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Heureux et heureuses juilletistes, ou simplement distrait(e)s, qui avez « manqué » l’émission de l’inénarrable Stéphane BernCapture d’écran 2016-07-17 à 19.52.48 Secrets d’histoire, consacrée aux « femmes de la Révolution », diffusée sur France 2 le 12 juillet et regardée par 2,4 millions de téléspectateurs, dont j’ai consulté la vidéo pour vous !

Vous n’aurez pas découvert que les massacres de septembre 1792 ont été perpétrés « sous l’impulsion des montagnards, les révolutionnaires les plus radicaux ». Ce qui fait deux bêtises dans un membre de phrase fort court.

Vous n’aurez pas appris que Théroigne de Méricourt a été fessée par des « harengères toutes dévouées à Robespierre ».

Retenons cependant que les harengères (femmes grossières, criardes) sont les femmes du peuple. Desquelles il ne sera pas question, sauf à propos de la marche sur Versailles d’octobre 1789, dont on ne saura rien mais dont on devinera que ce sont immédiatement des héroïnes, ce qui est l’exact contraire de la réalité.

Vous n’aurez pas été ahuri(e)s d’apprendre qu’à un moment (non précisé) « la France était dirigée par Danton, Robespierre et Marat ». Dans quelles conditions ce triumvirat réussit-il son coup d’État ? Nos historiens d’opérette se réservent probablement de nous le révéler dans une émission ultérieure.

Tout de même ! Marat dirigeant la France depuis sa baignoire ? A-t-on précisé au moins qu’il avait été élu, d’ailleurs ? Impossible de m’en souvenir. Mais dirigeant, en tout cas c’est certain.

C’est même trop peu dire.

Et ici, l’impayable Michel Onfray, auteur comme on sait d’une hagiographie de sa meurtrière, précise : « le dictateur absolu ».

Et qu’importe que le malheureux, précisément coincé dans sa baignoire, se soit plaint à maintes reprises que ses collègues ne prennent pas la peine de lire ses lettres en séance… Censuré, méprisé, mais dictateur absolu.

Bref, Charlotte avait raison sur toute la ligne. Elle est d’ailleurs devenue une « icône de la Révolution ». Pas de la contre-révolution, qu’allez-vous imaginez ? Non : de la Révolution.

Ce salmigondis de clichés, de contresens ridicules, d’anecdotes, parfois aussitôt réfutées qu’émises (peu importe, ça accroche la ménagère coco), et de plaisanteries grivoises (un certain Michel de Decker, auteur de biographies froufroutantes, y excelle) s’étale sur une interminable durée.

Émis, il faut le reconnaître, depuis des lieux magnifiques, tous lustres allumés, filmés comme dans Point de vue images du monde.

Et avec un art du découpage grotesque qui subdivise une phrase sans intérêt en trois morceaux, articulés d’un air sentencieux par trois intervenants différents (toujours éviter que la ménagère pique du nez).

La partie « recherche de témoignages actuels » nous vaut d’ahurissantes prestations de descendant(e)s de Untelle ou de Untel, qui ont mis cravates et bijoux du dimanche pour ne rien dire à la TV. C’est au point qu’on a recours le plus souvent au guide de la visite du château, lequel n’en sait pas davantage, mais ânonne de mémoire à peu près correctement.

Il ne manque pas même Jean-Clément Martin, lequel a décidé une fois pour toutes — et quoi qu’il puisse lui en en coûter — d’être le raton laveur des plus improbables casting télévisés d’historien(ne)s de troisième zone habitué(e)s du Figaro.

N’allez pas dire à cet historien de (réelle) qualité qu’il cautionne par sa présence un étendage de niaiseries séculaires, il vous répondra, comme Michel Biard allant récemment donner conférence dans la Chapelle expiatoire de Paris, élevée comme son nom l’indique pour expier les « crimes de la Révolution », qu’il importe de s’adresser à tous les publics… Vieux débat sur l’influence du médium sur le message transmis. Au moins Biard a-t-il le temps d’un exposé cohérent pour s’expliquer, quand Martin se laisse découper en rondelles insignifiantes.

Où mène le prurit de célébrité ! À l’échafaud, parfois ; à la médiocrité, souvent.

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Ce crâne, présenté comme étant celui de Charlotte Corday, fut exposé en 1889 (Gallica).

Si un collectionneur disposait d’une photographie de celui de M. Stéphane Bern enfant, je me ferais un devoir de la publier.

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PS. Bientôt, sur ce même blogue, une autre chronique désabusée (hélas!) à propos des femmes et de la Révolution, concernant cette fois un livre, écrit par une femme, qui plus est !