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Après avoir eu le plaisir d’écouter une conférence de Maurizio Gribaudi dans le cadre du séminaire dirigé par Pierre Serna à l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF), j’ai acheté et lu son passionnant ouvrage Paris ville ouvrière. Une histoire occultée 1789-1848 [1].

Outre le bonheur de découvrir une telle masse d’informations clairement et agréablement présentées, j’ai eu la surprise d’y retrouver, au détour d’un tableau figurant pp. 310-311, une vieille connaissance : l’Enragé Jean-François Varlet.

Le dit tableau est constitué de la liste des personnes arrêtées par la police et la gendarmerie parisiennes entre le 19 et le 20 octobre 1830. La présence de ce Varlet n’a pas retenu l’attention de l’auteur et ne lui a donc pas valu de figurer dans l’index du livre, aussi me suis-je félicité d’avoir, par réflexe, consulté le détail des quatre-vingt-deux noms.

Le carton des Archives nationales (cote F/7/3894), où se trouve la liste, en contient une grande quantité pour les années 1830. Les renseignements fournis pour chaque arrestation sont succincts : nom, prénom, profession, cause d’arrestation et commissariat de destination. Ils ne laissent cependant aucun doute sur l’identité de Varlet, dont nous connaissions la présence à Paris à l’époque, recensé ici sous le n° 39 : « Varlet, Jean-François, propriétaire, cris séditieux, commissariat Palais-Royal ».

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Dans un article qui avait utilement complété nos connaissances sur « Jean-François Varlet après la Révolution[2] », Yves Blavier avait reproduit un extrait d’un rapport de la police nantaise — Varlet habitait Nantes, mais possédait un logement à Paris — sur le séjour de l’ex-Enragé à Paris. J’en souligne un passage, on comprendra aisément pourquoi :

À l’époque de la révolution de Juillet, il quitta Nantes pour se rendre à Paris, où sa conduite contraire au bon ordre, fut bientôt l’objet d’une active surveillance de la police. Il revint à Nantes après avoir fait un séjour de trois mois dans la capitale où il aurait été arrêté s’il y avait prolongé son séjour. Mr Varlet est spécialement recommandé à la surveillance de la police qui ne cesse d’avoir l’œil sur lui.

Réconfortante difficulté, hier comme aujourd’hui, des services de police à échanger des informations précises. C’est d’ailleurs le principal enseignement de ce minuscule point d’érudition, même si nous avons confirmation que Varlet, 66 ans, s’est suffisamment fait remarquer des argousins par sa conduite contraire à l’ordre public, dans la rue, pour être appréhendé.

Ajoutons, pour l’ironie de la coïncidence, que l’officier de paix qui arrête Varlet, ou au moins qui signe la liste où il figure, se nomme… Hebert.

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[1] La Découverte, 445 p., très nombreuses cartes et illustrations, 29 €.

[2] Annales historiques de la Révolution française (AHRF), n° 284, avril-juin 1991, pp. 227-231.