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Ci-dessous, de courts extraits de l’article de Jahiel Ruffier-Méray, dans le Journal of Interdisciplinary History of Ideas (2017, vol. 6, n° 11), et l’accès à l’article complet au format pdf.

En ces temps de rude concurrence, toutes les stratégies sont employées pour réussir. Certains vont jusqu’à faire peser des soupçons d’anti-républicanisme sur leurs rivaux afin de faire échouer un concurrent sérieux ou pour récupérer une salle convoitée. Pourtant rien n’arrête la floraison extravagante des Théâtres. Pour un que l’on ferme par mesure de sûreté, il y en a deux nouveaux qui font leur apparition ; pour dix acteur ou directeurs que l’on emprisonne comme suspects, cinquante artistes nouveaux montent sur les planches. Chaque semaine des banqueroutes se produisent, mais qu’importe. Tous veulent tenter leur chance et jouir de cette liberté si longtemps espérée. Dans tous les quartiers de Paris des salles se sont élevées. Chaque jour de nouveaux théâtres se sont ouverts. Architectes, ouvriers, comédiens, directeurs ont travaillé sans relâche. Au cours de la première année de liberté, pas moins de 78 demandes ont été soumises à la municipalité de Paris. Mais tous ne peuvent survivre. […]

L’utilité d’une surveillance des divertissements ne fait pas débat. En revanche, l’étendue des pouvoirs de police en matière de spectacles est au centre des discussions.

Rapidement, se pose la question de la délimitation des compétences et du choix des autorités habilitées à intervenir. Le rôle dévolu à la police peut aller d’un simple maintien du bon ordre pendant la représentation, à une surveillance morale et politique du répertoire et des artistes, ce qui irait à l’encontre même de l’idéal de liberté si cher aux révolutionnaires. Entre ces deux extrêmes, toute une échelle de nuances est possible.

En avril 1790, Peuchet défend une conception restrictive. Il ne faut reconnaître aux autorités municipales qu’un « droit de police extérieur nécessaire au maintien de l’ordre et de la tranquillité de la ville ». Tout homme a le droit de jouir librement de l’exercice de son industrie. L’activité d’un Théâtre ne doit pas être entravée sauf « lorsqu’il est localement prouvé qu’elle peut nuire, troubler, agiter fâcheusement l’ordre public ». C’est alors le devoir de la police de vérifier si l’exercice de la liberté produit de tels effets.

En juin 1790, les premiers troubles s’élèvent déjà dans les spectacles. Face à l’urgence d’apporter des réponses, les députés décident de reconduire, dans un premier temps, les mesures d’Ancien Régime. Toutes les ordonnances de police et militaires, et notamment celles sur la police des spectacles, « doivent être exécutées provisoirement jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné ».

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