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L’article dont je donne un extrait ci-dessous et qui est téléchargeable en fin de page est extrait de La Révolution française, les Cahiers [électroniques] de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF).

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C’est l’occasion de signaler que Clyde Plumauzille, qui en est coauteure avec Guillaume Mazeau, vient de publier chez Champ-Vallon Prostitution et Révolution. Les femmes publiques dans la cité républicaine (1789-1804).

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Une histoire longtemps limitée au neutre masculin

Le champ de l’histoire du genre, soit l’étude de la construction de la différence des sexes et l’analyse de la dimension sexuée du pouvoir, demeure en marge des grandes traditions historiographiques françaises. Si elle a indéniablement gagné en visibilité ces dernières décennies, elle peine à exporter ses problématiques comme ses outils aux autres champs de la recherche historique, déclinés le plus souvent au neutre masculin, comme si ce neutre embrassait de manière impartiale la totalité de la vie humaine. De fait, l’histoire est longtemps restée «un métier d’hommes qui écrivent l’histoire des hommes, présentée comme universelle.» Les visées critiques et féministes des études de genre se heurtent en effet aux présupposés idéologiques qui ont organisé les cadres du discours historique à la fin du XIXe siècle. Dans son ouvrage de référence paru en 1998, Écrire l’histoire des femmes et du genre, Françoise Thébaud rappelle ainsi que le prestige de cette discipline s’est construit en lien avec l’affirmation de la Nation et de la République, ainsi qu’avec l’exaltation des valeurs de la culture républicaine… Au premier rang desquelles trône l’universalité des droits. Parce qu’ils déstabilisent un passé qui reste le garant de notre modèle démocratique contemporain, il est donc d’autant plus difficile de faire émerger des individus et des groupes non-inclus dans cet idéal. En outre, le poids du positivisme et sa revendication de s’en tenir aux seuls faits visibles du passé a longtemps maintenu «le fait des femmes» à l’écart du mouvement de l’histoire, en raison même de la particularité des modes de domination sexués : les jeux de pouvoirs dont elles font l’objet sont rarement explicites mais agissent souvent de manière souterraine en invisibilisant les minorités, comme l’explique Michèle Riot-Sarcey. Il en va ainsi de la proclamation du suffrage dit «universel» sous la Révolution, dont la performativité du vocable occulte le référent masculin qui, en réalité, le définit. C’est bien pourquoi, poursuit Michèle Riot-Sarcey, dans une perspective de genre, «il importe de ne pas s’en tenir aux traces lisibles du passé qui privilégient le plus souvent le consentement, l’adhésion, voire la résistance collective, dans un ensemble de règles dont les présupposés restent dans l’ombre des énoncés.» Le virilocentrisme implicite de la Révolution de papier a ainsi construit, pour les siècles à venir, les cadres d’une exclusion historiographique qu’il est possible de corriger, mais à condition d’exhumer d’autres discours et d’autres traces, moins visibles et moins instituées.

De fait, la question de l’exclusion des femmes de la citoyenneté politique, parce qu’elle est demeurée en dehors des débats parlementaires, n’est que très rarement venue interroger les contours sexués de la citoyenneté dans l’histoire révolutionnaire. À l’occasion de son bilan historiographique sur «la citoyenneté politique au prisme du genre», Anne Verjus constate judicieusement que «ni Condorcet ni Guyomar, dont les textes servent aujourd’hui à rappeler qu’il existait bien à l’époque de la Révolution une pensée de l’égalité politique entre les sexes, n’ont prononcé leurs discours devant les députés.»

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