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C’est la question provocatrice posée dans un volume publié au printemps dernier par l’Université de Bruxelles, dont je reproduis ci-après un extrait de l’introduction par Anne Morelli.

On peut télécharger l’intégralité de l’introduction ici.

Il y a trois ou quatre décennies la question aurait semblé purement rhétorique et les réponses négatives auraient fusé, unanimes. La guerre était le fait des hommes et la paix, celui des femmes, par nature.

Aux origines de Rome n’y avait-il pas cette légende, qui montrait déjà le caractère pacificateur de la gent féminine ? Les Romains hardis avaient enlevé les Sabines pour en faire leurs épouses. Mais lorsque Romains et Sabins en étaient venus aux mains, ce sont les Sabines qui les auraient calmés. Comme l’a imaginé Corneille (« Vos filles sont nos femmes… ») et après lui le peintre David («L’intervention des Sabines»), les Sabines courent entre les deux armées, au milieu des projectiles, tentant d’arrêter l’affrontement entre leurs pères et leurs maris. Elles obtiennent gain de cause : Romains et Sabins se réconcilient pour diriger ensemble la nouvelle ville. La dimension genrée traditionnelle est tout entière dans ce mythe fondateur de Rome que nous rapportent, entre autres, Tite-Live et Plutarque.

Bien sûr, à côté des Sabines, on peut citer les Amazones de la mythologie grecque, femmes guerrières redoutables qui tuaient leurs enfants mâles et se coupaient le sein droit pour mieux tirer à l’arc.

Des fouilles archéologiques récentes, menées aux frontières du Kazakhstan, ont découvert des tombes de femmes guerrières, cavalières, enterrées avec leurs armes. Mais jusqu’au XXe siècle, elles sont présentées comme des exceptions qui confirment la règle essentialiste : les femmes sont douces, passives, innocentes, victimes et pacificatrices. Celles qui ne correspondent pas à ces qualificatifs sont hors du commun et de la normalité. Un choix non conforme aux normes de genre risque de faire perdre à la femme sa «féminité». Combattante, garderait-elle l’estime des hommes, resterait-elle désirable ? Serait-elle encore aimée si son choix s’écartait des normes de genre ? Les femmes, supposées pacifiques, transgressent difficilement le rôle qui leur est attribué depuis leur naissance. Le prototype du soldat est masculin : pour s’y identifier, la fille doit procéder à une indispensable et parfois douloureuse rupture identitaire.

 

 

 

 

 

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