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Parmi les différents projets proposés au vote des Parisien.ne.s dans le cadre du «budget participatif» de la Mairie de Paris, le projet n°7 s’intitulait «Pour une bibliothèque des femmes et du féminisme». Cette initiative ne peut, sur le principe, qu’emporter notre adhésion. Mais par son imprécision, elle se révèle au contraire un projet dangereux qui suscite notre plus grande inquiétude.

D’abord, ce projet pourrait n’être qu’une manière détournée de faire disparaître l’actuelle bibliothèque Marguerite-Durand, installée dans le XIIIarrondissement de Paris et connue, fréquentée et appréciée par les professionnel.le.s comme par les amatrices et amateurs de l’histoire des femmes. Cette bibliothèque met en effet aujourd’hui à disposition du public des collections riches et des fonds d’archives inédits, conformément au souhait testamentaire de sa fondatrice, la journaliste et militante féministe Marguerite Durand. Or, comme le dénonce un syndicat des personnels des bibliothèques de la Ville de Paris (le SUPAP-FSU), ce projet mis au vote vise à se substituer à l’actuelle bibliothèque Marguerite Durand sans que les personnels n’aient été consultés et sans que les conditions de cette mutation ne soient définies. Ce «flou», observable d’ailleurs dans la formulation du projet qui situe la BMD dans le Varrondissement, est la source de notre interrogation et de notre inquiétude, d’autant que le seul lieu d’implantation de cette nouvelle bibliothèque évoqué à ce jour apparaît totalement inadéquat (trop petit et inapproprié à la conservation et à la communication des fonds d’archives).

Conserver son autonomie

Au contraire, nous défendons qu’un déménagement de la bibliothèque Marguerite-Durand, s’il devait avoir lieu, ne peut se justifier que par une amélioration des conditions de travail des personnels et d’accès du public aux fonds. Ainsi, pour que vive la structure léguée par Marguerite Durand à la Ville de Paris, cette nouvelle bibliothèque doit d’abord conserver en un lieu unique, à Paris, les personnels, la salle de consultation et les fonds d’archives. Elle doit être hébergée dans des locaux plus grands que l’actuelle bibliothèque pour permettre l’enrichissement des fonds et leur assurer de bonnes conditions de conservation. Pour continuer à assurer au mieux ses missions de recherche et de valorisation du patrimoine, elle doit enfin conserver son autonomie par rapport à toute autre bibliothèque de la Ville de Paris. Dans ces conditions, la Ville de Paris se donnerait les moyens de faire vivre ce projet essentiel au rayonnement culturel et citoyen de la capitale.

L’égalité des sexes, un projet optionnel?

A l’opposé de cette vision, elle propose aujourd’hui au vote du « budget participatif » une vague idée aux contours mal définis. Ce choix a de quoi surprendre et constitue le dernier motif de notre inquiétude : l’égalité des sexes et la valorisation du patrimoine féministe seraient-ils des projets politiques et culturels optionnels ? Doit-on demain s’attendre à ce que l’ensemble de la politique d’égalité des sexes soit mise au vote d’une poignée de Parisien.ne.s ? Nous ne le pensons pas. Nous affirmons au contraire qu’un projet ambitieux de bibliothèque d’histoire des femmes et du féminisme doit être au cœur de la politique d’égalité des sexes de la Ville de Paris.

Nous demandons à la Mairie de Paris de ne pas faire de cette ambition un projet optionnel mais une priorité politique.


A l’initiative de l’association Archives du féminisme et de son conseil d’administration : Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine, Université d’Angers. France Chabod, responsable du Centre des archives du féminisme d’Angers. Marion Charpenel, post-doctorante. Mireille Douspis, docteure ès lettres. Nicole Fernandez-Ferrer, déléguée Archivegénérale du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Hélène Fleckinger, maîtresse de conférences en études cinématographiques, Université Paris-VII Vincennes Saint-Denis. Pascale Goux, professeure de mathématiques. Lucy Halliday, mastérante. Alban Jacquemart, maître de conférences en science politique, Université Paris-Dauphine. Audrey Lasserre, post-doctorante. Sandrine Lévêque, maîtresse de conférences en science politique, Université Paris-I. Bibia Pavard, maîtresse de conférences en histoire, Université Paris-II. Anne-Marie Pavillard, bibliothécaire retraitée. Bérengère Savinel, doctorante en sociologie. Franck Veyron, archiviste, Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine.

Liste complète des signataires.

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