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Je donne un extrait du début d’un article très documenté de Nathalie Alzas, que l’on pourra lire en intégralité sur le site Révolution française.net.

Mais ce qui semble le plus curieux n’est pas le choix de cette infrastructure dispendieuse, dont la propagation semble être une aberration très française. En novembre-décembre 2018, des gilets jaunes s’installent sur ces ronds-points, avec un signal particulier, la guillotine. L’inédit – le rond-point, un mouvement protéiforme – côtoie un symbole vieux de plus de deux siècles, éminemment reconnaissable et polémique. La guillotine, au milieu – et non pas au centre – du rond-point est une des références les plus saillantes, si ce n’est tranchantes, de la Révolution, présentes dans le mouvement des gilets jaunes. La Veuve, pourtant allégorie peu discrète, ne fait guère scandale, tant elle finit par s’imposer, au fil des jours comme un des éléments, parmi d’autres, d’identification des mécontents.

Un retour symbolique inattendu ?

Pour l’historien de la Révolution, ce jaillissement de la guillotine au milieu du rond-point est un phénomène singulier. L’instrument, archaïque, est remisé, en 1981, avec l’abolition de la peine de mort, parmi les engins obsolètes. Et même si une partie de l’opinion publique exprime, via les sondages, une volonté de retour à la peine capitale pour les crimes les plus graves, il semble que la guillotine soit définitivement associée à un monde archaïque, lié à une période perçue négativement, la Terreur. L’installation de répliques de guillotine sur les ronds-points ne peut donc apparaitre comme un signal anodin. Plantée là, avec des inscriptions vengeresses, parfois avec un mannequin décapité, elle proclame, de façon provocatrice, une volonté de justice populaire à l’égard des puissants, notamment une cible privilégiée, le président de la République. Un spectacle, parfois saisissant, s’impose sur certains axes de communication, ainsi au rond-point de Lachamp, dans le Massif Central, où les gilets jaunes mettent en scène l’exécution d’E. Macron (1). La guillotine sur le rond-point interroge donc sur l’imaginaire d’une partie des Français, en posant avec acuité la question de la souveraineté du peuple et de ses rapports avec la violence politique. Les diverses apparitions de guillotine permettent aussi de repérer les liaisons symboliques avec d’autres pratiques, situées elles-aussi, dans une tradition contestataire de la société française.