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Je donne ci-dessous les deux premiers alinéas du projet de recherche pour l’allocation post-doctorale de l’Institut Émilie du Châtelet présentée par Clyde Plumauzille.

On peut lire et télécharger l’intégralité de la présentation sur le site Academia.

La mise en nourrice constitue un mode d’élevage plébiscité par toutes les classes de la société urbaine dans la France du second XVIIIe siècle, atteignant au milieu du XIXe siècle des sommets nulle part égalés en Europe. La possibilité pour des jeunes femmes des classes populaires, paysannes pour l’essentiel, de servir de mère nourricière à un autre enfant que le leur forme une activité économique d’appoint répandue sous contrôle de l’État. Femmes aux «seins mercenaires» selon Louis-Sébastien Mercier dans son fameux Tableau de Paris, les nourrices permettent d’envisager la question de la maternité sous un angle décalé et transgressif, entre économie et intimité. Véritable «industrie» au XIXe siècle, le nourrissage constitue un travail qui contraint le corps et engage l’affect, il offre ainsi un prisme de recherche central pour penser les rapports qu’entretient la maternité avec le marché.

Prolongement du travail de thèse

En portant notre attention sur le phénomène nourricier, il s’agit de prolonger une enquête sur les économies intimes des classes populaires féminines. Notre travail de thèse sur la prostitution de rue parisienne à l’époque révolutionnaire avait ainsi souligné la ressource économique essentielle que constitue la sexualité pour les jeunes femmes célibataires et migrantes qui peinent à s’inscrire durablement sur le marché du travail parisien en crise. Dépénalisée en 1791, la prostitution n’est pourtant pas reconnue comme légitime par le gouvernement révolutionnaire qui laisse à sa police le soin de contraindre cette dernière au nom de la défense des bonnes mœurs des honnêtes citoyens. En poursuivant ce travail sur les «corps mercenaires» des femmes des classes populaires, nous souhaitons contribuer à une histoire renouvelée du travail du corps des femmes, attentive à ses dynamiques sociales, économiques et sexuées, aux politiques publiques qui l’encadrent et aux constructions morales qui énoncent sa place dans l’économie familiale de la France contemporaine.

Capture d’écran 2015-09-07 à 17.28.46«L’Arrivée des nourrices», Étienne Jeaurat.