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Jacques Roux, le curé rouge, traduction de la biographie de l’Enragé des Gravilliers par l’historien de RDA Walter Markov sera disponible en librairies à partir du 19 octobre 2017.

C’est une coédition Libertalia et Société des études robespierristes (SER), à l’initiative de cette dernière.

C’est aussi l’aboutissement d’un long travail, dont l’extrait de l’introduction reproduit ci-après donne une idée.

C’est un beau et gros livre de 520 pages, vendu 20 €.

Il contient une bibliographie, un index des noms cités. Un CD-rom est joint sur lequel sont publiés l’intégralité des textes et discours de Jacques Roux, ainsi que plusieurs articles de Walter Markov, Matthias Middell, Roland Gotlib, et Claude Guillon.

Pourquoi un tel retard ?

[Extrait de l’Introduction]

Si le fait qu’aucun historien universitaire français n’a pris la peine de rédiger une monographie sur Roux reste une énigme, en revanche il semble possible d’émettre quelques hypothèses sur l’absence de traductions de Markov, des décennies durant. À dire vrai, au moins une tentative s’est appuyée sur une thèse de doctorat, d’ailleurs largement inspirée par les recherches de l’historien est-allemand. Cette thèse, dirigée par Soboul en 1978, n’avait peut-être que l’ambition – déjà méritoire ! – de révéler les travaux alors méconnus voire inaccessibles de Markov. Dans l’exemplaire conservé à l’IHRF figure, collé en première page, un courrier d’Albert Soboul par lequel il propose aux Éditions sociales (les éditions du PCF de l’époque) de publier le travail de Bersot dans la collection « Classiques du peuple ». En cas d’accord, les éditeurs sont invités à transmettre d’abord le manuscrit à Walter Markov, « pour quelques corrections et mises au point ». Cette tâche fut épargnée à Markov et le volume souhaité par Soboul, son ami depuis le milieu des années 1950, ne vit pas le jour.

Si Marx avait salué Roux comme un des premiers «communistes», la lecture stalinienne de la Révolution en France mettait davantage l’accent sur le « bloc jacobin » et valorisait l’action de Robespierre – dont les textes ont, eux, été édités à plusieurs reprises par les Éditions sociales. Roux et les Enragés faisaient plutôt figure de précurseurs des différents courants d’extrême gauche, alors en rivalité violente avec le PCF. Aussi Roux a-t-il pu faire les frais d’un contexte où il était nécessaire de défendre la Convention robespierriste davantage que les courants «gauchistes».

Mais ces considérations ne peuvent tout expliquer. Un autre facteur, au moins, doit être avancé : la difficulté de la langue. L’allemand de Markov est en effet difficile, parfois impossible à comprendre, fût-ce pour un germanophone! D’ailleurs émaillé d’allusions absconses, écrit dans un style qui se veut littéraire, fort éloigné des normes universitaires, le texte est aride, même pour un public familier de l’histoire révolutionnaire. Markov s’en est expliqué dans un entretien publié peu avant la chute du mur de Berlin : il dit s’être inspiré, quoique avec précaution, de la biographie littéraire à la Stefan Zweig. Évoquant les reproches que Hans Mayer, universitaire et critique, adressait à ce dernier, Markov rétorque :

« La critique d’Hans Mayer à l’égard des nouvelles et des biographies passionnées de Stefan Zweig a de véritables fondements. Je ne la partage pourtant pas tout à fait. Ce que l’astucieux auteur a par exemple à nous dire sur Fouché me paraît valoir le détour et procurer un certain plaisir de lecteur – pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’historien ? »

Le présent travail d’édition – qui doit beaucoup à l’inventivité et à l’habileté scrupuleuse de Stéphanie Roza, la traductrice – tient compte de ces difficultés majeures. L’équipe éditoriale – S. Roza et les auteurs de cette introduction – ont ainsi pris la liberté de simplifier certaines formulations ou certains passages du texte qui rendaient problématique sa compréhension. Ajoutons à cela que l’original ne comprend presque pas de notes : son établissement dans la version française a donc nécessité un long travail de reconstitution et d’actualisation des sources et de la bibliographie.

Ce sont probablement ces caractéristiques du livre, ajoutées à une frilosité historiographique et politique, qui ont empêché Markov de devenir, en son temps, un classique de l’histoire révolutionnaire en langue française. Déplorable lacune, que nous sommes heureux de pouvoir combler aujourd’hui grâce à l’initiative de la Société des études robespierristes.

Optimistes par la volonté, nous nous consolons du délai de maturation considérable – un demi-siècle! – nécessaire à cette entreprise, en observant que les thèmes chers à Roux et aux Enragé(e)s se trouvent au cœur des mouvements sociaux du XXIe siècle:  droit de tous aux produits de première nécessité, citoyenneté des femmes, souveraineté populaire et démocratie directe. Tandis que nombre d’historien(ne)s continuent de se réclamer de « l’histoire par en bas », des militant(e)s de gauche et révolutionnaires se tournent vers la Révolution française pour y refonder leur réflexion et leur stratégie. Dans le même temps, l’héritage philosophique et révolutionnaire des Lumières demeure la cible historique préférée à la fois de l’extrême droite, catholique ou paganiste, et des fanatiques islamistes.

Autant dire que Jacques Roux nous revient à point nommé!

Jean-Numa Ducange & Claude Guillon

 

DEUX PRÉSENTATIONS

J’aurai le plaisir de faire la première présentation nationale du livre à Besançon, à l’occasion de la «Rentrée libertaire», le 4 octobre, à 20h30.

La deuxième présentation (et première “parisienne”) aura lieu lors de la fête des 10 ans des Éditions Libertalia, le samedi 14 octobre à 16h, à La Parole errante (Montreuil). Voir le programme complet ci-dessous.

Je serai cette fois en compagnie de Jean-Numa Ducange.

Les membres de l’équipe éditoriale, Jean-Numa Ducange, Stéphanie Roza et moi-même, sommes a priori disponibles pour venir présenter le livre dans des librairies, bibliothèques, associations, comités d’entreprise, etc.

N’hésitez pas à nous contacter.