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Je découvre – tardivement! – sur le site Academia.edu ce mémoire de maîtrise dont Eve-Marie Lampron est l’autrice et qui date d’août 2004.

C’est non seulement un travail remarquable sur le sujet qu’il traite, mais une bonne manière – parmi d’autres – d’entrer dans l’étude des mobilisations collectives de femmes durant la Révolution.

Seule correction à apporter (outre la bibliographie à compléter, ce qui est normal quatorze ans plus tard!): l’affirmation erronée selon laquelle la Société des Citoyennes républicaines révolutionnaires aurait été «le seul club féminin non-mixte à Paris pendant la Révolution» (p. 64).

On peut consulter ci-après le résumé et la table des matières du mémoire, et télécharger le document ici.

Sujets politiques ou objets esthétiques

Les militantes patriotes et républicaines pendant la Révolution française et leur perception par les révolutionnaires (1789-1795)

Plusieurs révolutionnaires ont, pendant la Révolution française (1789-1795), réfléchi sur la beauté féminine, proposant aux femmes engagées politiquement de participer au processus révolutionnaire par le biais de leurs charmes. Dans cette perspective, ces femmes sont jugées et pensées en fonction de leur apparence physique, ce qui s’exprime par les nombreux commentaires émis par les révolutionnaires à leur endroit.

Ces commentaires, qui remettent souvent en question le rôle des femmes dans la sphère publique, font appel à plusieurs motivations : parmi elles, on compte une anxiété face à la violence révolutionnaire féminine et à un chamboulement des rôles sexuels.

Les guerres de tendances s’y inscrivent également, et différents groupes révolutionnaires se serviront de l’apparence physique des femmes appartenant à une faction pour discréditer la faction en entier.

Ce qui regroupe ces commentaires stratégiques, c’est qu’ils trouvent tous leur racine dans un discours associant la «nature» féminine au corps féminin, que ce soit dans le cadre de l’esthétique ou de la reproduction.

Les femmes politiques sont constamment ramenés à leur corps, ce qui leur dénie indirectement l’accès à la raison.

Ce mémoire étudie surtout les militantes proto-féministes, patriotes et républicaines, qui s’éloignent par leur activisme des rôles sociaux féminins, rôles qui leur sont rappelés à travers les renvois constants à leur corps. Ces données laissent penser que les femmes engagées politiquement pendant la Révolution française étaient davantage perçues comme objets esthétiques que comme sujets politiques, perception qui a joué un rôle dans leur exclusion graduelle de la sphère publique.

 

Table des matières

Résumé – Abstract iii-iv

Table des matières v

Exergue vii

Remerciements viii

Introduction 1

A) Présentation générale 1

B) Historiographie 3

1- Histoire de la Révolution et histoire des femmes dans la Révolution 3

2- Histoire des femmes: de l’apparence physique et du corps des femmes 5

3- De l’apparence physique et du corps des femmes révolutionnaires 7

C) Problématique 14

D) Sources et méthodologie 18

Chapitre 1

Discours sur la manière dont l’apparence physique des femmes doit ou devrait intervenir dans la politique révolutionnaire 23

A) Les influences théoriques 23

B) Femme «régénérée» et beauté « naturelle »: la Révolution comme renaissance? 30

C) Où les charmes deviennent des armes 38

D) Qu’en pensent nos militantes? Etta Palm d’Aelders, Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt et Claire Lacombe sur les rapports entre physique et politique 47

Chapitre 2

L’utilisation de l’apparence physique des militantes comme stratégie politique : guerres de tendances et exclusion des femmes 55

A) De la «laideur» 56

1- Furies, harpies, monstres, bacchantes: mots couverts ou mots blessants? 57

2- «Toutes laides à faire peur»: un dénigrement stratégique 75

B) De la«beauté» 91

1- Les «belles» militantes: vaniteuses, frivoles, excessives ou idiotes? 92

2- Les belles «catins des patriotes»: de la sexualisation de l’activisme féminin 98

Épilogue 

«L’objet le plus précieux aux femmes, leur ajustement»: la légitimation de la fermeture des clubs féminins par les discours sur l’apparence physique (septembre-octobre 1793) 110

Conclusion 119

A) Synthèse: sujets politiques ou objets esthétiques? 125

B) Ouverture: autres pistes de recherche 131

Bibliographie 131

Annexe 1: Biographie des révolutionnaires cité·e·s x

Annexe 2: Chronologie des événements xxiv