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Le samedi 2 avril dernier, MM. Pierre Joxe et Didier Fassin, l’un ministre de la police en retraite, l’autre sociologue, débattent devant le micro de Laure Adler dans son émission «Permis de penser» [sic]. On parle radicalisation, terrorisme, etc.

Avant que Didier Fassin s’en démarque, dans une mise au point bien venue, M. Joxe — qui semble avoir pris le rôle de «conscience de gauche» naguère dévolu à M. Badinter —, se lance dans une glissade historico-idéologique incontrôlée (entre la 24 e et la 26 e minute de l’émission)

Le monde arabe secrète des terroristes comme la France a secrété des terroristes. Le monde arabe n’est pas plus terroriste que la France de 1793.

Et d’évoquer Robespierre et Saint-Just.

Il serait peut-être charitable de considérer que la seconde phrase de l’extrait reproduit ci-dessus n’a tout simplement aucun sens. En réalité, elle n’a pas de sens direct dans le discours de M. Joxe. C’est une phrase symptôme.

Je rappelle ici, pour les lectrices et les lecteurs nouveaux venus, que je ne suis pas à proprement parler un «robespierriste», au sens où j’admirerais sa politique.

Bien au-delà de la personne et de l’action de Robespierre, il est d’ailleurs utile et inévitable de poursuivre un débat critique sur les conditions d’exercice de la contrainte en période de révolution. Je renvoie à ce propos à la présentation que j’ai faite de la réédition chez Libertalia du livre de mon camarade Daniel Guérin : Bourgeois et bras-nus (à lire sur ce blogue).

Cela dit, mettre un signe égal entre Robespierre, révolutionnaire et homme d’État incontestable par ses qualités, fort contestable par l’orientation de sa politique (éliminer sa droite et sa gauche, c’est-à-dire la gauche sans-culotte, pour aller vite) et des jeunes gens fanatisés qui mitraillent, au petit malheur, en 2015,  le public d’un concert et celui des terrasses de bistrots est un signe de confusion qui confine au gâtisme.

Capture d’écran 2016-04-11 à 16.37.16Dépassons le cas clinique de M. Joxe. J’ai parlé de «phrase symptôme». Symptôme du fait lamentable que la Terreur, phase de la révolution dont je critique et l’inéluctabilité et les modalités, est en passe de prendre la place du nazisme dans l’étalonnage moral des jugements historiques à l’emporte-pièce.

Voilà un procédé d’ignorant qui ne risque pas d’éclairer notre histoire, notre époque, et les choix qu’elle exige.

C’est au contraire l’une des tâches de l’histoire scientifique, laquelle n’est pas «froide» et réserve son objectivité aux faits.