“D’Oradour à la Vendée, pour faire le deuil” (2013), par Jean-Clément Martin

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Comment se fait-il que la mort de civils et d’enfants puisse être ainsi source de recueillement et de réflexion ici et pas ailleurs, au-delà des luttes idéologiques et des enracinements mémoriels comme cela vient d’être effectué à Oradour ? Car des villages français ont, en effet, subi en 1793-1794 de telles atrocités de la part des armées envoyées par la République, sans que la mémoire nationale ne se réunisse aujourd’hui pour accepter cette réalité, pour envisager une réconciliation et un pardon et pour passer au-dessus des enjeux communautaristes. Le cas exemplaire est représenté par les Lucs-sur-Boulogne, commune au nord de La Roche-sur-Yon. Pour ce qu’elle avait subi, elle avait été comparée dans l’immédiat après seconde guerre mondiale à Oradour, certes dans une volonté polémique, mais reconnaissons le, à juste titre, puisque elle avait perdu au moins 500 habitants dont une centaine d’enfants. Indépendamment des discussions érudites qui peuvent se mener sur le nombre exact des victimes et les conditions exactes de leur mort, le massacre du 28 février 1794 est incontestable. Or, ces faits sont, en 2013, rappelés et commémorés par des institutions liées au Conseil général du département dans un mémorial pour la Vendée. Mise en place au lendemain du bicentenaire de la Révolution, cette commémoration porte en elle- même accusation contre la Révolution française prolongeant ainsi deux cents ans de guerre mémorielle autour de la Vendée.

Prenons en acte, mais admettons surtout qu’il serait temps que la paix se fasse et que symboliquement des représentants de l’État français viennent faire le deuil de tous ces événements tragiques qui empoisonnent encore et toujours la mémoire nationale. Il ne s’agit [pas] d’accabler la République actuelle d’une responsabilité qu’elle ne peut pas endosser, ni de renier des principes qui fondent la société française dans sa totalité. Il s’agit simplement de prendre la mesure de ce qui a eu lieu, de reconnaître des drames et de les mettre à leur place dans la trame historique qui compose l’histoire nationale. Il s’agit pas ici d’invoquer un quelconque et hypothétique devoir de mémoire ou de céder à des pressions politiciennes, mais plutôt d’exercer le droit d’inventaire dont les historiens sont investis qui permet, quand il est bien appliqué, que des mémoires opposées puissent panser leurs plaies sans perdre leurs enracinements et leurs cohérences.

Il est grand temps, deux cents après les tueries, que la mémoire française cesse de se fracturer autour de la période révolutionnaire. Pour cela il ne convient pas de se contenter d’amalgames et d’idées simplistes et surtout il est souhaitable qu’on ne s’arrête pas à des déclarations fondées seulement sur l’émotion. Celle-ci est travaillée par le discours politique qui lui donne du sens par son inscription dans le symbolique. La mort des enfants des Lucs doit avoir la même portée que ceux d’Oradour et doit recevoir la même prise en considération par la nation.

En 1993, la ville de Nantes, dont le maire était Jean-Marc Ayrault, avait accordé une reconnaissance aux événements de la guerre de 1793. L’attaque des Vendéens stoppée sur la place Viarmes avait été rappelée au cours d’une cérémonie. Nantes avait également intégré dans sa mémoire les aspects les plus tragiques de la traite des Noirs, au travers d’un colloque et d’une exposition. Pourquoi ne pas penser que l’homme politique qui a su combiner l’articulation des mémoires affrontées, dans l’Ouest, n’engage pas, maintenant, le pays dans une autre approche mémorielle réconciliant les France antagonistes nées depuis 1792-1793, sans rien oublier et sans rien gommer ? A l’évidence nous sommes devant des moments difficiles où l’unité nationale sera mise à l’épreuve, affrontons notre passé et parlons en ensemble, les risques d’éclatement et les surenchères seront au moins limités.

Jean-Clément Martin.

Une des plaques apposées par l’association contre-révolutionnaire “Le Souvenir vendéen”.

L’influence du “curé rouge” Jacques Roux à l’Assemblée générale de la Commune (fin janvier 1793)

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Un dépouillement systématique, mais hélas retardé, du Journal de Paris national m’a fait découvrir un document concernant l’activité et l’influence de l’Enragé Jacques Roux à la Commune, fin janvier 1793.

Il se trouve que ce document – antérieur à la publication des Affiches de la Commune, dont Roux sera par la suite rédacteur officiel – semble avoir échappé à l’attention de Walter Markov, auteur de la biographie dont Libertalia vient de publier la traduction française.

Trop tard pour l’intégrer au CD-ROM qui accompagne le livre (et contient des articles et ouvrages de Markov, de Roland Gotlib, et de votre égal en droit). Je le publie donc ci-dessous, en guise d’amuse-gueule, à l’intention de celles et ceux qui vont découvrir l’ouvrage de Markov (en librairies le 19 octobre).

J’en profite pour rappeler que demain 14 octobre, lors de la fête des 10 ans des Éditions Libertalia, je présenterai le Markov et discuterai des Enragés dans la Révolution en compagnie de Jean-Numa Ducange, à La Parole errante, à Montreuil et à 16h (programme détaillé ci-après).

COMMUNE DE PARIS.

Du 31 Janvier.

Les Commissaires de service au Temple instruisent le Conseil qu’ils ont engagé le Citoyen Mercier, Officier Municipal, de remplacer au Temple le Citoyen Lebon, qui a été nommé aujourd’hui Accusateur public.

Réal propose ensuite que le Conseil-général ne tienne plus que trois séances par semaine, fondé sur ce que le plus souvent il n’y a rien d’intéressant à l’ordre du jour, & qu’il ne se présente à l’Assemblée générale qu’un petit nombre de Membres. Cette proposition a été discutée avec chaleur. Jacques Roux en particulier, loin d’approuver la proportion de Réal, réclame au contraire la permanence active, attendu que la Patrie est toujours en danger. Il s’est plaint de ce que les places étoient occupées par des Intriguans, & que ceux qui sont payés font des réquisitoires pour diminuer la fréquence des séances.

Si nous n’avons rien à faire, continue Roux, occupons nous demain à diminuer les traitemens des Officiers publics salariés ; réduisons les appointemens du Maire à 10 mille livres, ceux du Procureur de la Commune à 4 [mille], & ceux du Substitut à 2 mille quatre. Réal qui s’est vu attaquer personnellement, a repoussé l’injure en rendant compte de ses nombreux travaux. Enfin après bien des avis entendus pour & contre la proposition de Réal, le Conseil a arrêté qu’il tiendra ses séances tous les jours.

 

Cette «brève», tirée du Journal de Paris national, du samedi 2 février 1793 (l’an IIe de la République, n° 33, p. 130), montre qu’au début de l’année 1793, Roux exerce une réelle influence à la Commune. En effet, il l’emporte dans un débat sur la «permanence» des réunions de cette assemblée.

Pierre-François Réal (1757-1834), jacobin, chef du bureau des subsistances de la Commune de Paris, est, depuis décembre 1792 substitut (avec Hébert) du procureur-syndic Chaumette.

Roux ne se contente pas d’écarter la proposition (d’ailleurs assez étrange) de réduire le nombre des réunions de la Commune, il en profite pour dénoncer une tentative de «sabotage» de l’«intrigant» Réal et pour proposer une politique d’économie.

Il le fait avec une ironie mordante: si la Commune ne sert à rien, alors il est logique de diminuer le traitement de ses administrateurs… Il s’en prend ainsi directement à Réal, Hébert, et Chaumette, dont il ne se fait pas des amis en se moquant d’eux et en les attaquant «au portefeuille»!

Hébert et Chaumette s’en souviendront bientôt…

L’attaque vise aussi le maire, peut-être davantage dans sa fonction. La situation au 31 janvier est confuse: Joseph Chambon, qui a assuré l’intérim après Pétion, est sur le point de démissionner et Pache ne le remplacera que dans une douzaine de jours.

Pour l’heure, après une longue et houleuse discussion, Roux l’emporte sur la question de la permanence des réunions. Elles seront quotidiennes. La discussion sur le traitement des responsables a peut-être eu lieu, mais la décision la vide de sa substance.

Présentation du livre Jaques Roux, le curé rouge, coédité par Libertalia et la Société des études robespierristes (SER) et discussion sur les Enragé·e·s dans la Révolution française, par Jean-Numa Ducange et Claude Guillon, à 16h: La Parole errante, à Montreuil, M° Croix de Chaveaux, à l’occasion des 10 ans des éditions Libertalia.

Cliquer sur l’image pour L’AGRANDIR.

Christine Fauré parle du “Journal des dames” (1759-1778)

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On pourra regarder et écouter ci-après l’intervention de Christine Fauré (CNRS), le 8 décembre 2016, au séminaire “l’Esprit des Lumières et de la Révolution” 2017-2018, à la Sorbonne.

Sur le Journal des dames, qui fait l’objet de cette conférence, on peut également consulter le livre de Suzanna Van Dijk (couverture ci-dessous): Traces de femmes. Présence féminine dans le journalisme français du XVIIIe siècle (1988), et sur Internet la notice rédigée par la même auteure.

“Jacques Roux, le curé rouge” ~ traduction française du livre de Walter Markov, en librairies le 19 octobre. Présentations à Besançon et Montreuil.

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Jacques Roux, le curé rouge, traduction de la biographie de l’Enragé des Gravilliers par l’historien de RDA Walter Markov sera disponible en librairies à partir du 19 octobre 2017.

C’est une coédition Libertalia et Société des études robespierristes (SER), à l’initiative de cette dernière.

C’est aussi l’aboutissement d’un long travail, dont l’extrait de l’introduction reproduit ci-après donne une idée.

C’est un beau et gros livre de 520 pages, vendu 20 €.

Il contient une bibliographie, un index des noms cités. Un CD-rom est joint sur lequel sont publiés l’intégralité des textes et discours de Jacques Roux, ainsi que plusieurs articles de Walter Markov, Matthias Middell, Roland Gotlib, et Claude Guillon.

Pourquoi un tel retard ?

[Extrait de l’Introduction]

Si le fait qu’aucun historien universitaire français n’a pris la peine de rédiger une monographie sur Roux reste une énigme, en revanche il semble possible d’émettre quelques hypothèses sur l’absence de traductions de Markov, des décennies durant. À dire vrai, au moins une tentative s’est appuyée sur une thèse de doctorat, d’ailleurs largement inspirée par les recherches de l’historien est-allemand. Cette thèse, dirigée par Soboul en 1978, n’avait peut-être que l’ambition – déjà méritoire ! – de révéler les travaux alors méconnus voire inaccessibles de Markov. Dans l’exemplaire conservé à l’IHRF figure, collé en première page, un courrier d’Albert Soboul par lequel il propose aux Éditions sociales (les éditions du PCF de l’époque) de publier le travail de Bersot dans la collection « Classiques du peuple ». En cas d’accord, les éditeurs sont invités à transmettre d’abord le manuscrit à Walter Markov, « pour quelques corrections et mises au point ». Cette tâche fut épargnée à Markov et le volume souhaité par Soboul, son ami depuis le milieu des années 1950, ne vit pas le jour.

Si Marx avait salué Roux comme un des premiers «communistes», la lecture stalinienne de la Révolution en France mettait davantage l’accent sur le « bloc jacobin » et valorisait l’action de Robespierre – dont les textes ont, eux, été édités à plusieurs reprises par les Éditions sociales. Roux et les Enragés faisaient plutôt figure de précurseurs des différents courants d’extrême gauche, alors en rivalité violente avec le PCF. Aussi Roux a-t-il pu faire les frais d’un contexte où il était nécessaire de défendre la Convention robespierriste davantage que les courants «gauchistes».

Mais ces considérations ne peuvent tout expliquer. Un autre facteur, au moins, doit être avancé : la difficulté de la langue. L’allemand de Markov est en effet difficile, parfois impossible à comprendre, fût-ce pour un germanophone! D’ailleurs émaillé d’allusions absconses, écrit dans un style qui se veut littéraire, fort éloigné des normes universitaires, le texte est aride, même pour un public familier de l’histoire révolutionnaire. Markov s’en est expliqué dans un entretien publié peu avant la chute du mur de Berlin : il dit s’être inspiré, quoique avec précaution, de la biographie littéraire à la Stefan Zweig. Évoquant les reproches que Hans Mayer, universitaire et critique, adressait à ce dernier, Markov rétorque :

« La critique d’Hans Mayer à l’égard des nouvelles et des biographies passionnées de Stefan Zweig a de véritables fondements. Je ne la partage pourtant pas tout à fait. Ce que l’astucieux auteur a par exemple à nous dire sur Fouché me paraît valoir le détour et procurer un certain plaisir de lecteur – pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’historien ? »

Le présent travail d’édition – qui doit beaucoup à l’inventivité et à l’habileté scrupuleuse de Stéphanie Roza, la traductrice – tient compte de ces difficultés majeures. L’équipe éditoriale – S. Roza et les auteurs de cette introduction – ont ainsi pris la liberté de simplifier certaines formulations ou certains passages du texte qui rendaient problématique sa compréhension. Ajoutons à cela que l’original ne comprend presque pas de notes : son établissement dans la version française a donc nécessité un long travail de reconstitution et d’actualisation des sources et de la bibliographie.

Ce sont probablement ces caractéristiques du livre, ajoutées à une frilosité historiographique et politique, qui ont empêché Markov de devenir, en son temps, un classique de l’histoire révolutionnaire en langue française. Déplorable lacune, que nous sommes heureux de pouvoir combler aujourd’hui grâce à l’initiative de la Société des études robespierristes.

Optimistes par la volonté, nous nous consolons du délai de maturation considérable – un demi-siècle! – nécessaire à cette entreprise, en observant que les thèmes chers à Roux et aux Enragé(e)s se trouvent au cœur des mouvements sociaux du XXIe siècle:  droit de tous aux produits de première nécessité, citoyenneté des femmes, souveraineté populaire et démocratie directe. Tandis que nombre d’historien(ne)s continuent de se réclamer de « l’histoire par en bas », des militant(e)s de gauche et révolutionnaires se tournent vers la Révolution française pour y refonder leur réflexion et leur stratégie. Dans le même temps, l’héritage philosophique et révolutionnaire des Lumières demeure la cible historique préférée à la fois de l’extrême droite, catholique ou paganiste, et des fanatiques islamistes.

Autant dire que Jacques Roux nous revient à point nommé!

Jean-Numa Ducange & Claude Guillon

 

DEUX PRÉSENTATIONS

J’aurai le plaisir de faire la première présentation nationale du livre à Besançon, à l’occasion de la «Rentrée libertaire», le 4 octobre, à 20h30.

La deuxième présentation (et première “parisienne”) aura lieu lors de la fête des 10 ans des Éditions Libertalia, le samedi 14 octobre à 16h, à La Parole errante (Montreuil). Voir le programme complet ci-dessous.

Je serai cette fois en compagnie de Jean-Numa Ducange.

Les membres de l’équipe éditoriale, Jean-Numa Ducange, Stéphanie Roza et moi-même, sommes a priori disponibles pour venir présenter le livre dans des librairies, bibliothèques, associations, comités d’entreprise, etc.

N’hésitez pas à nous contacter.

Anne Hidalgo veut-elle être la cible – jusqu’à sa mort – des lazzis des féministes et des historien·ne·s pour avoir sabordé la seule bibliothèque féministe de Paris?

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Vraie question pour une politicienne, qui peut rêver d’une fin de carrière et de vie moins méprisée, et méprisable.

Or que savons-nous?

La Mairie de Paris veut chasser, au printemps prochain, la Bibliothèque Marguerite Durand de son adresse actuelle (79, rue Nationale, Paris XIIIe) où elle partage les locaux d’une médiathèque, pour la fondre dans la Bibliothèque historique de la ville de Paris (BHVP).

Le pauvre prétexte est qu’il se trouve déjà des documents concernant l’histoire des femmes à la BHVP!

Or il y en a aussi à la Bibliothèque nationale…

Il y en a même chez moi, que j’ai prévu d’offrir à Marguerite Durand après rédaction de mon livre sur les clubs de femmes pendant la Révolution.

La BHVP, comme beaucoup de bibliothèques se trouve déjà à l’étroit dans ses murs. Tellement à l’étroit, que le «projet» Hidalgo prévoit d’entreposer les documents de la BMD dans des locaux extérieurs (on ignore lesquels!). Ce que l’on sait, c’est que la mise à disposition des documents serait décalée. Autrement dit: je commande le mardi, les documents arrivent le mercredi ou le jeudi.

Quant au personnel spécialisé, il serait lui-aussi «fondu» dans celui de la BHVP. Comprenez qu’il sera réduit drastiquement, tandis que le nouveau fonds théoriquement à disposition sera à l’origine d’un surcroît de travail pour des magasiniers dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas partisans du stakhanovisme (Qui le serait à leur place d’ailleurs? On les préférerait simplement en grève, victorieuse de préférence, une bonne fois!)

Les usagers de l’ancien service public du fer connaissent bien cette méthode de gestion/sabotage: d’abord on réduit le nombre des trains qui marquent l’arrêt; ensuite on constate – comme c’est bizarre ! – que le chiffre d’affaire du guichet est en chute libre; ensuite on ferme le guichet, puis la gare! Il reste deux trains le matin (très tôt) et deux en fin de journée, et une machine automatique jamais réparée.

Le «projet» Hidalgo ne peut avoir qu’une conséquence pratique: la mort de la Bibliothèque Marguerite Durand et l’impossibilité d’accéder aux richesses qu’elle conserve.

Il se dit, dans certains milieux que je fréquente, que Mme Hidalgo a manifesté son regret que n’existe pas à Paris une bibliothèque ou un centre de documentation consacré à l’anarchisme… Elle aurait incité des personnes concernées à lui soumettre des propositions, qu’elle accueillerait avec bienveillance.

Je ne suis pas en train de dire que je préfèrerais que Mme Hidalgo se souvienne qu’elle est une femme avant de songer à son origine espagnole, je constate simplement l’incohérence scientifique et politique de sa démarche.

La seule manière de conclure ce lamentable épisode antiféministe et anticulturel est, pour la Mairie, de proposer de nouveaux locaux à la BMD (qui peuvent être dans des bâtiments anciens).

C’est une occasion exceptionnelle de permettre à cette remarquable bibliothèque de recherche sur l’histoire des femmes d’acquérir une nouvelle visibilité nationale et internationale, de redéployer ses collections dans un cadre à sa mesure, d’attirer de nouveaux dons, et de multiplier ses activités pédagogiques.

Tout le monde se moque de savoir si Mme Hidalgo est assez intelligente pour comprendre que c’est aussi son intérêt bien compris ou si elle accomplira cette action utile les yeux dessillés, et avec un sincère enthousiasme…

C’est ça, Mme Hidalgo, ou être la risée des chercheurs et chercheuses du monde entier, et ne plus pouvoir vous montrer en public sans quolibets et boules puantes.

Marguerite Durand, qui légua ses archives à la Ville de Paris à condition qu’elles soient mises à disposition dans une bibliothèque publique (initialement hébergée dans la mairie du Ve arrondissement).

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Un collectif de soutien « Sauvons la BMD ! » lancé par l’association Archives du féminisme s’est constitué pour que la Mairie de Paris propose un lieu d’accueil offrant à la bibliothèque Marguerite Durand une véritable visibilité et des conditions de fonctionnement dignes.

Si vous souhaitez soutenir ce collectif, vous pouvez

  • vous abonner au compte Twitter @CollectifBMD
  • vous abonner à la page facebook.
  • vous abonner sur instagram.
  • signer et faire signer la nouvelle pétition.
  • participer le 18 novembre à un rassemblement féministe devant la BMD (bientôt plus d’explications sur le blog que nous créons)
  • nous aider à contacter associations et organisations qui soutiendront officiellement le Collectif Sauvons la BMD !
  • préparer un 8 mars 2018 sous la signe de la préservation de la mémoire féministe.

Contact par mail : collectif.sauvonslaBMD@gmail.com

La Révolution en “ses” romans

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Comme personnages de l’histoire sociale, les irréguliers ne manquent pas de charme. En grammaire, on s’accommode des verbes irréguliers. Mais rien n’est plus désagréable qu’un auteur irrégulier. Je parle ici des romanciers.

Quand le romancier est mauvais, on le maudit. Quand il est bon, on se demande comment il ose nous infliger des passages aussi affligeants que celui-ci :

Ce qui brûle projette sur ce qui nous entoure un je-ne-sais-quoi de fascinant. [p. 49]

Alors qu’il peut aussi écrire comme ça (c’est tout de même mieux) :

Enfin, par une idée saugrenue et sublime, les foules allèrent jusqu’à forcer les portes des théâtres. Elles pénétrèrent les magasins d’accessoires, et firent de leurs répliques de scène de véritables armes. On brandit les boucliers de Dardanus et le flambeau de Zoroastre. Les fausses épées devinrent de vrais bâtons. La réalité dépouilla la fiction. Tout devint vrai. [p. 52]

Ici, Éric Vuillard – puisque c’est de lui qu’il s’agit – qui n’hésite pas à manier lourdement par ailleurs le rapprochement historique, aurait pu (s’il l’avait su) rappeler que ce fut le cas durant les émeutes de Mai 68 au Quartier latin, à Paris, où des manifestants arboraient des casques et des boucliers de toutes les époques, ainsi qu’en font foi de nombreuses photographies.

Le roman 14 juillet (Actes Sud, 2016, 19 €) a reçu un accueil assez favorable du public, et des historiens de la Révolution, tandis qu’il a plutôt agacé l’auteur de ce billet (mais vous l’aviez deviné).

Agaçant, le texte l’est par sa volonté didactique, assumée par l’auteur[1].

On peut lire par exemple, à propos de Necker :

Il ne se tint pas pas aux directives qu’on lui avait laissées et prit une position hasardeuse – comme ces traders qui, de nos jours, jettent leurs ordres entre les mâchoires du monstre, en espérant que cela passe. [p. 39]

Le didactisme en littérature m’évoque toujours ce dessin de Gotlib (et non de Goscinny, comme un jeux de Go malencontreux me l’avait fait écrire d’abord) :

Revendiquant une documentation dans les archives, l’auteur ne s’est pas prémuni contre l’anachronisme. Ses émeutiers fument des « clopes ». Une fois au masculin (p. 53), comme dans Genet (« Un clope mouillé suffit à nous désoler tous ») ; une fois au féminin (p. 182), comme dans la rue, aujourd’hui. Malheur ! Pas de clopes, même roulées, dans les rues de Paris en 1789, mais des pipes. Pourquoi ne pas faire vapoter les émeutiers, tant qu’on y est ?

Plus préoccupante est la place faite aux femmes dans la foule révolutionnaire. Je citerai à ce propos la critique résumée par Pierre Schoentjes dans Critique[2] :

Alors même que le récit entend réinventer le mythe de la Révolution pour un usage contemporain et malgré la révolte qui s’exprime dans les lignes que l’on vient de citer, l’image des femmes reste assez conventionnelle. Vraisemblablement soucieux de rester fidèle à sa documentation, Vuillard ne s’est pas autorisé à leur donner une place plus agissante. Une autre fable reste donc à écrire.

Il y en eut d’autres, oubliées aujourd’hui. Ainsi le roman d’Adolphe Tabarant (1863-1950), L’Aube, d’abord publié en 1893, puis republié en 1938 sous le titre 89 (L’Aube), dont Zola recommanda le manuscrit à l’éditeur Charpentier.

Anarchiste, un temps exilé pour cause d’insoumission, Tabarant collabora notamment à L’Endehors de Zo d’Axa, dont il adopta le chien quand le pamphlétaire dut lui-même quitter la France.

Ses énumérations descriptives, qui ne sont pas sans évoquer Zola, ont à mes yeux un charme que l’on jugera peut-être désuet (p. 108) :

Quelques-uns, sous le bras, ont un chanteau de pain bis, avec lequel ils tremperont la soupe en le plongeant pour deux sols dans le chaudron banal où bout la purée de lentilles. Des scieurs de long tenant à deux leur scie, des tuileurs, des charrieurs de bois, le dos chargé du porte-cotrets, des scieurs de pierre en sarrau blanc, faisant taper comme une crosse un long bâton noueux, et des tireurs de sable, des cureurs de puits, des cas­seurs de pierres qui marchent les reins cambrés, ployant de façon raide leurs genoux munis de genouillères, et aussi de jeunes compagnons co­quets et jaseurs, bien pommadés, la queue serrée par un ruban qui s’arrondit en un joli nœud bourgeois.

Aucun fumeur de clopes chez Tabarant, qui s’en tient au réalisme le plus scrupuleux pour évoquer les mœurs populaires (p. 121) :

C’est l’heure où l’on satisfait les besoins intimes, de préférence dans l’égout et sur le chemin de charroi côtoyant le boulevard, la où s’alignent des bourgeois mettant bas leur culotte, des habitués qui font la causette sans nulle gène, ainsi ployés, les coudes aux genoux. Des femmes, des fillettes, passent devant eux et derrière, sans s’étonner, se troussent d’ailleurs elles aussi. Les ménagères viennent vider les pots de nuit dans le fossé.

Plus récent (2016), Christophe Bigot s’attache dans son roman Le Bouffon de la Montagne (La Martinière, 20 €) aux pas de Laurent Lecointre, fabricant de draps versaillais, riche bourgeois et futur conventionnel. Figure boursouflée et un peu ridicule, Lecointre se prête au projet de l’auteur d’une « réécriture bouffonne de la Révolution » (p. 349). Le roman se lit sans déplaisir, du fait d’une légèreté qu’on est porté à lui reprocher après coup.

Si j’ai bien suivi la chronologie du récit, Christophe Bigot fait remonter (p. 57) la création de L’Ami du peuple par Marat à juillet 1789. C’est doublement inexact. Le prospectus du premier journal de Marat, Le Publiciste parisien date de septembre 1789 (le n° 1 est du 12 septembre). Le n° 6, du 16 septembre de la même année, paraît sous le titre L’Ami du peuple ou le Publiciste parisien. Guillaume Mazeau, remercié pour sa relecture historienne du texte, aura conclu à une licence romanesque.

Patrick Wald Lasowski évoque La Terreur [3] dans le journal imaginaire d’un vieux policier de 93, que l’âge et la maladie poussent vers la tombe. Alternent sous sa plume événements du jour et rêveries érotiques, dont celle-ci (p. 219) est une des mieux réussies :

16 février [1794]

Fumées. Les délices me fuient. Je ne connais plus qu’un sommeil de brute.

Je rêvais pourtant, cette nuit, d’un amant qui broyait des framboises dans le sexe de sa maîtresse, avant de les étaler sur son ventre, où sa langue venait grassement les cueillir. Et le rouge des framboises, non pas un rouge sombre, un rouge sang, mais un rouge de vie, puissant et radieux, s’étendait aux deux corps étendus, couvrait toute la chambre, pei­gnait la nuit elle-même d’une saveur gourmande, confite dans les grains de ce rouge merveilleux.

La Terreur est de ces romans que l’on aurait préféré aimer davantage.

Pour présenter Un endroit plus sûr (A Place of greater Safety) le roman de jeunesse d’Hilary Mantel, ses éditeurs (Sonatine, puis Pocket) l’ont rebaptisé Révolution ; le premier volume L’Idéal et le second Les Désordres. C’est une forme atténuée du dualisme moralisateur qui avait produit, au cinéma, le diptyque La Révolution française : Les Années lumière (Robert Enrico) et Les Années terribles (Richard T. Heffron). Que la Révolution était belle, nous dit-on, quand elle n’exigeait que d’être acceptée par la Monarchie…

S’agit-il, comme l’écrivait Macha Séry dans Le Monde des livres du 13 mai 2016 du « grand roman – tant attendu – sur la Révolution française » ? Si l’on m’autorise à écarter, pour répondre, le fait que les noms des principaux personnages du récit l’évoquent pour chacun de nous, je suis obligé de répondre par la négative.

Le plaisir de la lecture s’en trouve-t-il affecté ? Nullement. Le style de Mme Mantel est d’une sémillante inconvenance, ce qui est d’ailleurs assez britannique [4]. Elle fait parler Danton et Robespierre comme vous et moi, mais avec davantage d’esprit (je parle pour moi). Le plaisir évoqué dure donc les 600 et quelques pages du premier volume. S’agit-il bien de « la Révolution » ? Pour l’œil sensible, elle apparaît plutôt – un peu prétexte, un peu toile de fond – à l’état de traces. Ainsi, sans être « le » roman de la Révolution, ce texte n’en offre pas moins un plaidoyer convaincant en faveur de la dilution homéopathique, affirmé par Samuel Hahnemann en 1796.

Mais la Révolution est longue et implacable… Et Hilary Mantel ne nous en épargne aucun épisode, ou peu s’en faut. L’ennui gagne le lecteur au premier tiers du second volume. Certes, le texte recèle encore ce qu’il était coutume de nommer naguère des « morceaux de bravoure », que l’industrie alimentaire moderne désigne sous l’appellation moins bravache de « morceaux gourmands » (ils sont ce qui manque au reste). Je recommande en l’espèce la défloration d’Éléonore Duplay par Maximilien Robespierre (p. 281) qui réconfortera – peut-être ! comment savoir avec ces gens-là ? – les robespierristes chagrins.

Ah ! Ça ira… est sans doute le livre que j’ai préféré parmi tous ceux que je viens de mentionner. Peut-être est-ce parce que son rapport à la Révolution – comme moment historique – est le plus ténu, n’était son titre et les pseudonymes de quelques partisans de la lutte armée : Marat, Saint-Just, Robespierre.

« Saint-Just » a passé des années en prison. Il en sort au moment où sa fille participe à un mouvement social du type « Occupy »… les Champs-Élysées.

En prise directe, comme l’on dit en notre époque de connexions et de branchements, sur l’actualité, le roman de Denis Lachaud (Actes Sud, 2015, 21,80 €) emprunte au roman noir. S’il parle révolution, il s’agit de celle qui s’invente dans des formes d’action renouvelées. 1789 est un phare, dont la lumière continue de servir de repère à nos périples politiques et militants.

On proclame officiellement que nous sommes tous égaux depuis 1789 mais dans les faits, ce n’est pas ainsi que nous vivons. Ce n’est pas ainsi que nous pensons. Ce n’est pas ainsi que nous nous organisons puisque nous persévérons à laisser quelques indivi­dus se consacrer jour après jour, heure après heure, à mépriser ce principe universel pour concentrer la richesse et le pouvoir entre leurs mains.

Nous supportons cette situation, car nous nous sommes habitués à l’écart entre le discours et le réel. Nous supportons cette situation car nous sommes rassurés d’être plus que ceux qui, bien que nos égaux dans le discours, sont moins que nous dans le réel.

Ou alors, nous décidons de ne plus supporter cet écart entre le discours et le réel ; nous décidons de ne plus supporter ce non-respect de l’écart entre le rien et l’être ; nous déclarons que ce qui est proclamé officiellement ne tiendra jamais lieu de réel ; nous déclarons que jour après jour nous nous consacrerons à réduire l’écart entre le discours et le réel.

Nous ne sommes pas des enfants. Nous n’avons pas besoin d’un père, même symbolique, auquel obéir et contre lequel nous insurger jusqu’à la fin de nos jours. En 1789 s’ouvre une nouvelle histoire. Le roi entame sa chute. Mais en 1790 et en 1791, au sein de l’Assemblée constituante chargée de donner son texte fondamental à ce monde que nous voulons voir naître, un monde où le peuple tient sa destinée entre ses mains, on revient peu à peu sur les changements imaginés. La majorité frileuse prend le pas sur la minorité active. Le monde à inventer fait peur ; il serait trop différent de ce qu’il était dans l’avant. [pp. 396-397]

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[1] Lors d’une présentation de son livre, à l’invitation des « Amis de L’Humanité » à la Sorbonne, à laquelle j’ai assisté (et participé par mes questions).

[2] « 14 juillet : prise en masse de la Bastille et cristallisation collective », Critique, mai 2017.

[3] Au Cherche-midi, 2014, 17 €.

[4] Saluons l’efficace traduction de Claude et Jean Demanuelli.

“Les femmes en guerre dans l’Armée rouge”, par Amandine Regamey

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Consacré aux femmes combattantes dans l’Armée rouge entre 1941 et 1945, ce texte étudie la manière dont l’État soviétique a géré leur mobilisation, leur intégration dans l’armée et leur démobilisation. Cette recherche, qui s’appuie sur des archives soviétiques, développe une dimension comparative, partant de l’hypothèse que les États sont partout confrontés aux mêmes questions lorsqu’il s’agit de recruter des femmes pour la guerre. Leur mobilisation obéit le plus souvent à une logique de remplacement des hommes, et force l’institution militaire à des adaptations.

 Une approche en termes de genre offre ainsi un nouvel éclairage sur le fonctionnement des armées et sur ce qui se passe sur les champs de bataille ; elle met aussi en lumière les difficultés spécifiques de l’après-guerre pour les femmes combattantes.

Consulter l’article sur le site de Politika.
Amandine Regamey est maîtresse de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Aurélie Carrier & “Le Grand Soir” sur France Inter

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On peut réécouter ici l’émission de Jean Lebrun «La Marche de l’histoire» de ce vendredi 22 septembre, dont l’invitée est Aurélie Carrier pour son livre paru chez Libertalia.