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Rien de neuf, au moins dans la présentation (lire ci-après) par l’éditeur Perrin, d’une nouvelle biographie consacrée par Jean-Clément Martin à Robespierre, à peine arrivée dans les librairies.

Surtout après le livre récent d’Hervé Leuwers s’appuyant sur des documents d’archives inexploités jusqu’ici et celui de Marc Belissa et Yannick Bosc, sous-titré «La fabrication d’un mythe».

Mais la biographie de l’«Incorruptible» semble devenu un exercice obligé pour qui veut s’imposer dans le milieu des historiens de la Révolution.

Reste à lire ce nouveau livre, avec le souvenir frais de la belle synthèse produite par l’auteur, avec sa Nouvelle histoire de la Révolution française (Perrin). Et en espérant que le «refus revendiqué de toute approche psychologisante» n’annonce pas la mise de côté de la question des femmes (ce qui serait étonnant chez J.-C Martin).

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Le parti pris de cette nouvelle biographie de Robespierre – qui fait sa valeur et son originalité – est le refus revendiqué de toute approche psychologisante, de tout affect et de tout sensationnalisme. Nous voyons ainsi évoluer l’homme parmi ses pairs et ses rivaux, dont beaucoup ont partagé avec lui les mêmes expériences : une enfance difficile, une adolescence studieuse et une réussite sociale, mondaine et littéraire précoce. À travers ses multiples et successives prises de position politiques, y compris celles qui paraissent mineures, on comprend qu’il s’exprime en réponse aux Danton, Marat, Pétion, Saint-Just, Fabre d’Eglantine, Camille Desmoulins, Hébert, Collot d’Herbois, dans un jeu de bascule permanent, sans pouvoir exercer une quelconque magistrature suprême. Lorsqu’il paraît enfin pouvoir y accéder, il est condamné hors la loi par ses collègues, le 9 thermidor 1794.

Chacun le sait, aucune artère parisienne ne porte le nom de Robespierre, passé à la postérité comme l’archétype du monstre. Sans l’absoudre de rien, sans l’accabler non plus, Jean-Clément Martin explique que cette réputation a été fabriquée par les thermidoriens qui, après l’avoir abattu, voulurent se dédouaner de leur recours à la violence d’Etat : les 10 et 11 thermidor, qui voient l’exécution de Robespierre, de Couthon, de Saint-Just et de près de cent autres, servent en réalité à dénoncer « l’Incorruptible » comme le seul responsable de la « Terreur ». Cette accusation a réécrit l’histoire de la Révolution et s’impose encore à nous. En historien, l’auteur démonte les mythes et la légende noire pour retrouver l’homme. Une démonstration sans faille et un livre à l’image de Robespierre : éminemment politique.

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