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Je donne ci-dessous le résumé de la thèse de Gauthier Ambrus, rédigé sous la direction de Pierre Frantz et soutenue le 27 novembre 2018 (Jury: Renaud Bret-Vitoz, Philippe Bourdin, Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval, Catriona Seth).

Le texte intégral n’est pas disponible en ligne; la thèse est déposée en Sorbonne.

La Révolution a longtemps donné l’image d’un trou noir au milieu de l’histoire littéraire, jugement que la recherche s’attache à reconsidérer depuis quelques décennies. L’étude de la carrière de Marie-Joseph Chénier (1764-1811), poète tragique renommé en son temps et frère cadet d’André Chénier, permet de mieux comprendre les continuités et les ruptures qui l’ont traversée.

Entré dans le monde des lettres durant les dernières années de l’Ancien Régime, Chénier se fait soudain connaître à l’automne 1789 avec une pièce créée après un long affrontement contre la censure, Charles IX, qui met la liberté artistique, et singulièrement celle du théâtre, au centre des événements politiques. La scène semble devoir garantir à l’écrivain une influence sans précédent.

Chénier tente ainsi au fil de ses tragédies suivantes d’accompagner l’évolution de la Révolution, non sans distance critique, tout en s’engageant dans la vie publique, d’abord chez les Jacobins, puis à la Convention. Il deviendra une figure importante des institutions culturelles, notamment grâce aux hymnes qu’il compose pour la quasi-totalité des fêtes révolutionnaires entre 1790 et 1795.

Marqué personnellement par la Terreur, Chénier met sa vocation dramatique entre parenthèses après le 9 Thermidor. Il délaisse alors les lettres pour s’investir de manière prioritaire dans la reconstruction culturelle et politique de la République post-montagnarde. La réputation du poète, objet de haines politiques tenaces, en souffrira durablement.

Son parcours est ainsi représentatif des transformations qui touchent le statut et l’action d’un homme de lettres sous la Révolution, tout comme des obstacles d’un nouveau genre auxquels il se heurte.