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Je reproduis ci-dessous un extrait d’un «billet d’humeur» publié  par une médiéviste sur son blogue Le Bureau d’Aspasie à propos de l’invisibilité des femmes dans les livres d’histoire qui sont à son programme. Je recommande évidemment sa lecture complète.

Sous réserve d’une étude comparative, ma première impression est que la situation est moins dramatique pour ce qui concerne le XVIIIe siècle, et singulièrement la Révolution française, au moins dans les publications récentes.

 

Billet d’humeur : quand les femmes disparaissent de l’histoire

J’ai décidé aujourd’hui de faire un article un peu particulier : au lieu de vous parler des reines au Moyen Âge, il me semble important d’évoquer ici un problème qui me tient à cœur depuis quelques semaines, celui de la représentation des femmes dans l’historiographie. Le rôle de l’historien-ne (ou apprentie historienne, dans mon cas) n’est pas seulement de décrire les sociétés du passé, mais aussi de s’interroger sur la manière dont on représente ces sociétés et sur ce que ces représentations disent de nous : ce travail d’autocritique me paraît essentiel, il permet de décrypter les présupposés qui viennent immanquablement brouiller notre vision des sociétés que nous étudions.

Le sujet qui m’intéresse aujourd’hui tient à la nature de mes lectures du moment : ayant terminé mon master de recherche en histoire médiévale, je me dois à présent de passer l’agrégation, qui est avec le CAPES l’un des concours de l’enseignement. Le programme est le suivant:

– le monde romain de -70 à 73,

– gouverner en islam du Xe au XVe siècle (Iraq, Syrie, Hijaz, Yémen, Égypte, Maghreb, al-Andalus),

– sciences, techniques, pouvoirs et sociétés du XVIe au XVIIIe siècle (Angleterre, France, Pays-Bas, péninsule italienne),

– le Moyen-Orient de 1876 à 1980,

– il y a aussi deux questions de géographie, une sur les mers et océans, une sur la France des marges, mais je n’en parlerai pas ici. […]

Je me suis donc lancée dans la lecture de divers manuels avec grand plaisir. Pourtant, au bout de quelques jours, quelle n’a pas été ma déconvenue en constatant que tous ces livres omettaient… la moitié de la population des sociétés étudiées. J’ai lu plusieurs centaines de pages et les noms de femmes que j’ai trouvés se comptent sur les doigts de la main. À titre d’exemple, en 275 pages, l’Histoire de la science moderne, de la Renaissance aux Lumières (Bruno Belhoste, Paris, 2016 – fort intéressant au demeurant) consacre un seul paragraphe, aux pages 232-233, à la place des femmes dans les sciences. Un. Seul. Paragraphe. En outre, la contribution d’Émilie du Châtelet, éminente mathématicienne et physicienne du XVIIIe siècle, n’est évoquée qu’en trois lignes ; les autres mentions d’Émilie du Châtelet, extrêmement rapides, se contentent de mentionner son lien avec Voltaire, dont l’œuvre est, elle, abondamment traitée.