révolte à Lyon, semble-t-il, provient du transfert de l’initiative de la révolte de la Municipalité provisoire à la Commission populaire à la fin de juillet.

Voyons alors à quelles villes et à quels départements Lyon insurgée a envoyé des commissaires ou des lettres. Et aussi de quelles villes et de quels départements Lyon a reçu des commissaires et des lettres. D’après les registres, on trouve que les espaces géographiques de communication sont semblables pour les trois organisations (cf. Tableaux 36, p. 510 ; 37, p. 511 ; 42, p. 517 ; 50, p. 537 ; 51, p. 538 ; 52, p. 539 ; 52 bis, p. 549). Ce sont les régions et les villes suivantes : 1°) les départements des bassins du Rhône et de la Saône et des environs de Lyon ; 2°) Bordeaux, Marseille et Caen (Lyon n’a pas envoyé de commissaire à Caen) ; 3°) Paris. Cependant les envois de commissaires et de correspondance d’autres départements à Lyon insurgée ont pris fin au milieu du mois de juillet. Ce qui correspond à la période où les forces armées envoyées par la Convention ont battu les troupes des fédéralistes une par une, dans l’Ouest, le Nord et le Midi.

Si Lyon a envoyé des commissaires aux communes du département de Rhône-et-Loire pour expliquer la cause de la révolte ou s’approvisionner en vivres, cette ville n’a presque jamais expédié de troupe en dehors de Rhône-et-Loire. Cela est une preuve du caractère défensif de la révolte de Lyon. Par exemple les départements et villes qui ont envoyé des commissaires ou de la correspondance à Lyon sont plus nombreux que ceux auxquels la Commission populaire en a envoyés. Parmi 82 départements en dehors du Rhône-et-Loire, Lyon a envoyé 14 commissaires et 18 ont été envoyés à Lyon (cf. Tableaux 50 & 51, pp. 537-578 ). En tout cas, en ce qui concerne la coopération avec le dehors, Lyon a eu une attitude passive.

En ce qui concerne la relation avec les Conventionnels girondins, les discours de ceux qui sont en fuite à Lyon ont certainement influé sur les décisions ultérieures de la Commission populaire lorsqu’elle s’est ouverte. Cependant les demandes de conventionnels girondins ne seront pas entièrement satisfaites par la Commission populaire. Elle n’a jamais décidé une marche sur Paris.

Alors on peut se demander quel est le mouvement des sections qui sert de base populaire à la révolte ou encore quelles étaient leur relations avec les organisations supérieures.

Premièrement, nous avons enquêté sur le nombre de jours et la durée des séances d’assemblée dans les sections pour mesurer la vigueur des activités sectionnaires. Nous voyons que les séances dans la section antijacobine radicale comme la Porte-Froc sont fréquentes et longues, alors que celles de la section des Chaliers comme Bordeaux (Hôtel-Dieu) sont rares et courtes, et que celles des sections antijacobines comme la Concorde (Port Saint-Paul) et la Paix (la Juiverie) sont entre les deux. La section de Porte-Froc a tenu des séances de 12-13 heures tous les jours (132 en 134 jours, soit 98,5 %) jusqu’au commencement du siège (23 heures pendant le siège). La Porte-Froc assurait une permanence de sa section. D’autre part les sections de la Concorde et de la Paix ont tenu des séances durant 104 jours (77,6 %) et 96 jours (71,6 %) lors des 134 jours de la révolte. Leurs séances sont rares après septembre (le Gourguillon n’a pas tenu de séance à partir du 23 juin). La durée des séances de ces sections ne représente que 3 à 4 heures le soir, avant le commencement du siège. Elle a augmenté jusqu’à 13 à 18 heures pendant le siège. Quant à la section de Bordeaux (l’une des sections des Chaliers), elle a interrompu ses séances en même temps que le commencement du siège et n’a pas pu les rouvrir jusqu’au début de la reddition de Lyon. Dans cette section, les jours de séance ne représentent que la moitié des jours de révolte. En outre, la durée de séance de cette section est de 3 à 4 heures, le soir, sauf plusieurs jours au mois de juillet. Il y a eu peu de sections antijacobines radicales (comme la Porte-Froc) qui ont tenu des séances tous les jours ou en permanence. La plupart des sections seraient comme la Concorde ou la Paix (sections antijacobines), avec des séances de durée moyenne. Les sections n’en maintenaient pas moins leur vigueur et soutenaient d’en bas la révolte, parce que ces sections ont pu tenir séance durant les trois quarts des jours de la révolte.

Combien de personnes ont assisté aux assemblées de sections pendant la révolte ? Selon le nombre de votants lors d’une élection ou de décisions prise par scrutin, on trouve 200 à 300 personnes pour un sujet important, et environ 100 personnes pour une séance ordinaire avec la décision prise par scrutin. Cependant le nombre des participants est de moins de 50 personnes pour une séance ordinaire sans décision par scrutin. Quoique la section soit en état de permanence, il est possible qu’il ne reste ordinairement que les membres principaux du bureau dans la salle. De toute façon, nous trouvons environ 200 noms de militants sur le registre de la section de Porte-Froc (cf. Tableau 54, pp. 542-561). Le nombre de militants de la section pendant la révolte n’est donc pas différent de celui des membres de Club de section avant l’insurrection du 29 mai (par exemple le Club de Saint-Vincent compte 195 membres ; cf. Tableau 13-Ⅰ, p. 474).

Deuxièmement, quels citoyens ont composé le groupe des militants de section pendant la révolte ? L’âge moyen des militants de la section de Porte-Froc est de 44,4 ans, au même niveau que celui des militants des trois organisations supérieures (la Municipalité provisoire, le Département et la Commission populaire). On trouve que l’âge moyen des membres antijacobins des diverses organisations est un peu plus élevé que celui des militants des Clubs de section et des membres des comités révolutionnaires de section sous la Terreur (cf. Tableau 98, p. 615). Quant à la composition socioprofessionnelle, à la Porte-Froc par exemple, les professions libérales, les commis, les ex-nobles et les (ex-)prêtres représentent la moitié des membres (cf. Tableau 56 & 56 bis, pp. 563-564). Donc la Porte-Froc est socialement plus proche de la Commission populaire que de la Municipalité provisoire. La Porte-Froc étant l’une des sections antijacobines radicales, cela nous montre que la tendance latente à la contre-révolution ou au royalisme existe aussi dans les sections de Lyon pendant la révolte. Le montant moyen des loyers des militants de la Porte-Froc est de 403,6 livres. Il est 2,4 fois plus élevé que celui du canton de la Métropole (170,3 livres) auquel appartient la Porte-Froc. Non seulement les militants de la Porte-Froc sont conservateurs et riches, mais encore la plupart de ses membres sont originaires de Lyon (56,6%) ou de Rhône-et-Loire (22,6%) (cf. Tableau 58, p. 565). Leur famille habite Lyon depuis avant même leur naissance et ils ont hérité de la fortune de leur père ou acquis alors la fortune ou le rang. En conséquence, un quart des militants de la Porte-Froc ont été condamnés à mort par les tribunaux de Lyon sous la Terreur jacobine (cf. Tableau 59, p. 566).

Troisièmement, dans quelle mesure chaque section collabore-t-elle avec les autres sections ou les autorités supérieures ? Nous avons classé les sujets de délibération dans les assemblées de la Porte-Froc et de Bordeaux (Hôtel-Dieu) en trois catégories : sujets proposés par la section même, sujets proposés par d’autres sections (correspondance horizontale) et ceux proposés par les autorités supérieures de Lyon (correspondance verticale). En conséquence, on voit que les sujets proposés par les membres de la section même ne représentent que moins de la moitié ou la moitié de tous les sujets de délibération. Une autre moitié des sujets sont proposés par l’extérieur (les autres sections ou les autorités supérieures) (cf. Tableau 66, p. 575 ). La section a une relation de correspondance horizontale et verticale avec les autres sections et les autorités supérieures. Quant aux sujets proposés par l’extérieur, après le commencement du siège, le nombre de ceux proposés par des autorités supérieures dépasse celui des sujets des autres sections (cf. Tableau 61, p. 568). Cela montre que les autorités supérieures ont renforcé leur direction sur le mouvement sectionnaire dans la seconde moitié de la révolte à Lyon.

Quatrièmement, d’après les registres de sections, on ne trouve pas de grandes différences d’opinions sur les problèmes politiques et sociaux concernant les principes de la révolte, dans les diverses sections et parmi les autorités supérieures (la Municipalité provisoire et la Commission populaire). Il n’existe aucun texte contre la République (le principe républicain, depuis le 10 août 1792) dans la section de Porte-Froc même, qui est l’une des sections antijacobines radicales et a une tendance latente à la contre-révolution ou au royalisme. Toutes les organisations, des autorités supérieures aux sections, ont été, en apparence au moins, d’accord sur les principes de la révolte. Nous sommes plutôt frappés de ce que les sections ne sont pas inférieures aux autorités supérieures pour bien comprendre et énoncer les principes de la révolte. En somme, on peut dire que la révolte à Lyon était celle des citoyens rassemblés dans leurs sections, considérant que les sections ont pris l’initiative du commencement à la fin de la révolte.

Or, si l’on classe les sujets de délibérations proposés dans chaque section en trois catégories (problèmes politiques, sociaux et militaires), les sujets politiques représentent la moitié et les sujets sociaux environ 20 % seulement. Cela montre la politisation de la section. Il est remarquable que les affaires des « suspects » — le jugement des Chaliers et la surveillance sur les suspects — représentent 30 % (92 sujets sur 300) dans la section de Porte-Froc (cf. Tableau 62, p. 569). On peut constater alors le grand nombre de citoyens de la section qui ont été pris de la peur des jacobins.

Également, l’une des caractéristiques du mouvement sectionnaire à Lyon est la présence d’un Secrétariat général composé par les commissaires des sections. Il n’est pas devenu un organe central autonome comme le Club central dirigé par les Chaliers, se consacrant plutôt à la correspondance et à la coordination entre les sections. Par l’intermédiaire du Secrétariat général, elles expriment la volonté générale, et les autorités supérieures communiquent avec elles. Le Secrétariat général est aussi une sorte de guichet des sections pour les autorités supérieures. D’autre part, quant aux attitudes des sections face au Secrétariat général, celles qui communiquent activement avec celui-ci sont antijacobines radicales et antijacobines, tandis que l’on ne voit pas tellement les noms de sections des Chaliers sur les registres du Secrétariat général (cf. Tableaux 67 et 70, pp. 576 et 580).

Malgré tout, si l’on considère l’administration du Secrétariat général des sections et l’expression de la volonté générale des sections à Lyon, on trouve des traits communs entre les modérés comme les insurgés et les sans-culottes lyonnais concernant la pratique des formalités démocratiques dans les sections, mais on voit aussi la différence entre l’individualisme des révoltés lyonnais (qui veulent réaliser la démocratie représentative) et la tendance collective de sans-culottes parisiens. Il nous semble qu’il n’existe pas de si grand contraste entre la culture politique des modérés et celle des sans-culottes.

5

Les troisième et quatrième parties sont consacrées à la Terreur jacobine à Commune-Affranchie depuis octobre 1793 (la reddition de Lyon) jusqu’à juillet 1794 (la réaction thermidorienne). Nous essayons non seulement de montrer la conception de la Terreur jacobine, mais de mesurer son étendue et d’analyser quantitativement ses tendances politiques et sociales. C’est ce qui nous a permis d’éclaircir sa problématique.

La Terreur à Commune-Affranchie commence par le décret de la Convention daté du 22 vendémiaire de l’an II (13 octobre 1793). Ce décret énumère les mesures principales que les représentants jacobins du peuple prendront sous la Terreur jacobine à Commune-Affranchie. Il est donc certain que cette Terreur a eu lieu sur l’ordre de la Convention nationale. Pourtant il est possible que la pratique de la Terreur ait été en grande partie confiée à la décision des représentants jacobins du peuple. La rigueur de la Terreur a été donc transformée par le remplacement de représentants du peuple envoyés sur place. En outre on ne peut pas dire qu’ils ont eu précisément connaissance de la révolte et des révoltés de Lyon. (Ils ont considéré la révolte lyonnaise comme une seconde Vendée.) Cela a rendu aussi la Terreur plus rigoureuse. Dans leur ordre du 2 brumaire de l’an II (23 octobre 1793), les représentants du peuple considèrent également les catégories sociales des riches accapareurs ou des banquiers comme des suspects riches et contre-révolutionnaires. Par conséquent, il était possible que la Terreur ne soit pas restée seulement politique, mais qu’elle soit devenue sociale.

Nous allons considérer les suspects qui ont été poursuivis et arrêtés sous la Terreur. Nous avons précisé le nombre de suspects, leurs situations socioprofessionnelles et leurs âges, le montant de leurs loyers inscrits sur le registre de la contribution mobilière, et le pourcentage des condamnés à mort parmi les suspects. De plus, nous les avons comparés avec les membres du comité révolutionnaire dans la section ou l’arrondissement. Il en résulte que les catégories riches ou réactionnaires et âgées sont dénoncées par les catégories modestes au-dessous de la moyenne, c’est-à-dire les milieux pauvres de l’artisanat traditionnel ou les fabricants et ouvriers en soie.

Ces suspects sont arrêtés et dénoncés aux trois tribunaux extraordinaires établis sous la Terreur. Les deux tribunaux — Commission militaire et Commission de justice populaire — qui sont créés par le représentant du peuple Couthon au début de la Terreur, ont condamné à mort environ 200 accusés et confisqué leur biens. Il vaut mieux connaître non seulement la composition du groupe des accusés condamnés à mort, mais aussi celle des acquittés, et les comparer pour saisir le sens des effets obtenus par les deux commissions. La plupart des accusés condamnés à mort par la Commission militaire sont des officiers de l’armée lyonnaise (86%), tandis que la plupart des acquittés sont des simples soldats (74%, cf. Tableau 102, p. 619). Les accusés condamnés à mort par la Commission de justice populaire sont souvent des membres des autorités administratives de Lyon (77 %, cf. Tableau 110, p. 627). Tous les accusés au-dessous de 19 ans sont acquittés par les deux commissions. On peut donc dire que ces commissions ont l’intention de se borner à sanctionner les dirigeants principaux de la révolte à Lyon. Quant au nombre moyen d’accusés inculpés par jour, il est tout au plus de 3 accusés jusqu’au 4 novembre (le jour du départ à Paris de Couthon ; les acquittements sont plus nombreux que les condamnations à mort jusqu’à ce jour). Pourtant le nombre d’accusés et celui des condamnations à mort augmentent nettement après l’arrivée de Fouché et de Collot d’Herbois (cf. Tableaux 103, p. 620 et 106, p. 623). Cette montée brusque du nombre des accusés tient sans doute aux idées de Fouché et de Collot, en même temps qu’aux intentions de la Convention montagnarde.

Quant à la composition socioprofessionnelle : les accusés condamnés à mort sont plus riches et réactionnaires que les acquittés dans les deux commissions (cf. Tableaux 105, p. 622 et 108, p. 625). Leur caractéristique ressemble à celle des suspects poursuivis par le comité révolutionnaire de section. Les jugements rendus par les deux commissions révèlent ainsi les caractères politique et social de la Terreur à Commune-Affranchie (on peut également voir des divergences dans les jugements suivant les sexes).

La Terreur est renforcée après l’arrivée de Fouché et de Collot d’Herbois au début de novembre 1793. Ils établissent une nouvelle Commission temporaire de surveillance républicaine qui instaure la Terreur en suivant leurs intentions. Ils nomment les militants sans-culottes de Moulins et de Paris — leurs suppôts à Moulins ou à Paris — ses membres (cf. Tableau 114, p. 634). Quant à la composition socioprofessionnelle de ses membres (cf. Tableau 113, p. 634), la moitié est constituée par des hommes de loi, des médecins et des marchands, c’est-à-dire la catégorie riche et supérieure. En dépit de leur ressemblance sociale avec les dirigeants de la révolte à Lyon, la Commission temporaire ne comporte pas d’ex-nobles, (ex)-prêtres et rentiers. D’ailleurs leur âge moyen (32,9 ans) est plus bas que celui des dirigeants de la révolte (par exemple 44,5 ans dans la Municipalité provisoire) (cf. Tableaux 112, p. 633 et 98, p. 615). Cependant on ne trouve guère de membres de la Commission temporaire issus des milieux populaires comme les artisans et ouvriers de manufactures de textiles. Cette Commission est donc composée de militants jeunes radicaux et intelligents. Il n’est pas certain qu’ils comprennent suffisamment la situation réelle de la société lyonnaise. Comme presque tous les membres des tribunaux extraordinaires et de la Commission temporaire ainsi que les représentants du peuple sont étrangers à la région (seuls Gaillard, de la Commission temporaire, et Fernex, juge de la Commission révolutionnaire, sont Lyonnais), on peut dire que la Terreur jacobine à Commune-Affranchie a été réalisée par des étrangers à la ville.

La Commission temporaire énonce les idées et les mesures de la Terreur dans son « Instruction » du 26 brumaire de l’an II. Les auteurs de cette Instruction (Fouché, Collot d’Herbois et les membres de la Commission temporaire) divisent les gens composant la société en hommes riches condamnables d’une part, et le peuple pauvre, mais vertueux, d’autre part, et ils insistent sur l’antagonisme entre les deux. Ils affirment que la royauté et la servitude sous l’Ancien Régime revivront, si l’on n’achève pas « une révolution totale », qui extirpe les aristocraties bourgeoise, financière et nobiliaire. C’est une idéologie ultra-jacobine. Les auteurs affirment leur grande affection pour le peuple dans cette Instruction. Étant donné que leur affection pour le peuple est grande et profonde, ils ont dû pratiquer rigoureusement la Terreur. Mais la situation réelle de la société lyonnaise est-elle bien telle qu’ils le disent ? Le peuple pour lequel ils ont de l’affection — c’est-à-dire la catégorie populaire située au-dessous du niveau moyen social à Commune-Affranchie — partage-t-il vraiment leur point de vue ? Il est peu probable que le peuple ait voulu réaliser également la révolution sociale et totale, avec résolution.

En tout cas les représentants du peuple ont essayé de prendre les mesures suggérées par cette Instruction. Nous ne pouvons pas déterminer quantitativement l’importance des réquisitions et des taxes révolutionnaires sur les habitants, à cause du manque de documents. Nous ne connaissons actuellement que les détails des taxes révolutionnaires sur les habitants de la commune de Mornant (cf. Tableaux 115, p. 635 et 116, p. 636). Par contre il est possible d’analyser les compositions des groupes d’accusés de la Commission révolutionnaire comme celles de deux autres commissions extraordinaires mentionnées ci-dessus.

Premièrement, nous avons vu l’arrêté promulgué pour établir la Commission révolutionnaire, éclairci le problème de la composition du corps des juges et cité des exemples de sentences typiques. Ainsi que l’arrêté mentionné ci-dessus le déclare : « Tous ceux qui remplissent les prisons de cette commune ont conspiré l’anéantissement de la République, médité le massacre des patriotes [6] ». Les juges condamnent les accusés pour avoir fédéralisé la République en complicité avec les tyrans, pour avoir voulu la livrer à ses ennemis, pour avoir détruit par ses bases le gouvernement républicain, et pour avoir fait les plus grands efforts pour établir un système fédéraliste et sectionnaire [7]. Les représentants du peuple et les juges n’ont pas exactement compris le caractère des révoltés à Lyon. La majorité des révoltés ne sont ni royalistes ni fédéralistes, comme je le montre dans mon ouvrage. Le jacobinisme a une forte tendance à exagérer et à étiqueter, exprès ou inconsciemment.

Deuxièmement, en ce qui concerne les juges de la Commission révolutionnaire, leur âge moyen (35,3 ans, cf. Tableau 117, p. 637) est proche de celui des membres de la Commission temporaire (32,9 ans, cf. Tableau 112, p. 633) et des Chaliers (33,2, cf. Tableau 26, p. 493). Ce sont des militants énergiques, radicaux et étrangers à Lyon (sauf Fernex). Ils condamnent donc à mort les accusés plus âgés qu’eux-mêmes (l’âge moyen des accusés condamnés à mort est de 41,9 ans ; cf. Tableau 119, p. 640).

Troisièmement, la Commission révolutionnaire condamne à mort environ 1 700 accusés (cf. Tableau 118, p. 638), tandis que les deux autres en condamnent chacune environ 100 (la Commission militaire 102, et la Commission de justice populaire 113). Si l’on compare cela avec environ 2 600 condamnations à mort décrétées par le Tribunal de Paris sous la Convention montagnarde [8] les condamnations à mort à Commune-Affranchie sont relativement plus nombreuses que celles de Paris, parce que la population de Lyon représentait alors un quart de celle de Paris. Cependant il ne faut pas oublier, si l’on insiste trop sur la cruauté de la Commission révolutionnaire, que le nombre des accusés condamnés à mort et celui des acquittés sont presque égaux dans la Commission révolutionnaire (1 669 acquittés contre 1 683 condamnés à mort, cf. Tableau 118, p. 638). De toute façon, on devra voir quel accusé est condamné à mort et quel accusé est acquitté. Nous pouvons éclaircir des caractères de la Terreur jacobine à Commune-Affranchie en faisant une comparaison entre les deux.

D’abord, envisageons la composition socioprofessionnelle des accusés, en comparant celle des accusés condamnés à mort avec celles des acquittés, en les divisant en trois groupes : les accusés de chaque canton, ceux de la ville entière, et les étrangers à la ville. En outre, confrontons ces résultats à la population de Lyon (tous les citoyens inscrits sur les Registres de la contribution mobilière en 1792 ou 1793). Voilà le résultat : parmi les condamnés à mort par la Commission révolutionnaire, la catégorie « populaire », c’est-à-dire les fabricants et ouvriers en soie, les journaliers et les domestiques, représente 10,8%, alors qu’elle constitue 33,4% de la population lyonnaise (soit un tiers). La catégorie des « riches » fournit 43,2% des condamnés à mort alors qu’elle ne constitue que 20,0% de la population.

Capture d’écran 2014-08-01 à 10.19.03

Cliquez sur le tableau pour l’AGRANDIR.

Pourtant, la catégorie « populaire » représente 16,5% des acquittés, alors qu’elle ne constitue (voir ci-dessus) que 10,8% des condamnés à mort, mais 33,4% de la population. La catégorie des « riches » représente 26,3% des acquittés (contre 43,2% des condamnés à mort et 20,0% seulement de la population ; voir tableau 146, p. 670). Par conséquent, le groupe des acquittés est de composition plus « populaire » que celui des condamnés à mort, et en même temps plus bourgeoise que l’ensemble de la population.

D’autre part les pourcentages d’artisans divers (ceux du textile inclus) chez les accusés condamnés à mort et les acquittés, qui sont tous les deux presque de même niveau, représentent un peu moins que celui de toute la population de la ville de Lyon (38,7 % et 37,6 % contre 44,3 % de la population). Or la différence entre les accusés condamnés à mort et les acquittés est la plus remarquable pour la catégorie des « riches » (43,2 % des condamnés à mort contre 26,3 % des acquittés, c’est-à-dire un écart de 16,9). En ce qui concerne le pourcentage de la catégorie des « riches », le nombre des acquittés (26,3 %) est plutôt plus proche du nombre total des habitants de Lyon (20,0 %) que de celui des condamnés à mort (43,2 % ) (cf. Tableau 146, p. 670). Aussi on peut dire que d’un point de vue social, la mort ou l’acquittement, dépend de savoir si l’accusé appartient à la catégorie riche et supérieure. Nous avons vu le caractère social de la Terreur jacobine à Commune-Affranchie et mesuré quantitativement son intensité. Les condamnés à mort comptent un nombre important de commis et de membres des professions libérales (13,9 % des accusés condamnés à mort soit 184 personnes) ; il est de 2,5 % pour tous les commis et les professions libérales dans la ville entière, soit 852 personne (cf. Tableau 144, p. 668). Cela correspond au fait que ceux-ci sont tenus pour suspects dans l’Instruction du 26 brumaire de l’an II.

Il est possible que le pourcentage des membres de la catégorie riche et supérieure (ou réactionnaire) parmi les accusés condamnés à mort soit plus élevé que le chiffre réel, parce que les juges jacobins considèrent les petits marchands comme des marchands sur le papier du jugement, de même qu’ils présentent aussi les rentiers comme des ex-nobles afin de déshonorer les accusés condamnés à mort. Néanmoins les montants moyens des loyers des accusés condamnés à mort sont 1,4~2,6 fois (dans chaque canton) ou 2 fois (dans la ville entière) plus haut que ceux de l’ensemble des citoyens inscrits sur les Registres de la contribution mobilière (cf. Tableau 157, p. 681). Les accusés condamnés à mort sont certainement aisés. En outre, si l’on compare le montant moyen des loyers des accusés condamnés à mort à celui des membres du comité révolutionnaire dans la section (ou l’arrondissement) sous la Terreur, celui-là est 2 fois plus élevé que celui-ci (cf. Tableau 158, p. 682). Cependant les montants moyens des loyers des acquittés ne sont que 1,1~2,1 fois dans chaque canton ou 1,7 fois dans la ville entière plus élevés que ceux de l’ensemble des citoyens de Lyon (cf. Tableau 157, p.681). Le montant moyen de loyers des acquittés est donc plus élevé que celui de l’ensemble des citoyens de Lyon, mais plus bas que celui des accusés condamnés à mort.

D’ailleurs, pour les montants moyens des loyers des accusés condamnés à mort, il n’existe pas de grandes différences entre les trois commissions extraordinaires (cf. Tableau 159, p. 683), bien que la Commission militaire ait condamné les officiers de l’armée départementale et la Commission de justice populaire les officiers civils et des membres des autorités constituées pendant la révolte. Le montant moyen des loyers des accusés condamnés à mort par la Commission révolutionnaire est semblable à ceux des membres de la Municipalité provisoire, de la Commission populaire pendant la révolte. Cela montre que les critères politiques et les critères sociaux se rejoignent dans la caractérisation des victimes de la Terreur jacobine à Commune-Affranchie.

Alors on peut se demander quel est le pourcentage des habitants de Lyon représenté par les accusés appelés à la Commission révolutionnaire. Dans le Tableau 152 « Pourcentage des tous les accusés, de ceux condamnés à mort et de ceux acquittés par la Commission révolutionnaire dans les citoyens inscrits sur les Registres de la contribution mobilière » (p. 676), 7 sur 100 habitants (ou chefs de famille) ont été traduits devant la Commission révolutionnaire, parmi lesquels 4 personnes ont été condamnés à mort et 3 personnes acquittés. Spécialement dans le canton riche de la Fédération, situé au sud de la presqu’île, 10 habitants sur 100 ont été traduits devant la Commission révolutionnaire, parmi lesquels 6 personnes ont été condamnés à mort.

Or nous avons eu l’impression qu’un nombre de contre-révolutionnaires venus des autres villes et régions s’étaient engagés dans la révolte de Lyon. Si cela était vrai, nous devrions trouver les personnes habitant hors de la ville de Lyon parmi les accusés de la Commission révolutionnaire. Quant à l’origine géographique des accusés condamnés à mort par la Commission révolutionnaire, Lyon et ses faubourgs représentent 81 %. D’autre part les régions du département de Rhône-et-Loire représentent 12 % et les autres départements (principalement voisins du Rhône-et-Loire) 7% (cf. Tableau 153, p. 677). En ce qui concerne tous les accusés de la Commission révolutionnaire, 75% habitent Lyon et ses faubourgs.

* * *

Pour quels motifs ont été condamnés à mort les accusés de la Commission révolutionnaire ? Premièrement, selon les papiers judiciaires, les motifs de jugement sont clairs, sans parler de ce qu’on les juge raisonnables ou non. Deuxièmement, la Commission révolutionnaire condamne à mort les lyonnais pour les motifs principaux suivants : avoir pris les armes ou être membres des autorités judiciaires et civiles (cf. Tableau 160, p. 684). D’autre part, à l’égard des étrangers à Lyon, elle les condamne à mort, pour la plupart, pour le motif d’être ex-nobles ou (ex-)prêtres contre-révolutionnaires, ou d’être complices de la révolte à Lyon, en plus des motifs mentionnés ci-dessus (cf. Tableau 161, p. 685). Troisièmement, il existe une différence de ces motifs de condamnation à mort suivant les trois commissions extraordinaires. Tandis que la Commission militaire prononce la condamnation à mort pour les officiers de l’armée révoltée et que la Commission de justice populaire la prononce pour les membres principaux des autorités civiles et judiciaires pendant la révolte, la Commission révolutionnaire condamne au supplice depuis des simples soldats jusqu’à des officiers militaires, depuis des insurgés non considérés comme meneurs jusqu’à des chefs de la révolte, c’est-à-dire des révoltés de tous degrés (cf. Tableau 162, p. 686). Par conséquent, le nombre des condamnations à mort prononcées par la Commission révolutionnaire monte à près de 1 700 (cf. Tableau 118, p. 638 ), alors que chacune des Commissions militaire et de justice populaire se borne à environ 100 morts (cf. Tableaux 103, p. 620 et 106, p. 623 ).

6

On peut alors se demander qui a dénoncé les condamnés à mort aux commissions extraordinaires. En faisant une comparaison entre « les dénonciateurs » et « les dénoncés », nous avons cherché à connaître leur rapport personnels. Si l’on se rapporte à la « Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés de la ville de Lyon » publiée à Lausanne en 1795, nous trouvons les noms et, quelquefois, les adresses des dénonciateurs et des dénoncés par section. En outre, on peut les chercher sur les Registres de la contribution mobilière. Par conséquent, dans les quatre sections, on a ainsi vérifié les contrastes existant pour les compositions socio-professionnelles et les montants de loyer (cf. Tableaux 165, p. 688 ; 168, p. 691 ; 173, p. 698 ; 176, p. 701 ; 181, p. 705 ; 184, p. 709 ; 187, p. 713 et 189, p. 716) ; leurs adresses (numéros de domicile) (cf. Tableaux 171, p. 694 ; 179, p. 703 ; 185, p. 710 et 193, p. 720) ; le nombre des dénonciations par dénonciateur et des dénonciateurs pour chaque dénoncé (cf. Tableaux 170, p. 693 ; 178, p. 702 ; 191 p. 718 et 192, p.719) ; les comportements politiques de chaque militant dans la section durant une période allant d’avant l’insurrection du 29 mai jusqu’à la Terreur jacobine (cf. Tableaux 172, p. 697 ; 180, p. 704 ; 186, p. 712 et 194, p. 722). Il existe socialement un contraste net entre les dénonciateurs et les dénoncés. Cela montre que la catégorie riche et supérieure est dénoncée par la catégorie des classes populaires au-dessous de la moyenne durant la Terreur. Cela prouve également que la plupart des dénonciations ont été faites plutôt par des commissaires de comité de surveillance (comité révolutionnaire) de la section ou de l’arrondissement que par le public, que les numéros de domicile des dénonciateurs ne sont pas généralement proche de ceux des dénoncés, mais que les dénonciateurs (compris le commissaire) sont des habitants de la même section que celle des dénoncés. D’ailleurs, si l’on considère leur carrière depuis avant l’insurrection du 29 mai jusqu’à la Terreur jacobine, on peut voir que les dénonciateurs appartenaient généralement aux groupes jacobins (les clubistes de section avant l’Insurrection ou les suspects jacobins pendant le siège), et que les dénoncés appartenaient aux groupes antijacobins (les insurgés du 29 mai ou les militants de l’assemblée et du comité de section pendant le siège). L’antagonisme politique et social était impossible à effacer entre les habitants jacobins et les habitants antijacobins dans une section, d’autant plus qu’il y avait peu de déplacement de militants entre les deux groupes pendant la Révolution.

7

Nous allons considérer les mesures constructives que les représentants du peuple ont pris sous la Terreur jacobine à Commune-Affranchie et dans les départements du Rhône et de la Loire. Sans tenir compte de cela, on ne peut pas estimer les effets de la Terreur. Dans la lettre des représentants du peuple adressée à la Convention nationale et datée du 21 ventôse (le 11 mars 1793), Fouché, Laporte et Meaulle écrivent : « Les propriétés du riche conspirateur lyonnais, acquises à la République, sont immenses, et elles peuvent porter le bien-être et l’aisance parmi des milliers de républicains. Ordonnez promptement cette répartition, ne souffrez pas que des fripons enrichis enlèvent dans des ventes scandaleuses, les propriétés des sans-culottes, le patrimoine des amis de la liberté [9]. »

Or, il ne me semble pas qu’ils aient accompli cette répartition gratuitement pendant la Terreur jacobine, quoiqu’ils aient confisqué et vendu les propriétés d’accusés condamnés à mort par les commissions extraordinaires. À cela près, on ne mentionne principalement que les deux mesures constructives suivantes. L’une de ces mesures est « la vente et la division des biens des émigrés en petits lots, en vingt ans et vingt paiements, égaux, sans intérêts ». Les représentants du peuple ont essayé de créer des petits propriétaires ruraux, en imposant des taxes révolutionnaires sur les riches (cf. Tableaux 115, p. 635 et 116, p. 636 ). On a vérifié l’effet de cette mesure dans le district de Villefranche (cf. Tableaux 195~197, pp. 723-725). De fait le nombre des objets et la somme totale des ventes des biens par mois ont augmenté à partir de l’arrêté départemental du 15 prairial concernant les ventes des biens nationaux en petits lots, jusqu’à thermidor de l’an II [10]. Les biens vendus le moins cher par adjudication sont vendus au plus grand nombre des acquéreurs au mois de thermidor (cf. Tableau 195). Tout de même, la moyenne la plus basse par mois des prix d’adjudications pour un acquéreur (par lot) monte à 7 026 livres en thermidor (cf. Tableau 197) (moyenne des prix des adjudications par acquéreur : 14 630 livres). Ce n’est pas là une somme que pourraient payer des paysans pauvres, même s’ils avaient reçu un bon de 500 livres [11]. Quelle est la quantité de biens acquis par les paysans pauvres dans ce district ? Les acquéreurs qui ont acheté des biens à moins de 500 livres (le montant du bon distribué aux paysans pauvres) sont peu nombreux : 35 personnes, c’est-à-dire 3,8 % du nombre total des acquéreurs (ceux à moins de 1 000 livres : 59 personnes, soit 6,4 %). Cette mesure a donc comme effet d’augmenter assez peu le nombre des petits propriétaires ruraux.

Le deuxième essai social tenté par les représentants du peuple est la mesure prise pour républicaniser (réhabiliter) le commerce et l’industrie de la soierie. Selon ce projet, les ateliers ne fabriqueront que des étoffes unies et des bas de soie et 300 établissements seront créés dans la ville et chaque établissement pourra faire fonctionner 12 à 15 métiers (30 ou 40 métiers au maximum). Pour chacun d’eux, il sera fait une avance de 30 000 livres. C’est un essai pour aider les fabricants à se mettre à leur compte, éliminant ainsi les grands manufacturiers [12]. Toutefois, quelle serait la différence entre les manufactures de soierie réhabilitées par ce projet et celles qui existaient à la veille de la Révolution française ? Le nombre des métiers par atelier baisse peu par rapport à celui d’avant la Révolution, quoique les grands marchands-fabricants (manufacturiers à quelques centaines de métiers) et les marchands de soie en gros disparaissent de la Fabrique de soierie de Commune-Affranchie. Le nombre total des métiers (12 000 métiers au maximum) est également proche de celui d’avant la Révolution (14 000 métiers) (cf. Tableau 6, p. 466). D’ailleurs le Comité du commerce, auquel le Comité de salut public de la Convention a envoyé ce projet de rétablissement de la Fabrique, défend les manufactures de galons d’or et d’argent. D’autre part il ne veut pas, au nom de la liberté du commerce, qu’on limite le nombre des métiers et des ouvriers par établissement [13]. Toutefois, les représentants du peuple n’ont pas exécuté ce projet. La Terreur jacobine prend donc peu de mesures efficaces pour aider les habitants de Commune-Affranchie pour leur subsistance et mener le peuple au bonheur, à part l’emploi de journaliers pour le travail de démolitions des rues des riches, l’approvisionnement et la taxation sur les produits de première nécessité de la vie, et la distribution de 300 000 livres aux infirmes et aux vieillards indigents (6 682 personnes [14]). Cela n’aura sans doute pas été suffisant pour que la plupart des habitants conçoivent une espérance pour leur avenir proche. Les ex-Chaliers et les militants jacobins de Commune-Affranchie ont finalement de la répugnance pour la Terreur jacobine dirigée par des représentants du peuple comme Collot d’Herbois et Fouché. À cet égard, les militants et les habitants ont raison de ne pas protester contre la réaction thermidorienne.

Or il existe récemment un point de vue qui fait le rapport entre la Terreur jacobine et les essais de la révolution sociale dans la Révolution française. Comme ce problème concerne la signification de la Terreur dans la Révolution française, je vais l’évoquer ici.

Premièrement, non seulement la Révolution française se borne à remplacer le pouvoir politique ou à faire des réformes politiques, mais elle est aussi une révolution sociale accompagnée de certains changements du système ou du régime social, comme cela a été admis par les historiens jusqu’à ce jour. Mais alors jusqu’où et dans quelle mesure la Révolution a-t-elle permis de réaliser la révolution sociale ? Cela n’est pas nécessairement précis. Les réformes sociales ont commencé par le rachat des droits seigneuriaux et sont allées jusqu’à la confiscation des biens ecclésiastiques et des émigrés, l’abolition des corporations et la vente des biens nationaux. La plupart de ces mesures sont entrées en vigueur avant la Terreur jacobine. On a donc besoin de savoir quelles sont les réformes sociales réalisées seulement par la Terreur jacobine, pour considérer les véritables relations entre la révolution sociale et la Terreur. Durant la Révolution à Lyon, la Terreur jacobine a entrainé des pertes en hommes et en matériel pour la catégorie riche et supérieure. De plus, la Terreur a employé les chômeurs à des travaux publics (les démolitions des rues habitées par des riches), a destiné les biens confisqués des condamnés à mort à rembourser les frais des travaux publics, et a décidé de payer une allocation d’indemnité aux individus infirmes et aux vieillards indigents. Pourtant dans le cas du district de Villefranche, les acquéreurs des biens des émigrés en petits lots à moins de 500 ou de 1 000 livres représentent un petit nombre. D’autre part le projet de républicaniser le commerce et l’industrie de la soierie n’a pas été exécuté par les représentants du peuple envoyés à Commune-Affranchie. Comme nous l’avons déjà remarqué, la Terreur jacobine manque d’un programme constructif pour améliorer la vie des habitants et mener le peuple au bonheur par des réformes sociales, programme qui aurait pu compenser les destructions qu’elle a causées. Si la Terreur jacobine est entraînée par le caractère social de la Révolution française, les résultats des réformes sociales à Commune-Affranchie sont limitées . Nous sommes plutôt choqués par le décalage entre l’idéal sublime de la Terreur jacobine, l’amour du peuple exprimé par les représentants du peuple et le spectacle affreux de la Terreur. (En outre si l’on soulignait trop la relation indivisible entre les réformes sociales et la Terreur, on risquerait de justifier historiquement les horreurs de la Terreur. En même temps si l’on n’insiste que sur la signification de la révolution sociale dans la Révolution française, on peut nous identifier aux jacobins et à l’interprétation jacobine de la Révolution française, ce qui rendrait difficile de voir d’une manière relative ou objective le jacobinisme et la Terreur jacobine.)

8

La Révolution française à Lyon a posé les problèmes que l’on n’a pas pu observer dans les études régionales sur la Révolution française jusqu’à ce jour, à travers les phases contrastés de la Municipalité des Chaliers et de la révolte contre la Convention montagnarde au cours de la Terreur jacobine. Ce sont également des problèmes qui influent sur l’interprétation de la Révolution française. Il s’agit de l’intégralité de la représentation nationale comme problème politique. La révolte de Lyon est réprimée rigoureusement par la Convention montagnarde, puisqu’elle met en doute la légitimité de celle-ci après la proscription des députés girondins. Enfin cette conception de l’intégralité de la représentation nationale revient à celle de la démocratie politique. On doit vérifier si la Révolution française, qui a proclamé les droits de l’homme et a professé la pratique de la démocratie, était également démocratique dans son processus et ses procédures. Les pratiques populaires n’apparaissent pas toujours égales à la pratique démocratique, si l’on compare les politiques des Clubs de sections avant l’insurrection du 29 mai et des sections sous la Terreur avec celle des sections pendant la révolte. Il n’existe pas de grande opposition concernant les pratiques démocratiques et la culture politique dans la section — c’est-à-dire la démocratie sectionnaire — entre les clubistes et les modérés.

L’antagonisme au sujet du sens de la Révolution parmi les groupes était d’autant plus fort que le décalage social parmi les couches sociales des habitants s’était développé à Lyon, et cela plus que dans les autres villes de la France, à cause de l’expansion des manufactures de soierie depuis la première moitié de XVIIIe siècle. La Révolution française à Lyon a brusquement changé de direction avec le remplacement des groupes qui avaient conquis l’hégémonie du mouvement révolutionnaire de Lyon. Il n’existe sans doute aucune autre ville en France qui ait connu socialement un antagonisme aussi fort dans la lutte révolutionnaire. On a mesuré quantitativement la force de cet antagonisme social en comparant la composition socioprofessionnelle et le montant moyen de loyer entre les groupes opposés. Ce sont les Chaliers et les représentants du peuple (les ultra-jacobins) envoyés par la Convention montagnarde qui mettent l’accent sur cet antagonisme social et essayent d’établir la révolution sociale. C’est ainsi que la catégorie riche et supérieure a subi des dommages matériels et des pertes en hommes.

Pourtant l’idéologie des ultra-jacobins et la Terreur jacobine provoquent « la peur des jacobins ou du jacobinisme » parmi les habitants, surtout les citoyens bourgeois de Lyon. Comparativement à la peur du complot de l’aristocratie, on n’a pas mentionné, jusqu’à ce jour, l’existence de la peur des jacobins ou du jacobinisme. Cette peur gagne l’esprit de beaucoup d’habitants lyonnais au fur et à mesure de la radicalisation de la Révolution française. Cette mentalité agit certainement sur le déroulement de la Révolution à Lyon. En outre, à Lyon, ces sentiments resteront longtemps au cœur des habitants, comme inconsciemment. C’est ce qui empêchera le retour du jacobinisme après la Révolution française. Tout de même, on peut sentir que, à travers les questions politiques et sociales soulevées par la Révolution française à Lyon, la mort de chaque révolté, tué à la guerre ou condamné à mort par les commissions extraordinaires, a un sens au point de vue historique et devient une part de la Révolution française au même titre que celle des grands révolutionnaires.

Enfin, la Révolution française à Lyon présente une distinction suivant les sexes, sans doute comme dans les autres villes de France. Des femmes révolutionnaires ont établi un Club de femmes et rédigé son règlement avant le siège, d’autres au contraire sont condamnées à mort par les commissions extraordinaires sous la Terreur jacobine. Cependant, les femmes n’ont pas pu jouer de rôle important dans la Révolution française à Lyon, sauf lorsqu’elles ont fait des pétitions ou des manifestations, puisqu’elles n’ont guère eu de droits politiques. En conséquence la Révolution française à Lyon était dominée par des hommes. Cela est symbolisé par les énoncés de jugement contre les femmes accusées qui montrent une conception figée sur les femmes de la part des juges hommes, ou encore par le fait qu’une femme a participé à la guerre en se déguisant en homme [15].

Sceau du Greffe de la municipalité de Lyon

Sceau du Greffe de la municipalité de Lyon

______________________

La Révolution française à Lyon—Liberté ou Égalité. (727 p., 2006, Rikkyo University Press).

 

KOÏ, Takashi

Adresse personnelle : (166-0013) 2-32-14, Horinouchi, Suginami-ku, Tokyo, Japon

Courriel : mzh@jcom.home.ne.jp

______________________

Notes

[1] Guigue, G., Registre du Secrétariat général des sections de la ville de Lyon. Lyon, 1907. p. 509, annexe 15.

[2] A.D.R. (Archives départementales du Rhône), 42L39, Extrait des registres de la section de la Convention daté 27 mai 1793. p. 4.

[3] Le 8 juin 1793, les Corps administratifs réunis à Lyon ont confirmé, à travers le récit rendu et fait par Robert Lindet envoyé à Lyon, les faits suivants : « 1e que réellement trente quatre députés sont en état d’arrestation ; 2e que les Citoyens de Paris ont demandé, seuls, l’arrestation de ces Représentants ; 3e qu’une force armée imposante, précédé de l’appareil menaçant de la guerre la plus sanglante, a investi le Palais National pendant deux jours, et ne s’est retirée enfin qu’après avoir arraché ce décret [d’arrestation des députés girondins. T. K.] contraire aux droits sacrés de tous les citoyens de la République.

D’après ces faits bien constatés, le Président et le Procureur général sindic [sic] du département, ayant fait observer que la représentation nationale n’étant plus entière, il convenoit de surseoir à la vérification des pouvoirs du citoyen Robert Lindet. » Guigue, Procès-verbaux des séances des corps municipaux de la ville de Lyon. Lyon, 1889-1904, t. 4, p. 298.

Entendant le 4 juillet 1793 le récit fait par Birotteau en fuite à Lyon, la Commission populaire a unanimement mis Birotteau sous la sauvegarde du peuple de Rhône-et-Loire, et a pris l’arrêté suivant : « Le peuple de Rhône-et-Loire déclare qu’il mourra pour le maintien d’une représentation nationale républicaine, libre et entière.

Déclare que la représentation nationale actuelle n’est ni entière ni libre ;

Déclare qu’il demande la réunion, dans le plus bref délai, d’une représentation nationale libre et entière ;

Déclare que, jusqu’au rétablissement de son intégralité et de sa liberté, les décrets rendus depuis le 31 mai sont regardés comme non avenus, et qu’il va prendre des mesures pour la sûreté générale. » Guigue, Procès-verbaux des séances de la Commission populaire. Trévoux, 1899, pp. 24 et 26.

Les insurgés non seulement dans les organismes dirigeants mais dans les sections ont précieusement compris l’importance d’un problème essentiel de la démocratie politique, c’est-à-dire celui de l’intégralité de la représentation nationale. Ils soutiennent la bonne cause de la résistance à la Convention montagnarde sur ce problème, et c’est là une signification de la révolte à Lyon dans la Révolution française.

[4] Guigue, Registre du Secrétariat général des sections de la ville de Lyon. pp. 407-409.

[5] A.M.L. (Archives municipales de Lyon ), 500 ou 452. Guigue, Procès-verbaux des séances de la Commission populaire. pp. 447-452.

[6] Salomon de la Chapelle, Histoire des tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Feurs. 1879, Lyon. p. 134.

[7] Ibid., p. 139.

[8] Herriot, E., Lyon n’est plus. 1937-1940, Paris, t. 4, p. 22.

[9] Salomon de la Chapelle, op.cit., p. 201.

[10] Le Département met en vente des biens nationaux, « à concurrence de 500 livres, payables en vingt ans et en vingt paiements égaux et sans intérêts ». Herriot, op.cit., t. 4, p. 152. Charléty, S., Département du Rhône, Documents relatifs à la vente des biens nationaux. Lyon, 1906. p. 571.

[11] Charléty, op.cit., p. 573.

[12] Herriot, op.cit. ,t. 4, pp. 133-135.

[13] Ibid., p. 213.

[14] Guigue, Procès-verbaux des séances des corps municipaux de la ville de Lyon, t. 5, p. 135.

[15] Salomon de la Chapelle, op.cit., pp. 172 et 191-192. Portallier, A., Tableau général des victimes et martyrs de la Révolution en Lyonnais, Forez et Beaujolais. Spécialement sous le Régime de la Terreur ;1793-1794. Saint-Etienne, 1911, p.  277. A.D.R., 42L27.