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Signe récent, confus et déconcertant, d’un surcroît d’intérêt pour la Révolution — à moins que ce soit simplement d’un accès de niaiserie collective —, Maximilien Robespierre est (re)devenu l’étalon et de la radicalité et de l’horreur.

Je m’en suis déjà fait l’écho sur ce blogue. Voici, une occasion supplémentaire avec la regrettable tribune publiée le 10 juin dernier dans Ouest-France par M. Michel Wieviorka, sociologue si je ne m’abuse, qui propose ici une « réflexion » de politologue et de juriste constitutionnel.

En exergue du texte, cette phrase, dont j’ignore si elle appartient à M. Wieviorka ou si elle ressortit aux prérogatives du rédacteur en chef : « La comparaison historique entre Daech et la France de Robespierre choquera peut-être. Elle n’en est pas moins instructive. »

Hélas non !

Wieviorka estime que Daech a déjà constitué un quasi-État, et non seulement une organisation terroriste, ce qui peut être discuté, mais n’est pas complètement faux. Ces gens-là utilisent habilement la rente pétrolière, organisent des hôpitaux et des cantines, passent des accords avec des chefs de guerre concurrents, etc.

Infiniment plus discutable est l’idée selon laquelle il importerait, et pas seulement d’un point de vue tactique, de faire la nuance entre « l’affirmation, certes balbutiante » de ce quasi-État, et « le terrorisme global de groupes non étatiques, voire l’action d’individus isolés ou de petits groupes s’en prenant à des victimes ciblées, comme ce fut le cas avec les tueries de janvier 2015 à Paris ».

Et Maximilien, me direz-vous, que vient-il faire dans ce jeu de massacre ?

Qu'est-ce que Roro feraitC’est simple : Robespierre entre ici (si j’ose dire) tenant d’une main sa propre tête tranchée, et de l’autre le grand tampon de l’histoire, qu’il est censé apposer sur un communiqué de Daech.

Wieviorka est bien aimable, il ne tient pas rigueur à Max de s’être fait sottement décoller par les Thermidoriens ; c’est quand même lui le « garde des sceaux », et pour les siècles des siècles. À lui d’avaliser les terroristes « qui réussissent », passant du stade artisanal au stade étatique.

J’ai assez répété que la bourgeoisie française a honte de son histoire et singulièrement de ses origines terroristes : je ne m’en dédis pas.

Cependant, comment pratiquer un comparatisme assez bovin pour esquiver la différence entre l’instauration d’une république et celle d’une dictature théocratique ?

« Il faut arrêter de tout mettre sur le même plan dans notre imaginaire », écrit M. Wieviorka.

Nous voici d’accord !

Quand commence-t-on ?

What would Robespierre do

P.-S.

M. Wieviorka pourrait-il, quand il aura un moment, être assez aimable pour dater l’événement suivant, auquel il fait allusion : « l’arrivée au pouvoir de Robespierre » ?

Les papillons illustrant ce billet, presque des ex-voto, ont été trouvés sur Internet.