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On peut consulter l’intégralité de la critique de Dominique Godineau, dont je donne un extrait ci-dessous, sur le site Le Genre & l’écran.

La plupart des critiques insistent, non sans étonnement, sur le rôle des femmes. Une des réussites du film est de ne pas les présenter à part, comme un à-côté de l’histoire dont on pourrait se passer au montage. Au contraire, le film les traite « à parts égales », composante intrinsèque du peuple, présentes « tout simplement » parce qu’elles étaient là – ce qui a pendant longtemps été « oublié » par l’historiographie.

On peut également être reconnaissant·e à Pierre Schoeller de ne pas s’en être tenu aux stéréotypes habituels lorsqu’il est question des femmes en révolution. Elles ne sont ainsi pas représentées par les quelques figures connues qui, aujourd’hui, personnifient la demande d’égalité des droits politiques. Elles ne sont pas non plus représentées sous les traits de mégères assoiffées de sang, qui symboliseraient la cruauté d’une révolution populaire (voir les nombreux films anglo-saxons inspirés par Un conte de deux villes de Dickens). Femmes du peuple, elles ne sont pas pour autant réduites à des ménagères préoccupées et mues uniquement par les problèmes de subsistance. Elles sont, avec justesse, montrées discutant politique, donnant leur avis, signant des pétitions (17 juillet 1791), suivant les séances de l’Assemblée depuis les tribunes ouvertes au public, agissant, et il est heureusement rappelé que les manifestantes d’octobre 1789 (ou du moins une partie d’entre elles) demandaient du pain mais aussi que le roi signât les décrets sur l’abolition des privilèges et la Déclaration des Droits.

Le film présente de beaux personnages de femmes, incarnées avec force par les actrices, et qui ne sont pas sans évoquer certaines figures « anonymes » croisées dans les archives. Des femmes qui, dans le film, semblent jouir d’une assez grande liberté d’action et d’une relative égalité avec les hommes de leur entourage, tant dans les rapports privés que dans l’espace politique. Cela peut surprendre le/la spectateur/trice, mais, de fait, la lecture des archives de l’époque défait les images héritées du 19e siècle de femmes soumises, passives, silencieuses, et le film le montre bien.