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Deux albums de bandes dessinées sur la Révolution: 1789 La mort d’un monde & 1789 La naissance d’un monde.

Scénario: Noël Simsolo. Direction artistique (quésaco?): Paolo Martinello. Dessin: Vincenzo Bizzarri, assisté de Dario Grillotti. Couleurs: Paolo Martinello & Luca Bulgheroni. Éditions Glénat.

La symétrie des titres ne vous aura pas échappé. Elle est supposée nous vendre l’idée pas sotte en elle-même de deux «points de vue» différents sur la Révolution. Le premier serait celui de l’aristocratie et de la cour, le second celui des patriotes et·ou du peuple.

Arnaque. Si les scènes sont bien vues d’un point de vue différent selon l’album, c’est comme on utilise une deuxième caméra au cinéma. En réalité, le point de vue des sans-culottes n’est jamais représenté.

Sauf Maillard, vainqueur de la Bastille et accompagnateur/porte-parole des femmes qui marchent sur Versailles en octobre et, comme acteur collectif, les Dames de la Halle, les gens du peuple de Paris n’apparaissent que comme des silhouettes ou des trognes menaçantes. Ils et elles tranchent des têtes, les plantent au bout d’une pique, arrachent un cœur pour le dévorer, etc.

«Paris nous appar-». Ben tiens! Celui-ci est si moche et si bête qu’il n’arrive même pas à finir sa phrase…

(Oh! Paolo! Non, pas toi, l’autre!)

Tous les gens propres sur eux, côté monarchiste et côté «patriote» passent leur temps à analyser la situation, à discuter stratégie.

Exception à signaler: Donatien Aldonze de Sade qui hurle de la fenêtre de son cachot de la Bastille, quelques jours avant la prise de celle-ci, que l’on égorge tous les prisonniers. Cela mérite pourtant d’être enregistrée comme l’une des provocations les plus opportunes de toute l’histoire… Eh bien non. Le Dr Simsolo diagnostique un «délire». D’ailleurs, ne l’a-t-on pas transféré à Charenton, chez les fous!

Et que va faire le Duc d’Orléans? Et qu’a dit le duc d’Orléans? Que pense le duc d’Orléans? (C’est l’obsession du scénariste!)

Mais n’espérez pas rencontrer Varlet ou deviner Pauline Léon, comme dans le film Un peuple et son roi. Nous avons affaire à un travail régressif, qui reprend pour mieux les entretenir les vieux mythes de la violence populaire aveugle.

Les sans-culottes ne pensent pas, ils ne débattent pas, ils n’achètent pas de journaux (d’ailleurs il n’y a pas un seul journal dans les deux albums!), ils ne lisent pas d’affiches, ils ne se réunissent pas dans les districts…

On comprend que ça n’a pas dû être facile pour une poignée de gens bien de réussir une révolution malgré cette imprévisible populace vociférante et jamais satisfaite…

Navrant!