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Un dépouillement systématique, mais hélas retardé, du Journal de Paris national m’a fait découvrir un document concernant l’activité et l’influence de l’Enragé Jacques Roux à la Commune, fin janvier 1793.

Il se trouve que ce document – antérieur à la publication des Affiches de la Commune, dont Roux sera par la suite rédacteur officiel – semble avoir échappé à l’attention de Walter Markov, auteur de la biographie dont Libertalia vient de publier la traduction française.

Trop tard pour l’intégrer au CD-ROM qui accompagne le livre (et contient des articles et ouvrages de Markov, de Roland Gotlib, et de votre égal en droit). Je le publie donc ci-dessous, en guise d’amuse-gueule, à l’intention de celles et ceux qui vont découvrir l’ouvrage de Markov (en librairies le 19 octobre).

J’en profite pour rappeler que demain 14 octobre, lors de la fête des 10 ans des Éditions Libertalia, je présenterai le Markov et discuterai des Enragés dans la Révolution en compagnie de Jean-Numa Ducange, à La Parole errante, à Montreuil et à 16h (programme détaillé ci-après).

COMMUNE DE PARIS.

Du 31 Janvier.

Les Commissaires de service au Temple instruisent le Conseil qu’ils ont engagé le Citoyen Mercier, Officier Municipal, de remplacer au Temple le Citoyen Lebon, qui a été nommé aujourd’hui Accusateur public.

Réal propose ensuite que le Conseil-général ne tienne plus que trois séances par semaine, fondé sur ce que le plus souvent il n’y a rien d’intéressant à l’ordre du jour, & qu’il ne se présente à l’Assemblée générale qu’un petit nombre de Membres. Cette proposition a été discutée avec chaleur. Jacques Roux en particulier, loin d’approuver la proportion de Réal, réclame au contraire la permanence active, attendu que la Patrie est toujours en danger. Il s’est plaint de ce que les places étoient occupées par des Intriguans, & que ceux qui sont payés font des réquisitoires pour diminuer la fréquence des séances.

Si nous n’avons rien à faire, continue Roux, occupons nous demain à diminuer les traitemens des Officiers publics salariés ; réduisons les appointemens du Maire à 10 mille livres, ceux du Procureur de la Commune à 4 [mille], & ceux du Substitut à 2 mille quatre. Réal qui s’est vu attaquer personnellement, a repoussé l’injure en rendant compte de ses nombreux travaux. Enfin après bien des avis entendus pour & contre la proposition de Réal, le Conseil a arrêté qu’il tiendra ses séances tous les jours.

 

Cette «brève», tirée du Journal de Paris national, du samedi 2 février 1793 (l’an IIe de la République, n° 33, p. 130), montre qu’au début de l’année 1793, Roux exerce une réelle influence à la Commune. En effet, il l’emporte dans un débat sur la «permanence» des réunions de cette assemblée.

Pierre-François Réal (1757-1834), jacobin, chef du bureau des subsistances de la Commune de Paris, est, depuis décembre 1792 substitut (avec Hébert) du procureur-syndic Chaumette.

Roux ne se contente pas d’écarter la proposition (d’ailleurs assez étrange) de réduire le nombre des réunions de la Commune, il en profite pour dénoncer une tentative de «sabotage» de l’«intrigant» Réal et pour proposer une politique d’économie.

Il le fait avec une ironie mordante: si la Commune ne sert à rien, alors il est logique de diminuer le traitement de ses administrateurs… Il s’en prend ainsi directement à Réal, Hébert, et Chaumette, dont il ne se fait pas des amis en se moquant d’eux et en les attaquant «au portefeuille»!

Hébert et Chaumette s’en souviendront bientôt…

L’attaque vise aussi le maire, peut-être davantage dans sa fonction. La situation au 31 janvier est confuse: Joseph Chambon, qui a assuré l’intérim après Pétion, est sur le point de démissionner et Pache ne le remplacera que dans une douzaine de jours.

Pour l’heure, après une longue et houleuse discussion, Roux l’emporte sur la question de la permanence des réunions. Elles seront quotidiennes. La discussion sur le traitement des responsables a peut-être eu lieu, mais la décision la vide de sa substance.

Présentation du livre Jaques Roux, le curé rouge, coédité par Libertalia et la Société des études robespierristes (SER) et discussion sur les Enragé·e·s dans la Révolution française, par Jean-Numa Ducange et Claude Guillon, à 16h: La Parole errante, à Montreuil, M° Croix de Chaveaux, à l’occasion des 10 ans des éditions Libertalia.

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