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Libération a eu la bonne idée de mettre en lien à disposition de son lectorat sur le Net le numéro 2 de la revue Daral-Islam au format pdf.

Cette livraison est notamment consacrée (si j’ose dire) à justifier les assassinats de ceux qui « insultent le prophète », et des juifs en général ; elle appelle à suivre l’exemple des assassins de Charlie Hebdo et du supermarché juif.

Il semble que certains « chrétiens », au moins au moment de la réalisation de ce numéro, pouvaient espérer un sursis, dont les coptes égyptiens exécutés par ISIS se seraient contentés. En effet, les rédacteurs écrivent : « Nous appelons les chrétiens à ne plus accepter la domination juive et à accepter la seule religion qui défend les choses sacrées, la religion de tout les prophètes, la seule religion de vérité : l’Islâm[1]. »

À la page 10, figure un article intitulé « L’histoire de l’inimitié de la France envers l’islâm », dont je reproduis un extrait. Après avoir évoqué l’Ancien régime, « une royauté corrompue secondée par un clergé pervers et menteur qui tenait le pays d’une main de fer » et les croisades, les rédacteurs mentionnent une période qui nous intéresse particulièrement.

Après la révolution de 1789 fomentée dans les loges maçonniques, la France s’est trouvée une autre religion tout aussi mensongère et idolâtre que le catholicisme romain : la démocratie et la laïcité. Les élites françaises toujours aussi corrompues et immorales ont continué à combattre l’Islâm au nom, cette fois, du progrès et de la raison lors des guerres coloniales pendant lesquelles la France a envahie et occupée le Maghreb, l’Égypte et, lors de la campagne de Napoléon, une partie du Châm. Des massacres coloniaux ont été commis pendant cette période. Une guerre ouverte contre les lois islamiques a été menée.

À cause de l’emprise de la juiverie usuraire sur la France après la seconde guerre mondiale la France a apporté un soutien sans faille au Sionisme dont le but était d’arracher la terre bénie du Châm, la terre des Prophètes aux vrais croyants pour la donner aux juifs blasphémateurs assassins des Prophètes qu’Allâh a décrit : {Nous les avons maudits) à cause de leur rupture de l’engagement, leur mécréance aux révélations d’Allâh, leur meurtre injustifié des prophètes.} [S. 4 v. 155]. Manuel Valls déclare que les Juifs de France sont l’avant-garde de la République, ils doivent donc mourir en premier dans la guerre qui oppose l’Islâm et le Califat à la France. Cela a été bien compris par les frères Mouhammad Merah et Amedy Coulibaly (qu’Allâh leur fasse miséricorde).

Mentionnons que l’article est illustrée par une photo de M. Manuel Valls ainsi légendée : « Valls, ministre sioniste enjuivé par sa femme ».

Nos malheureux bricoleurs de l’histoire seraient sans doute étonnés d’apprendre que la légende de la Révolution « fomentée par les loges », qu’ils reproduisent comme des scribes ignares, vient en droite ligne d’un ex-jésuite, l’abbé Barruel qui la lança dès 1797-1798 dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme. Pas très fortiche, pour des mecs qui vomissent le mécréant à chaque paragraphe.

Glissons sur l’impasse temporelle qui consiste à établir un continuum, via une « démocratie » doublée d’une « laïcité », également « idolâtres », entre la première République et les suivantes (sans anicroche de détail comme la Restauration). Puisque le critère d’appréciation (de dépréciation plutôt) est une supposée et constante hostilité envers l’islam, on peut bien considérer que si Napoléon perçait sous Bonaparte, le général Bugeaud (ou Massu, pourquoi pas ?) perçait sous Barère, Couthon ou Chaumette.…

Mais au fond, ni la périodisation ni les faits eux-mêmes n’intéressent nos petits reporters du meurtre religieux. Le « complot judéo-maçonnique » leur suffit amplement comme explication de l’histoire et comme justification de la haine de 89, considérée comme origine d’une « démocratie enjuivée », pour paraphraser la formule de la « République juive[2] ». Et sur ce point, ils rejoignent les nazis.

C’est Joseph Goebbels affirmant dans un discours radiodiffusé, le 1er avril 1933 : « L’année 1789 sera rayée de l’histoire[3] ». C’est l’idéologue Rosenberg, déclarant à Paris, le 14 juillet 1940 : « Maintenant, l’ère de 1789 s’achève. Elle a été écrasée par notre marche triomphante sur les champs de bataille de Flandre, du Nord de la France, et de la Lorraine[4] ».

En soulignant ce point de convergence idéologique, je n’entends pas cautionner une notion comme « islamo-fascisme », trop vague métaphore moralisante, plutôt qu’outil ou résultat d’une analyse historique ou sociopolitique.

Pour conclure ces notes, je relève que ni le numéro ni le contenu du verset de la sourate IV (intitulée « Les Femmes ») cités dans Daral-Islam (d’après une version facile à trouver sur Internet) et reproduits ci-dessus ne correspondent à ceux qui figurent dans la version du Coran que je possède, traduit de l’arabe par Kasimirski[5]. Pourquoi priver mes lectrices et lecteurs d’une érudition plurielle ?

« V. 154. Mais ils violaient leur pacte, ils niaient les signes de Dieu, ils mettaient injustement à mort les prophètes, ils disaient: Nos cœurs sont enveloppés d’incrédulité. Oui, Dieu a mis le sceau sur leurs cœurs. Ils sont infidèles ; il n’y en a qu’un petit nombre qui croient. »

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[1] Comme à mon habitude, je respecte la graphie et la mise en forme originale, y compris l’usage désordonné des parenthèses et des accolades.

[2] Voir Birnbaum, Pierre, Un mythe politique : la “République juive” de Léon Blum à Pierre Mendès France, 1988.

[3] Cité dans Bracher, Karl Dietrich, Hitler et la dictature allemande, 1995 (é. o. 1969).

[4] Cité dans Choblet, Marcelle, « La Révolution française dans la littérature d’exil de langue allemande (1933-1950) », Littérature et Révolution française, 1987, p. 136.

[5] Chronologie et préface de Mohammed Arkoun, GF-Flammarion.