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Le problème de la vulgarisation historienne – singulièrement quand elle concerne l’histoire des femmes – est d’une actualité brûlante. J’ai eu l’occasion de critiquer ici certaines tentatives maladroites de Mathilde Larrère, agrégée d’histoire et dix-neuvièmiste, sur Twitter. Je reviendrai bientôt sur un livre qu’elle cosigne avec Laurence De Cock et Guillaume Mazeau chez Agone (L’Histoire comme émancipation).

Je veux relever ici une initiative de la Bibliothèque nationale pour «mettre en avant» des «pionnières».

À l’occasion de la Journée des droits des femmes, Gallica a lancé une nouvelle série vidéo, «Pionnières!», qui relate le destin de femmes, célèbres ou méconnues, ayant marqué l’histoire.

Passons sur le paradoxe qui consiste à faire mieux connaître les méconnues, ce qui revient mécaniquement à invisibiliser les inconnues, et venons-en à la première publication d’une série à venir: Olympe de Gouges.

Le dispositif adopté par la BN comprend une page d’accueil, une page de présentation de la femme retenue, et une courte vidéo (voir ci-dessous).

Autant la page de présentation – un long article agrémenté d’illustrations et de liens menant aux documents numérisés sur Gallica, lesquels sont également consultables sur la page même – est agréable à lire, autant j’oppose les plus vives réserves à l’espèce de clip vidéo supposé capter l’attention du public. Le ton en est agaçant et la mise en forme évoque un document pédagogique d’il y a vingt ans que l’on aurait secoué en tous sens pour l’«animer».

On m’objectera que c’est l’intention qui compte et que tout document susceptible d’occuper intelligemment deux minutes de temps de cerveau disponible est le bienvenu.

C’est toute la question, précisément.

Or les bonnes intentions ne suffisent pas à produire de la qualité, et je me demande si tant de stimuli historiens jetés comme ds confettis sur le Net ne risquent pas d’accroître la confusion générale.

Cela dit, l’initiative de la BN n’est pas – et de loin – la pire de celles prises récemment (sans parler des catastrophes à venir).

Dans le cas d’espèce, l’usage, en lui-même légitime et producteur de correspondances intéressantes, du fond de documents numérisés sur Gallica entraîne un risque de confusion qui est passé inaperçu.

Ainsi, les concepteurs et·ou conceptrices de cette première livraison en ligne ont cru bon de mettre l’accent sur le fait que Olympe de gouges s’adresse, dans le préambule de ses Droits de la femme – titre de la brochure qui contient la Déclaration – à la reine elle-même.

En 1791, elle publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qu’elle adresse directement à Marie-Antoinette!

Est-ce par association d’idées qu’a été choisie pour illustrer ce fait une gravure censée représenter Olympe tendant son ouvrage à la reine?

Je serais curieux de savoir combien de personnes ayant été soumises à ces deux stimuli auront retenu qu’Olympe de Gouges remit elle-même un exemplaire de sa brochure à la reine…

Le document entier et le détail censé représenter Olympe de Gouges. On peut cliquer sur les images pour les AGRANDIR.