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Il y a plusieurs façons d’être pris à partie. Face aux assertions de Michel Onfray dans son article « Robespierre n’a pas eu lieu. Anatomie d’un cerveau reptilien », paru dans le numéro de novembre 2015 [de la Revue des Deux-mondes], pp. 47-54, il n’est pas possible de ne pas réagir. Même si tout ne mérite pas qu’on s’y attarde. Je laisse à mes collègues des quatre universités appelées Sorbonne apprécier l’adjectif inventé pour nous définir, je demande à ceux qui savent ce qu’est un laboratoire du CNRS en Sciences humaines trouver ce que veut dire « appointé par le CNRS », enfin je n’ose même pas imaginer l’éclat de rire de ceux qui auront appris que je serai un historien « robespierriste ».

Plus importants sont les reproches de manque de sérieux et de négationnisme, que M. Onfray me fait. Or en m’accusant de n’avoir pas cité le représentant en mission Laignelot assurant que Robespierre avait soutenu Carrier, il nie l’évidence. Depuis un quart de siècle, je ne cesse d’écrire que Robespierre est hostile à Carrier. Dès janvier 1794, Robespierre avait reçu de Laignelot et de son collègue Lequinio des mises en garde contre Carrier ; après la confirmation donnée par son émissaire Jullien, il fait revenir Carrier à Paris en février 1794. S’il échoue à l’envoyer à la guillotine en mars, c’est lui qui est envoyé à la mort par Fouché et Vadier, à qui Carrier a donné la main, en juillet suivant, le fameux 10 thermidor. Pourtant lorsque Carrier est guillotiné à son tour, en décembre 1794, la presse et beaucoup de députés font alors de lui un proche du « monstre » Robespierre. Laignelot s’est joint à la curée contre Robespierre, mais c’est Lequinio auteur d’un rapport publié à ce moment qui marque davantage. Ce renversement de situation aura échappé à M. Onfray, qui, comme d’autres, continue de voir Robespierre le seul responsable du «régime de Terreur», invention thermidorienne qui justifie ses analyses aussi détonantes qu’infondées.

Mon analyse a été publiée en 1987 (La Vendée et la France, Seuil, p. 225), en 2014 (La Guerre de Vendée, Seuil, p. 224) et elle est rappelée dans La Nouvelle Histoire de la Révolution (Perrin, 2012) p. 416, avant l’explication, p. 420-421, du fameux discours de Robespierre sur Terreur et Vertu. J’y montrais que Robespierre est hostile à toutes les violences que le Comité de Salut public ne contrôle pas. J’ajoutais : « Il conjugue Vertu et Terreur, pour insister sur la nécessité de subordonner celle-ci à celle-là. Il critique, à égalité, les modérés et les terroristes, mais en « réservant » la terreur aux hommes indignes, ce qui exclut donc de gouverner indistinctement par la Terreur. Il se range du côté de la Justice, protectrice de l’homme vertueux et axe de la politique. » Je peux comprendre que cette lecture précise ne plaise pas à mon contradicteur, mais qu’il se garde de dire, que je n’ai rien lu. J’ai tendance à penser que, trop pressé, mal renseigné, il n’a pas compris ce qu’il a lu.

Venons-en à l’accusation de négationnisme. Oui, dès 1987, j’ai montré que la guerre de Vendée ne pouvait pas être qualifiée de génocide, tout en estimant que elle avait entrainé au moins 200 000 victimes : soit le double du chiffre donné par Reynald Secher, seule source citée par M. Onfray. Il est d’autant plus difficile de me faire passer pour un «négationniste» que je ne suis pas seul sur cette position. En 2007, Jacques Hussenet dans son livre Détruisez la Vendée ! comptait 170 000 victimes et récusait également la notion de génocide. Que cet ouvrage paraisse sous le label du Centre Vendéen de Recherches historiques créé sous l’égide de Pierre Chaunu et François Furet en 1993, mérite l’attention. Ainsi, dès cette époque, ce n’était pas la « gauche » universitaire qui avait pris ses distances avec R. Secher. Décidément, non Michel Onfray, il ne suffit pas de quelques formules et quelques imprécations pour donner son avis sur tout et son contraire et vouloir faire de l’Histoire.

Jean-­‐Clément Martin
Université Paris 1 Panthéon-­‐Sorbonne

Revue des Deux-Mondes, février-mars 2016, pp. 180-181.

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Les chromos représentant la Révolution sont pleins de charme. Ici, l’image n° 1, «Le Chef» (!), d’une série de dix éditée par le chocolat Cémoi et les pâtes Lustcru. Pour autant, le chromo ne peut tenir lieu ni de méthode d’analyse ni de récit historique. C’est l’erreur de Michel Onfray, impardonnable pour un enseignant qui se targue de révéler des vérités cachées.