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Oserais-je dire que rien ne ce qui concerne Robespierre ne m’est étranger ? Ce serait exagéré (abusé, disent les jeunes). Cependant, je m’en voudrais de tenir lectrices et lecteurs dans l’ignorance de l’un des multiples avatars de l’Incorruptible produits par la technique moderne.

En effet, je pense que c’est sans intention (historique ou politique) particulière qu’un familier des logiciels de transformations du visage a soumis le portrait de Maximilien – comme ceux de dizaines de personnalités actuelles ou historiques – à un logiciel de féminisation.

Cette féminisation est caricaturale, empruntant aux normes de beauté les plus spectaculaires et les plus vulgaires. Nul doute que, croqué en pied, Maximilien aurait subi un « lifting brésilien des fesses » (sur cette opération de chirurgie « esthétique », parfois mortelle, voir mon fil Twitter).

Le portrait de Robespierre en blonde a d’autant mieux retenu mon attention qu’il a pris pour matière première le même portrait que j’ai moi-même utilisé pour la couverture de mon livre Robespierre les femmes et la Révolution (IMHO, 2021). Là où je me suis contenté (outre quelques retouches de couleurs) de faire ajouter un badge portant le signe du genre masculin sur le revers de la redingote, le logiciel étire les pommettes, gonfle les lèvres, et farde les yeux.

Nous ne sommes pas si loin des représentations androgynes du Jacobin qu’affectionnent les comédies musicales japonaises. Ironie de l’histoire, Maximilien, dont la virilité et l’orthodoxie sexuelle ont été mises en doute par une Légende noire endosse avec grâce les modernes oripeaux de l’ambiguïté de genre.