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Je le reconnais bien volontiers, j’ignorais l’existence de cette chanson de Jacques Brel datant du début des années 1950, et intitulée La Bastille. Je suis tombé dessus sur la Toile par un hasard dont j’ai déjà oublié les tours et détours…

Ne pas se fier au titre! La chanson, de la première période du chanteur, surnommé «l’abbé Brel» est une chanson contre-révolutionnaire:

On a détruit la Bastille

Et ça n’a rien arrangé

Non-violente aussi. Mais de cette non-violence qui sert l’État capitaliste et l’état des choses comme elles vont…

Oh! les bourgeois aussi sont critiqués.

Mais une fois les révolutionnaires tancés pour leur attachement au «rêve du Grand soir» (si pertinemment analysé par Aurélie Carrier).

Ce pourrait être une simple curiosité, un souvenir kitsch à ranger dans l’armoire vitrée, entre la photo du baptême de la petite nièce et la carte postale de La Baule en forme de coquillage.

Pourtant, à la lecture et à l’écoute, j’ai été frappé par la modernité – non des arrangements! – mais de l’idéologie mise en vers de mirliton.

Condamnation de la Révolution française – qui n’a rien changé ni arrangé –, condamnation morale de la révolte violente, éloge de l’esprit de charité et surtout de la collaboration des classes pour le bonheur commun.

Je veux dire de l’amour entre bourgeois et prolétaires.

C’est tout le programme moral, politique, économique et antihistorique d’Emmanuel Macron!…

Mon ami, qui croit que tout doit changer

Crois-tu le droit de t’en aller tuer les bourgeois

Si tu crois encore qu’il nous faut descendre

Dans le creux des rues pour monter au pouvoir

Si tu crois encore au rêve du grand soir

Et que nos ennemis, il faut aller les pendre

Dis-le toi désormais

Même s’il est sincère

Aucun rêve jamais

Ne mérite une guerre

On a détruit la Bastille

Et ça n’a rien arrangé

On a détruit la Bastille

Quand il fallait nous aimer

Mon ami, qui croit, que rien ne doit changer

Te crois-tu le droit de vivre et de penser en bourgeois

Si tu crois encore qu’il nous faut défendre

Un bonheur acquis au prix d’autres bonheurs

Si tu crois encore que c’est parce qu’ils ont peur

Que les gens te saluent plutôt que de te pendre

Dis-le toi désormais

Même s’il est sincère

Aucun rêve jamais

Ne mérite une guerre

On a détruit la Bastille

Et ça n’a rien arrangé

On a détruit la Bastille

Quand il fallait nous aimer

Mon ami, je crois que tout peut s’arranger

Sans cris sans effroi même sans insulter les bourgeois

L’avenir dépend des révolutionnaires

Mais se moque bien des petits révoltés

L’avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre

Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner

Hâtons-nous d’espérer

Marchons aux lendemains

Tendons une main

Qui ne soit pas fermée

On a détruit la Bastille

Et ça n’a rien arrangé

On a détruit la Bastille

Ne pourrait-on pas s’aimer?