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Le 16 janvier 1939, paraît aux Éditions sociales internationales (ESI), installées 24, rue Racine (Paris VIe) un livre intitulé La naissance de l’armée nationale 1789-1794. Il est signé Jules Leverrier; l’auteur en est Albert Soboul qui use, pour la seconde fois, d’un pseudonyme, craignant que ses textes et probablement surtout son éditeur, lié au parti communiste, nuise à un cursus universitaire qui n’est pas achevé.

En juillet 1945, paraît, sous le nom de Soboul cette fois, une version revue et condensée du premier ouvrage sous le titre L’armée nationale sous la Révolution 1789-1794. Le texte est accueilli par les Éditions France d’abord, également liées au parti. Dans ce nouvel opus, Soboul ne s’interdit pas de citer… Leverrier en référence, sans dévoiler sa double identité.

France d’abord est un bulletin né dans la Résistance. Il est l’«organe d’information, de liaison et de combat des unités de Francs-Tireurs et Partisans français, membres de l’armée régulière des Forces françaises de l’intérieur (FFI)». Les éditions éponymes publient notamment une série de brochures sous le titre de collection «Jeunesse héroïque ». Dans l’introduction de la première livraison – L’école du maquisGeorges Sadoul explique que le Comité national des écrivains (zone Sud) et le Comité national des journalistes ont décidé à l’automne 1943 d’envoyer dans les maquis des auteurs et autrices chargé·e·s d’y recueillir des récits. Parmi ces «envoyé·e·s», on comptait André Viollis, Édith Thomas et Elsa Triolet. Nous sommes dans la droite ligne du Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français publié par Léonard Bourdon pendant la Révolution (les couvertures en couleurs en sus).

Je vais m’intéresser ici à la manière dont l’auteur relie son livre à l’actualité politique et militaire, en 1939, puis en 1945. Pour cela, je reproduis les deux préfaces. Celle de «Leverrier» est de l’auteur; celle du Soboul de 1945 est signée «Joinville».

Joinville est l’un des pseudonymes dans la Résistance de Alfred Malleret (1911-1960), militant du parti communiste, chef des Mouvements unis de Résistance pour la région Rhône-Alpes (il avait pour adjoint l’historien Marc Bloch). Il sera député de la Seine (1946-1958).

On voit comment Albert Soboul, son préfacier et ses éditeurs, tous membres du parti communiste continuent, en 1945 comme en 1939, de mobiliser (le cas de le dire!) le souvenir de Valmy et des grandes levées de volontaires pour mieux lier résistance au nazisme, patrie et nationalisme français (adjectif utilisé à profusion). Plus un mot pour les combattants espagnols qui ont rejoint les maquis, ni pour ceux de la «Nueve», cette division blindée de l’armée de Leclerc, qui viennent pourtant de libérer Paris! Il est vrai que la plupart d’entre eux sont anarchistes et internationalistes… Quant aux combattants du groupe Manouchian, sans doute n’incarnent-ils pas aussi bien que Albert Soboul la continuité du génie français que salue Malleret-Joinville.

Rendre hommage non au peuple espagnol mais «à l’armée nationale de la république espagnole», c’était rendre hommage à la contre-révolution menée par les staliniens au nom d’une «république sociale» qui passait (entre autres) par le désarmement des milice et le démantèlement des collectivisations.

En quatrième de couverture du livre signé Leverrier, la mention de celui sur Saint-Just, ses idées politiques et sociales, de Pierre Derocles, autre pseudonyme d’Albert Soboul.

Numéro clandestin de France d’abord!

Fascicules de la collection «Jeunesse héroïque».

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