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Aurélie Carrier publie, ce 1er mai 2017, un livre qui manquait à l’histoire du mouvement ouvrier française, et singulièrement à l’histoire du mouvement anarchiste, l’histoire du mythe du Grand Soir.

Symbole apocalyptique du projet révolutionnaire, il se combine avec la mythe de la Grève générale, qui devait se déclencher ce 1er mai 1906, sur la description duquel s’ouvre le livre…

Comme un air de révolution

Nous étions en pleine période de bataille avec le patronat et les pouvoirs publics. C’était la période héroïque. Le syndicalisme, faible en effectif, mais fort en combativité, se développait dans une époque tumultueuse, pleine de heurts, au milieu des contraintes, des arrestations, des emprisonnements. Pris par l’ambiance, je croyais à la Révolution proche. […] Le 1er mai de l’année 1906 approchait. Les syndicats s’étaient largement employés à préparer les esprits […]. On sentait les organisations ouvrières prêtes à frapper un grand coup.

Le 1er mai 1906, Paris s’éveille sous un soleil printanier. Dans les beaux quartiers, les rues et les avenues, désertes, offrent des espaces désolés. Quelques rares passants, mais pas de fiacres, ni de voitures. La plupart des boutiques sont fermées. Il règne un calme dominical. Pourtant, la ville fait entendre un murmure inaccoutumé. Des escouades de cavaliers et des détachements d’infanterie en tenue de campagne viennent prendre possession des postes qui leur ont été assignés. Dans le quartier de la place de la République, l’effervescence est grande. Dès les premières heures de la journée, les ouvriers et les ouvrières descendent en masse des faubourgs ou arrivent de la banlieue, cette autre ville à la croissance désordonnée et déjà terreur du bourgeois, pour assister à des meetings organisés par leurs syndicats à la Bourse du travail. Dans les rues adjacentes, une foule badaude et gouailleuse se rassemble sur les trottoirs dans l’attente des événements. Les brigades d’agents font sans cesse circuler ceux qui s’aventurent sur la chaussée. La moindre résistance est sévèrement réprimée. Aux terrasses de cafés, on aperçoit des touristes avec la jumelle en sautoir; aux fenêtres des immeubles, des centaines de curieux. À l’impériale des tramways, on se bouscule pour contempler le spectacle. Reporters et photographes sont également présents. À midi, tout le quartier est bouclé. Est-ce le début d’une «journée» révolutionnaire comme les XVIIIe et XIXe siècles en ont tant connues? Est-ce Le Matin du grand soir comme le dit une chanson humoristique de l’époque?

 Aux abords de la Bourse du travail, les rues sont sillonnées par des centaines d’ouvriers : certains ont une églantine piquée à la boutonnière, quand d’autres ont un carré de papier portant en grosses lettres « Huit Heures » accroché à leur chapeau ou à leur veston. Quelques femmes arborent un brin de muguet à leur corsage. Devant l’immeuble municipal, bondé, les agents, rangés en demi-cercle, laissent sortir mais empêchent d’entrer. À deux pas, Louis Lépine, le zélé préfet de police, dirige personnellement les opérations. Vers 14 heures, des pelotons de dragons en ligne font le «manège» autour de la place de la République pour empêcher tout rassemblement. Les manifestants refoulés se massent derrière les barrages, rue Beaurepaire ou boulevard Magenta. On chante L’Internationale ou La Grande Frousse, écrite pour la circonstance par Antonin Louis et dont le texte est vendu pour quelques sous :

Le Premier mai tombait en plein’ lun’ rousse,

Tout l’mond’ tremblait

Se lamentait

Ah ! quell’ frousse !

Et l’on disait : Qu’est-ce qui va bien y avoir ?

P’t’être bien la fin du monde arrivera ce soir !

À compter de ce moment, les bagarres se succèdent. Aux sifflets et aux cris des manifestants, « Vive la grève générale ! », « À bas l’armée ! », répondent les roulements de tambours et les sons des trompettes des sommations. Ceux qui souhaitent approcher de la place en sont empêchés. Ils lancent des cailloux sur les agents. Ici, le directeur de la police municipale fait charger baïonnette au canon. Des gens s’affaissent, blessés. Là, un escadron charge sabre au clair et repousse les manifestants à coups de plat de sabre. Encore des blessés. La nuit est tombée. Dans les rues avoisinant le canal Saint-Martin, l’ambiance est électrique. Au croisement de la rue du Faubourg-du-Temple et de la rue de la Fontaine-au-Roi, un omnibus à chevaux de la ligne Belleville-Louvre est renversé. Bouteilles et seaux d’eau sont lancés des fenêtres sur les gardiens de la paix tandis que des portes s’ouvrent pour accueillir les manifestants poursuivis. Sans interruption, des échauffourées se produisent. Quai de Valmy, rue de Belleville, des manifestants dressent des barricades… Et si c’était vraiment le Grand Soir !

On se retrouvera le 1er mai, après manifs, à partir de 17h à La Parole errante (Montreuil), avec les éditions Libertalia et l’auteure, Aurélie Carrier, pour débattre du Grand Soir, tel qu’il fut et tel que nous pouvons l’imaginer en ce printemps 2017 – sous état d’urgence prolongé…

Après débats: concert.

Dernière minute non-annoncée sur le flyer ci-dessous: la présence de Dubamix.

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