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Jean-Luc Mélenchon a été le premier invité de l’émission «Et si c’était vous?», une espèce de «machine à remonter le temps», diffusée sur la chaîne Toute l’histoire (en partenariat avec Le Monde). Le thème en était, en toute simplicité: «Jean-Luc Mélenchon face à Robespierre».

C’est un Mélenchon apaisé qui répond aux questions de Gérard Miller (animateur) et de Nicolas Truong (journaliste), et réagit aux interventions rafraîchissantes de Cécile Obligi (auteur d’un livre sur Robespierre signalé ici-même).

Quand on connaît la propension du tribun à s’emporter, on est contraint d’apprécier la performance!

C’est Mélenchon le passionné d’histoire, pour ne pas dire Mélenchon le professeur qui parle ici.

Je laisse aux spectatrices et spectateurs évaluer, à l’aune de leurs propres positions, la condamnation de la violence révolutionnaire — hier comme aujourd’hui —, trop vite confondue avec la Terreur.

…En leur recommandant à ce propos la consultation du livre de Micah Alpaugh: Non-violence and the French Revolution. Political Demonstrations in Paris, 1787-1795, Cambridge, 2015, dont on peut lire des extraits ici.

Je ne suis pas certain qu’ait un sens la proposition suivante: «La bonne révolution, c’est celle où l’on va dans la rue avec ses enfants dans une poussette!» (Voyez le landau dans Le Cuirassé Potemkine!).

Je relève encore rapidement, pour les amateurs d’inconscient politique, la remarque suivante, à propos de 1794, qui a sonné étrangement à mes oreilles: «Les Allemands nous avaient envahis, une fois de plus»!… ainsi que la mention d’un «Thomas Becket», que je soupçonne être venu prendre la place légitimement due à Timothy Tackett.

Mais voici qui m’intéresse plus particulièrement: Mélenchon évoque la question, insoluble, de savoir ce que serait devenu un Robespierre vieux… On ne sait pas, remarque-t-il à juste raison.

Mais il ajoute spontanément, alors qu’il n’est pas question des militantes révolutionnaires…

…mais j’ai vu d’autres éteints par la vie et ses pesanteurs. Pauline Léon, la grande femme révolutionnaire — c’est pas Olympe de Gouges la grande femme révolutionnaire ! — finit sa vie, fort bourgeoisement, mariée à un girondin de Bordeaux, gros négociant, après avoir réclamé dans sa jeunesse que les femmes fussent armées et qu’elles fussent obligatoirement toutes porteuses de la cocarde…

C’est vous dire !

C’est dire, en effet : n’importe quoi !

Passons sur la question, moralisatrice, de savoir si Pauline Léon a fini sa vie «bourgeoisement» ou non. Nous savons en tout cas qu’elle a épousé en 1793 un révolutionnaire, figure du courant des Enragés, le jeune Théophile Leclerc. Et non un gros négociant, de Bordeaux ou d’ailleurs («girondin de Bordeaux» relève davantage du vocabulaire footballistique).

Celles et ceux qui s’intéressent à ce que nous savons sur sa vie après la Révolution se reporteront à mon article publié dans les Annales historiques de la Révolution française en 2005 (et lisible sur ce blogue ici-même).

Par ailleurs, mon recueil de textes des Enragé(e)s intitulé Notre Patience est à bout reparaît ce mois d’octobre 2016 (chez IMHO) augmenté notamment d’un texte sur les activités de Théophile Leclerc après 1794.

Lorsque quelqu’un, historien ou commentateur, dit ou écrit n’importe quoi, il est très aléatoire, voire impossible de faire la généalogie de son erreur.

Il arrive, certes, que l’erroriste copie sur un voisin, qu’il est alors possible d’identifier. Mais ici?

Je suis bien placé pour suivre l’état des connaissances — bourdes comprises — sur Pauline Léon: j’ai publié sa biographie dans Deux Enragés de la Révolution, complétée dans l’article des AHRF ci-dessus évoqué.

Je n’ai jamais entendu parler de cette nouvelle légende historienne ; je note au passage que Mélenchon s’est abstenu de nous resservir celle concernant la prétendue position de Robespierre en faveur du vote des femmes… Élève en progrès!

On ne peut guère imaginer que Mélenchon fabule tout simplement, ou qu’il vienne raconter ses rêves à la télévision… Pourquoi Diable faire cette parenthèse, que personne ne lui demande, pour parler d’un personnage qu’il connaît mal et qu’il se permet, de surcroît, de juger? Quelque ignorant prétentieux, de l’un ou l’autre sexe comme l’on disait en 1793, aurait-il tenu à l’«informer», ou à l’«intoxiquer»?

Ou bien l’information concernerait-elle une autre «grande femme révolutionnaire»? Il ne peut s’agir de Théroigne de Méricourt, dont nous savons la fin solitaire et tragique.

Claire Lacombe, alors? L’autre figure de proue de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires? Voilà qui serait, pour le coup, une «révélation» — que je n’ai lue nulle part jusqu’ici — puisque nous perdons, en l’état actuel des connaissances, sa trace à Paris, et non à Bordeaux, en 1798.

Peut-être Alexis Corbière, mélenchoniste qui a récemment rejoint la Société des études robespierristes (SER), aura-t-il l’obligeance de nous faire connaître les détails d’une découverte dont je me ferais l’écho avec plaisir — ou de nous expliquer cette confusion?